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Everett, ta gueule maintenant.

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les locatairesles potins


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Message(#) Sujet: Everett, ta gueule maintenant. Sam 30 Juil - 13:49

(Quand et comment avez vous emménagé au Parking ?) Un résident de plus avec une sale gueule et une mauvaise aura, débarqué comme une fleur pour ramener ses emmerdes. Depuis le 2 mai 2015, beaucoup de questions se sont posées dans les couloirs... Est-il méchant ou gentil, ce Charpenter ? Est-il pauvre ou riche, Everett ? Son emménagement semblait précipité, il a l'air d'avoir une vie trépidante sans pour autant se vanter d'un métier... L'affaire semble louche.

   (Que pensez-vous de l'immeuble et vos voisins ?) Pour moi, c'est quand même le paradis sur terre, je peux pas me plaindre. Certes, y a des gars salaces (mais depuis quelques temps, j'ai comme l'impression que je les attire, ces gars-là. On s'y fait) mais il y a aussi des voisins charmants. La criminalité ne me fait pas peur, les conditions non plus, puisque pour moi... Ça a plutôt la gueule d'un charmant palace.

   (Quelle est votre réputation au sein du quartier ?) J'étais le mec qu'on voyait mais qu'on ne regardait pas. Connu dans la rue, dans le réseau des sans abris et des petits voyous, mais inexistant pour les autres. Et un jour, je suis arrivé au Parking avec un costard et soudainement, tout le monde s'est mis à s'intéresser à moi. Qui est-il, d'où vient-il ? Est-ce qu'il a de l'argent ? Pourquoi une cravate rouge ? L'homme mystérieux semble cacher un lourd secret et une vie trépidante. Pourtant, je suis toujours ce mec invisible qui pavait les rues des grandes villes parce qu'il avait rien d'autre à foutre.

(NOM) Charpenter, le nom du père, du fils... et puis c'est tout.  (PRÉNOM) Everett. (ÂGE) Cinquante, plus un pour nettoyer ma piaule. (DATE ET LIEU DE NAISSANCE) Portland, Maine, un treize décembre. (OCCUPATION OU ACTIVITÉ) Agent double. (NATIONALITÉ) Ricain banal. (ORIGINES) On sait pas trop, tout le monde se le refilait à l'époque, un peu comme une MST : on partage.  (STATUT CIVIL) Molly, pour toujours et un jour. (ORIENTATION SEXUELLE) Hétérosexuel. (DATE D'ARRIVÉE AU PARKING) 2 mai 2015. (REPRISE DU PERSONNAGE) Non merci ! (GROUPE) De ceux qui survivent. (TYPE DE PERSO) Inventé. (CRÉDITS) AMIANTE Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Phasellus quis lectus metus, at posuere neque. Sed pharetra nibh eget orci convallis at posuere leo convallis.

PSEUDO : Kataii. PRÉNOM : Maria. ÂGE : Touenti. PAYS : La France. FRÉQUENCE DE CONNEXION : Les week end. COMMENT AVEZ VOUS TROUVÉ LE FORUM ? : Je l'ai trouvé plutôt sexy. COMMENTAIRE OU SUGGESTION : Prout. AVATAR : Robert Carlyle.
Everett Charpenter
le monde est également fait de moche
MOI "Mesdames et Messieurs. J'ai cinquante sept ans, souffre de troubles respiratoires et je suis sans domicile fixe. J'habite dans le métro et vit au grès de la bonté des gens. Je sais que vous êtes très sollicité, mais je demande votre aide sous forme de tickets restaurant ou de monnaie afin de pouvoir me nourrir, m'habiller, pouvoir payer un hôtel, prendre une douche et me raser, afin de, messieurs dames, garder la dignité. Je compte sur votre humanité, que Dieu vous bénisse." Je regarde cet homme dans le reflet de la vitre de la rame, à défaut d'avoir le courage d'affronter son regard. Personne ne croit ou ne fait véritablement attention à sa misère, à part quelques naïfs ou bonnes gens sensibles. La plupart des présents baissent les yeux à son passage, font semblant de ne pas le voir en regardant fixement ailleurs, tentant d'oublier cet énième emmerdeur qui leur fait un peu peur en tendant la main sous le nez des voyageurs. Il remercie les quelques âmes charitables qui ont jeté des restes, puis les remercie avant de changer de rame en montant dans la suivante. Même discours, mêmes regards constipés par la lassitude et la méprise ; et pourtant, cet homme laisse une impression de malheur derrière lui. Pauvre homme, un peu de pitié pour lui... Un peu de pitié pour moi. (MA GUEULE) Je ne me voile pas la face, littéralement. Je suis d'une mocheté innée qui ne m'a jamais valorisée dans la vie. Je suis comme une glace à la vanille jetée dans une poubelle ; le croisement entre un crapaud et une vipère. Laid. Mes cheveux aux racines vacillantes remplaceraient avec brio votre serpillère... (pas chers, cheveux pas chers !). Je suis d'ailleurs, ouvert à vos propositions quant à leur utilité, votre imagination n'a que ses propres limites. Et comme le bon Dieu a décidé d'être clément (même s'il s'appelle Jesus et non Clément, mais on s'en fout) il m'a également laissé un tas d'os assemblés à la manière d'un meuble ikéa. Muscles en guimauve, articulations en caoutchouc, je suis décidément un martyre, les amis. (Et vous savez ce qu'on pense des martyres ? On les admire !) (PETIT) J'étais un gentil garçon avant que le monde me chie comme la pire des merdes. Je ne cherchais pas à attraper les étoiles ou des conneries du genre (j'ai jamais été un grand poète, je comprends jamais rien. Quand un écrivain fait une jolie métaphore, tout ce que j'y vois, c'est à quel point c'est con), je demandais ni le blé, ni le pouvoir. C'était déjà bien si mon père me tapait pas sur la gueule. Putain, là, c'était Noël, les gars ! Ma mère n'existait que par ses larmes. J'avais pas de mère, c'était une épave, une machine à chialer. Mais mon père, ça le faisait chier, alors souvent, il la frappait elle au lieu de moi... Jour de chance pour ma gueule. (L'OISEAU QUI S'ENVOLE... PAS DU TOUT) Je sais plus trop si c'est lui qui m'a jeté dehors ou si c'est moi qui me suis jeté. Entre temps, il m'a appris qu'il était pas mon père, que ma mère ne l'était pas non plus, bref, que j'étais rien du tout. Toute ma vie était basée sur un terrifiant néant. Je trouvais ça injuste d'avoir eu une si misérable "seconde chance". J'avais plus rien à foutre dans un endroit qui n'était même pas mon chez moi. Mais... aucune putain d'importance. Il n'était pas question d'études pour moi, on m'a jamais parlé de ça, jamais cru en moi. J'avais même pas de BAC. J'avais que ma gueule cassée de constipé de l'avenir et c'est avec des yeux enflés que j'ai découvert le monde. J'étais qu'un con, j'atteignais même pas le QI d'un collégien. Je sais même pas comment ça se compte, le QI. (LA FOLLE ET SES BISCUITS) J'essayais d'entretenir ma qualité de mec bien, les années suivantes. Je me démenais dans un avenir qui ne pouvait me mener nulle part. Puis j'ai rencontré cette fille, bien plus âgée que moi, avec qui j'ai vécu un temps. Je dirais plutôt que c'est elle qui m'a fait vivre un temps, cette folle (si folle de moi) qui voyait en ma carcasse un brillant avenir de héros. Je faisais le ménage dans la piaule, j'avais l'impression d'entretenir son état en dépoussiérant les meubles. Elle était bizarre, j'avais vraiment peur qu'elle tombe en cloque et que je sois coincé à jamais avec elle. Puis un jour, elle m'a jeté, et j'ai compris que ma vie allait redevenir un calvaire.  (ON S'EN BAT LES COUILLES) J'aimerais bien avoir ce don de l'écrivain et savoir raconter les choses qu'il faut, comme il le faut, mais je dois me rendre à l'évidence : ma vie est à chier. Je n'ai absolument rien de palpitant à dire. A trente ans, j'ai enfin décroché mon premier job, en tant que contrôleur de train. Un peu de saveur pour vous émoustiller : je pouvais voyager. Je passais pratiquement chaque nuit dans une ville différente, partant même à l'étranger, tout frais payés. C'est pendant cette dizaine d'années que j'ai vécu des choses folles, que je me suis permis de vivre, de faire un peu mon salaud, un peu mon héros, de rire, pleurer. En soit, trouver un peu de bonheur. J'ai vu la beauté du monde, puis je suis vite redescendu sur terre, quand je me suis rendu compte des dettes que j'avais. Et des dettes pas marrantes, chez des gens pas drôles du tout. (VILAIN GARÇON) Je me suis fait viré parce que j'acceptais des pot de vin de certains passagers. Ca aurait arrondi mes fins de mois si j'avais quelque chose à arrondir... Mais j'essayais de me débarrasser des vautours qui me collaient au cul avec mes dettes. J'ai commencé à avoir de sacrées emmerdes, à recevoir des menaces, à craindre de sortir. Je fuyais les gens qui me connaissaient, affolé à l'idée qu'on me dénonce, terrifié à l'idée qu'on puisse me localiser. Mon métier me permettait de ne jamais rester longtemps à un endroit, ce qui faisait de moi une cible difficile. Je sais pas trop ce que je suis devenu, à ce moment là... Poussé par le besoin de fuir, je me suis découvert des côtés étranges. Sombres. J'ai eu l'impression de devoir devenir un criminel pour pouvoir leur échapper (je me suis mis à les étudier, à essayer de comprendre leur mentalité). Je crois que me retrouver à la rue, c'était une bonne chose, au final, parce que les types m'ont perdu de vue au lieu de me trancher la gorge... C'était bien, ouais. Par contre, j'étais quand même à la rue. (LA RUE ET LA GANGRÈNE) Voici le point le moins surprenant de mon histoire : ma vie est partie en couilles. Dormir sur le trottoir glacé, être constamment jugé par les gens, me faire taper sur la gueule par les plus grands clodos que moi, ou les malfrats, faire la manche, ça m'a pratiquement mis hors du jeu. Du jeu de la vie, j'entends. J'ai choppé crève après crève avec ma santé bancale, j'ai failli crever à un peu près chaque hiver avec des symptômes improbables. Je crois que j'ai craché un poumon, un jour. Puis un autre, j'ai rencontré cette fille, Molly. Elle m'a examiné et m'a dit que j'avais la gangrène. J'étais un homme mort, je le savais. J'étais peut-être déjà crevé depuis des mois, en fait. Puis Molly m'a dit : "mon ami, j'ai un remède de vaudou qui pourrait t'aider... mais il faudra en payer le juste prix", puis elle m'a fait boire un liquide sans saveur dans une bouteille crade. Une semaine plus tard, ma gangrène avait guéri. (JE T'AIME) Molly m'a avoué plus tard qu'il ne s'agissait absolument pas d'une gangrène. Et absolument pas d'un remède vaudou, elle s'était juste foutu de ma gueule pour avoir mes quelques sous. Mais comme j'étais d'une connerie palpable, et que j'avais été un peu émerveillé par ses jolis yeux, elle m'a fait avalé le pire des bobards. Je ne lui en ai jamais voulu (parce que je suis con, sans doute) et j'en suis même tombé profondément amoureux. Molly était exceptionnelle, puisque sa situation ne semblait rien avoir de critique, de dégradant ou de triste. Elle vivait dans la rue, faisait la manche comme si elle avait décroché son diplôme de mendiante à l'unanimité. Elle riait beaucoup, indifférente aux insultes, consolait toujours les autres avec ce ton maladroit qu'ont les gens qui savent tout mieux que les autres. Ce n'était pas grave, d'être pauvre, ce n'était pas grave, d'avoir froid. Elle trouvait toujours de quoi se nourrir, trouvait toujours un refuge pour les nuits les plus froides. Puis finalement, elle m'a trouvé moi, ce mec hideux avec la gangrène, et depuis, j'ai partagé son carton et ses repas.  (MAUVAISE KARMA) En fait, on avait trouvé un équilibre, Molly et moi. On vivait notre vie dehors, elle m'apprenait à aimer les jours. Avec nous, toujours nos deux molosses, ma chienne Karma à l'oreille arrachée (un immense loup blanc, un beau bâtard) et son vieux bull-dogue américain. C'est Karma qui m'a amené dans cette ruelle, c'est Karma qui a aboyé au mauvais moment. Elle a eu peur du coup de feu, elle a senti que le type était mort... Et moi, j'ai tout vu. J'ai vu le cadavre encore vivant s'écraser par terre, j'ai vu les gars armés tourner la tête vers moi. Mais je connaissais mieux les recoins de ces rues qu'eux, ils auraient jamais pu me trouver. Quand je suis allé au poste, personne n'a cru le clodo. Ils pensaient que j'avais pris de la drogue, ils m'ont envoyés chier... Mais ils m'ont entendu. Ces enfoirés. (REPÉRÉ) Puis, le cauchemar a commencé. On a donné un immense coup de pied dans la paisible fourmilière qu'était devenue ma vie et soudainement, c'était l'affolement général. Toutes les fourmis ont voulu évacuer en se piétinant. Des milliers de morts, encore plus de blessés. Un terrible cataclysme dans le fourmilière AZ34 de la forêt des Petits Pois... J'ai tout d'abord pensé à une grosse blague, le genre d'humour lourd mais drôle quand on y repense dix ans après. Puis la réalité m'a sauté aux yeux ; ce n'était pas une blague, c'était l'enfer. Et je serrais la main au diable, comme un agent immobilier faisant une bonne affaire : "Les petites flammes sont démodées, je vous propose de changer de locaux pour les enfers, il faut aller avec la modernité... Que pensez-vous de la Syrie ?" Voilà donc ce qu'il s'est passé : les gars du meurtre m'ont retrouvé, et après un miraculeux mensonge de ma part, m'ont laissé vivre. Ils avaient compris que la police m'avait dans le collimateur suite à mon témoignage, et se sont particulièrement intéressés à mon implication auprès du FBI. Voyant que j'étais prêt à coopérer pour sauver mon cul, ils m'ont mis à l'épreuve pour que je fasse la taupe. Pour parfaire l'emmerde, j'ai craqué comme une merde dans le bureau de l'adjoint qui devait s'occuper de moi, et je lui ai tout expliqué. J'ai eu l'impression de voir le même moustachu de la mafia mais avec une cravate et un air de héros, lorsqu'il m'a dit que c'était une occasion unique pour dérober des informations à la mafia et peut-être enfin mettre un terme à leurs violences. Il m'a donné le choix sans vraiment me le donner, puisqu'il m'a expliqué que la mafia allait simplement finir par me buter, et, qu'en travaillant pour le FBI, j'allais au moins pouvoir bénéficier d'une protection. C'était un peu comme donner un pansement Bob l’épongè à un mec qui venait de se prendre une balle. Comme je n'avais pas de choix, j'ai fait le seul qu'il me restait. Être une sorte d'espion, ou double espion. Je me donne un peu près une semaine à vivre. * (LE LOTO) Je n'ai rien voulu de tout ça, mais mes conditions de vie se sont radicalement améliorées. Le FBI m'a placé dans un immeuble, le Parking, qui est un bâtiment chauffé. J'ai de quoi vivre... pour ne pas m'éterniser sur la banalité d'un quotidien ordinaire. M'y faire à été simple, au final. Le moins simple, c'est de me retrouver convié à des "réunions", voire des rassemblements conviviaux entre potes de la bande mafieuse. Ils souhaitent garder un œil sur moi (tu m'étonnes). Pour ces occasions, ils m'ont même offerts quelques costards et cravates. On bouffe des sushi dans un restau glauque du Bronx, et moi je suis là, à oublier comment fonctionne un corps humain. Je meurs, littéralement, entre ces bandits qui règnent, riant sans retenue comme si le monde était à eux. Je crois que la moitié de ce qu'ils me disent est fausse (peut-être qu'ils se doutent de ma piètre fidélité, ils me gardent sans doute comme une arme), l'autre moitié, j'en sais rien. Je comprends rien. Je sais pas ce que je fous là : tout ce que je sais, c'est que j'ai un costume et une putain de cravate. S'ils me mettaient une perruque et du rouge à lèvres je protesterais pas non plus, je crois. Je veux pas mourir. Mon rôle est de balancer de fausses informations au FBI et de les informer de l'évolution de l'affaire. Et à côté de ça, le FBI tente de me former au métier pour que je puisse leur être utile ; utile à la mission. Ils sont désespérés par ma connerie, parce que tout le monde comprend qu'au final... Je suis TOUT sauf l'homme de la situation. (MOLLY) La femme de ma vie a disparu à l'annonce de ce grand changement. Elle a crié, beaucoup, m'a frappé, un peu, a pleuré et finalement imposé de refuser l'offre du FBI. J'ai essayé de lui faire comprendre que je n'avais pas le choix, elle a rétorqué que j'avais simplement besoin de prouver au monde que je pouvais faire quelque chose de bien, d'héroïque. Puis elle a ajouté que je ne pouvais pas y arriver, parce que j'étais simplement un clodo qui avait cru son bobard de gangrène. J'ai pris la mouche, on s'est disputés... Et elle a disparu. Longtemps. Vraiment longtemps. Des mois et je l'attends toujours. Je l'ai cherché, j'ai fait tous les coins, j'ai lancé des appels auprès de mes amis de la rue ; certains l'ont vu dans le coin, vivante comme si rien n'était arrivé. Je la cherche tous les jours, à chaque seconde un peu plus désespéré. J'espère qu'elle me pardonnera avant que je crève. (EARL SKYLER) Voilà comment ça s'est passé : le responsable (celui qui s'occupe de ma gueule quand je viens chialer au FBI) m'a regardé droit dans les yeux, se penchant un peu sur son bureau pour se donner un air grave, puis a dit avec un sourire "Je vous ai trouvé une maison. Pour des raisons évidentes, des raisons de discrétion j'entends, vous allez être placé dans le même immeuble que votre frère, dans le Bronx." Et là je me suis dit que j'avais pourtant pas fumé avant de venir. J'ai regardé la pièce : pas de lapins roses en tutu ou de brocolis avec une arme à feu. Rien d'anormal, alors qu'est-ce qu'il me chiait, là ? "Votre frère biologique, Earl Skyler." a t-il ajouté, un peu gêné devant mon air incrédule. Ah oui, celui-là ! Celui-là même dont je ne connais pas l'existence, c'est bien lui ! *  
   

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Message(#) Sujet: Re: Everett, ta gueule maintenant. Sam 30 Juil - 13:49

Un loup
dans la gueule du loup
« De toute manière les flics savent tout, je leur ai tout dit, alors ils vont vous coffrer ! » Ce sentiment d’angoisse, cette sensation de serrer la main à la mort, je l’ai ressenti lors de mes débuts dans la rue. C’est le moment où on cesse d’exister, où on ne voit plus que par l’instinct. On meurt à chaque seconde en attendant l’instant où tout deviendra noir. Quand on ferme les yeux, que tout s’écroule et qu’on se dit « ce n’est pas possible. »

Ben si, c’est possible, la preuve. Je vais crever.

Le flingue sous la gorge, je m’abandonne à quelques derniers gémissements d’animaux. Je pense à Molly, je me dis que je l’aime, que je suis heureux de lui avoir toujours été fidèle. Je veux penser à elle en mourant, je veux qu’elle soit la dernière image derrière mes paupières. J’espère qu’elle s’occupera de Karma, qu’elle ne lui en voudra pas quand elle pissera dans son sac (par amour)…

Je t’aime Molly, je t’aime. Je suis désolé pour toutes les fois où j’ai été con.

Je t’aime et je suis désolé de me faire buter. Je suis sûr que tu le savais au fond, que j’allais finir par m’en prendre une. Je fais tellement plus gaffe à où je mets les pieds, j’allais forcément finir par les poser sur une mine… Et boum ! Plus d’Eve, juste des miettes. Désolé… désolé.

Je chiale un peu aussi. Je suis tellement tétanisé que j’ai même plus la force de repousser le gars ; y a plus que ce flingue qu’il m’enfonce dans la gorge et qui me brûle jusqu’au cœur. Putain je veux pas mourir. Je sais pas ce qu’il y a de l’autre côté ; je suis sûr qu’y a rien. J’aurais dû croire en Dieu. Ou en Bouddha. J’aurais dû croire en quelque chose parce que maintenant, je peux que chialer. Tout va s’arrêter, le noir éternel, c’est ça ? Putain, je veux pas. Et j’implore sa pitié comme un gros lâche, en le regardant droit dans les yeux de mes deux billes déjà mourantes. J’ai pas buté sa femme, j’ai pas craché sur son honneur… Je lui ai rien fait, alors pourquoi il me veut du mal ?

Et pourquoi il tire pas ? Il laisse planer du suspens c’est ça ? Tant mieux, ça me fait vivre quelques secondes de plus. C’est peut-être sa bonté à lui. Il a peut-être peur que je me transforme en poussière, ou genre en un immense dragon surexcité. Et que je l’écrase d’un coup pour en faire une compote. Il flippe peut-être aussi. Ou il ose peut-être pas appuyer sur la gâchette. (En tout cas il hésite en me regardant droit dans les yeux, moi, la petite fourmi qu’il crame tranquillement avec sa loupe. Moi, la petite fourmi qui hurle et qu’il ne veut pas entendre).

« Qu’est-ce qu’ils savent ?
– J’ai tout dit, tout. »

Je peux même pas lui mentir, la terreur est un parfait filtre de vérité. J’ai peur qu’il m’arrache les doigts un par un si je commence à bidouiller ; je veux pas crever comme ça ! Je veux pas crever tout court, en fait… putain !

« Et comment ça se fait qu’on soit toujours en vie, toi et moi, uh ? »

Je sais pas vieux, moi en tout cas, je suis déjà à demi mort. J’ai l’impression que j’arriverais jamais à parler, mais en même temps, j’ai comme l’impression que je pourrais sauver ma vie. Alors je crois que je serais même capable de lui réciter tous les Shakespeare.

« Ils m’ont dit qu’ils avaient une mission pour moi… ! Oh mon Dieu…
– Du genre ?
– Je sais pas ! »

Il me secoue tout entier, frappant de ma carcasse le mur en brique dans mon dos et il répète en me crachant ses postillons à la gueule tandis que je continue à paniquer :

« Ils savent des trucs ! Beaucoup de trucs mais pas assez ! Et… »

Et je chiale comme un gosse de riche perdu dans un bidonville. Je crois même que je me suis chié dessus, ou alors c’est la mort qui pue comme ça. Je vais crever d’une crise cardiaque s’il me bute pas avant.

« J’ai entendu des choses ! »

Qu’est-ce je cause, putain ? MAIS QU’EST-CE QUE JE CAUSE ?

« Ils préparent un assaut sur votre base à New-York.
– Quand ?
– Jeudi prochain dans la nuit. »

Le molosse se tourne vers son coéquipier asiatique, qui observe la scène depuis tout à l’heure avec une placidité spectaculaire (comme s’il dormait). Puis, ils semblent communiquer par la pensée : ils hochent la tête, font quelques signes des yeux, puis le mec finit par relâcher son emprise. Et je me prends un coup dans la gueule.

**


J’ai appelé le mec du FBI qui m’avait donné sa carte, parce que je savais que j’étais dans une merde noire. Il m’a répondu que ce comportement de me relâcher était atypique, anormal. Qu’il s’était passé quelque chose qu’il ne fallait pas laisser passer… Parce que, de manière incompréhensible, ces mecs avaient semblé me faire confiance. J’en étais tout ému (l’espace de trois secondes).

Le FBI a décidé de mener une fausse attaque comme le prédisait mon mensonge, avec quelques hommes, une mascarade sans grand danger puisque l’autre camp semblait avoir mis les voiles. La petite scène fit son petit effet, ce qui, par miracle, me permit de sauver mon cul… Jusqu’à ce que la situation se répète. Ils pensaient tenir une taupe, parfaitement influençable par la peur. Trop fragile pour lui faire confiance, mais utile comme bouclier. Ils se servaient d’un civil innocent en le menaçant, en en faisant une arme.

Savent-ils que je fais en réalité partie des deux camps ? Peut-être. Sans doute. Je ne sais pas. Ils sont prudents malgré les apparences, ils n’oublient pas quel rôle je tiens dans ce jeu. A la fois insignifiant et avec un potentiel important. Je pense qu’ils voient la situation comme elle l’est : je suis honnête avec la police tout en leur refilant les fausses informations nécessaires et portant une oreille attentive un peu partout. Pour le FBI, la situation se présente de la même manière : je suis le pantin au feu de l’action, ils jugent ce que je peux dire ou non, ce que je dois faire et comment le faire. Le compte serait : mafia : 1, FBI : 2.

Et moi, dans tout ça ?

Ben je ferme ma gueule et je prie pour pas crever.

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