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MessageSujet: GABRIEL Ԅ LES ÉCHOUÉS.   Jeu 2 Juin - 21:37

(Quand et comment avez-vous emménagé au Parking ?) C’était il y a déjà quelques années. Tu t’étais fait virer de chez toi à cause de ton homosexualité et tu ne connaissais finalement plus que la rue. Tu n’avais jamais entendu parler de ce quartier avant. Tu l’as découvert un peu par hasard, en écoutant des conversations au bar du coin. Même si tu n’avais aucun espoir, tu es allé jeter un coup d’œil quand même et tu n’as pas été déçu. Le Parking a été comme revenir au port après des années passées en mer. C’était ton nouveau petit Paradis dans l’enfer de l’Amérique. Tu n’as jamais compris tous ces immigrés et leur foutu Rêve Américain – on ne rêve pas, ici. Ici, c’est la jungle. Mais cette tour, tous ces appartements, c’était ton nouveau chez toi. Ton foyer, ta maison. Le Parking, c’était ton Rêve Américain.

(Que pensez-vous de l’immeuble et vos voisins ?) C’est parfois bruyant, c’est parfois louche. Ça fait un peu tâche dans toute l’opulence américaine mais tu t’y sens à l’abri. Tu t’y sens chez toi. C’est un peu comme une nouvelle famille – une famille qui ne te juge pas. Tu ne les connais pas tous, parfois ils vont et viennent, mais tes voisins sont devenus au fil des années ces visages connus et familiers. Ces visages que tu croises dans l’ascenseur, dans les escaliers. Ces visages avec qui tu prends le temps de discuter à la laverie du sous-sol. C’est comme un petit monde à lui tout seul, le Parking. Ce n’est pas si mal, une fois qu’on s’y est installé. Et tu te sens étrangement en sécurité à l’intérieur de ce bâtiment. C’est comme une barrière, une protection du monde extérieur. De cette jungle, là dehors.

(Quelle est votre réputation au sein du quartier ?) Tu es le gosse un peu loufoque, qui écrit toujours dans ses carnets. Tu es le gamin qui a débarqué avec sa tête de bébé, seul, avec pour unique bagage son gros sac de sport calé sur l’épaule. Tu es celui qui sourit tout le temps, qui est toujours poli. On ne sait pas grand-chose de toi, à part que tu es très seul. La Concierge te connaît bien – tu payes souvent ton loyer avec du retard. Mais elle voit bien que tu te débrouilles comme tu peux. Que tu te débrouilles tout seul. Tu pars toujours tôt et rentres souvent tard. Il y a une vieille odeur de frites trop cuites quand tu passes dans les couloirs mais on t’a déjà vu offrir ton sundae à cette petite fille sur le perron qui chouinait parce qu’elle avait perdu sa poupée. Tu dois être une de ces âmes un peu détruites, un peu cassées mais qui gardent quand même le sourire dans l’espoir vain d’être réparées.

(NOM) Hemingway, comme le foutu écrivain mais, non, tu n’as pas de lien de parenté avec lui ; votre seul point commun, c’est que tu écris toi aussi. (PRÉNOM) Gabriel, le prénom d’un ange, le prénom biblique ; tes parents ne savaient sûrement pas à ta naissance que tu ne serais qu’un ange déchu tout droit destiné à l’Enfer. (ÂGE) Vingt-trois années, presque vingt-quatre, de conneries enfantines. (DATE ET LIEU DE NAISSANCE) Le 23 juillet 1991,  dans le Bronx – born and raised. (OCCUPATION OU ACTIVITÉ) Tu livres les journaux le matin sur ton vélo, tu sers les hamburgers à McDonald’s le soir. (NATIONALITÉ) Américain. (ORIGINES) Ton grand-père maternel était Irlandais, un truc comme ça – c’est pas tellement important, tu n’as plus vraiment de souvenir de lui. (STATUT CIVIL) Célibataire, quelque peu volage, amoureux de ton hétéro de meilleur ami – thug life, bitch. (ORIENTATION SEXUELLE) Gay, gay, gay ; gay jusqu’au bout de la bite – et fier de l’être malgré ton homophobe de famille. (DATE D'ARRIVÉE AU PARKING) Tu avais à peine dix-huit ans, après avoir créché pendant quelque temps sous les ponts puis chez tes coups d’un soir, t’as élu domicile dans un petit appartement de cet immeuble qui a été comme un havre de paix après l’enfer de la rue. (REPRISE DU PERSONNAGE) Non, absolument pas. (GROUPE) Tu es de ceux qui survivent. (TYPE DE PERSO) Un pré-lien, il fût un temps. (CRÉDITS) AMIANTE & fuck les crédits.

PSEUDO : .uninvited. PRÉNOM : Jess’. ÂGE : Trop vieille pour toi. PAYS : Pays du fromage. FRÉQUENCE DE CONNEXION : Beaucoup trop. COMMENT AVEZ-VOUS TROUVÉ LE FORUM ? : Par un top-site, il me semble. COMMENTAIRE OU SUGGESTION : Prout. AVATAR : Logan Lerman, le cutie pie.
GABRIEL HEMINGWAY
nous plaire, nous déplaire, nous faire et nous refaire

TU TIENS UN JOURNAL INTIME Ԅ Depuis tes seize ans, depuis que tu t’es fait virer de chez tes parents, tu écris. Tu racontes ta vie dans ces petits carnets à la couverture de cuir. Tous les jours ou bien moins souvent, il y a toujours une petite trace de ta journée gribouillée sur ces pages jaunies. C’est important pour toi, ils sont tes souvenirs. Ils font tes souvenirs. C’est comme l’entassement de pensées éparses qui s’accumulent dans ta tête et, pour ne pas exploser sous le tumulte comme une tempête, tu les couches sur le papier.

UN SOURIRE POUR DES LARMES Ԅ Tu souris, partout et tout le temps. Des sourires vrais, des sourires faux. Des sourires qui n’atteignent pas tes yeux glacés. Tu souris pour ne pas montrer la douleur derrière le masque ; tu souris pour ne pas pleurer. C’est devenu une habitude, c’est devenu indispensable. C’est comme vital. Parce que tu ne veux pas sombrer, parce que tu ne veux pas chuter. Parce qu’il te faut rester fort, comme tu l’as toujours été. Tu n’es pas faible, tu ne l’es plus. Plus depuis que tu as absolument tout perdu.

LA DROGUE EST TON AMIE Ԅ Plus une vague connaissance qu’une véritable amie. Comme beaucoup, tu y as déjà touché. Tu y touches encore – rarement. Juste certains soirs où la douleur t’étouffe, où la souffrance est trop puissante. Tu t’évades avec une ligne ou une pilule. Rien de vraiment méchant. C’est juste pour mettre ton cerveau en pause ; c’est juste pour arrêter de penser, de réfléchir. C’est juste histoire d’oublier cette sensation de mourir, là, qui pourrit au fond de ton estomac chaque jour. Tu as commencé quand tu n’étais encore qu’un sans-abri, à te réchauffer les mains auprès d’un feu dans un tonneau en fer rouillé qui aurait pu te filer le tétanos rien que si tu le touchais. C’était pour passer le temps, pour oublier la journée d’hier et ne pas penser à celle de demain. C’était pour fuir la merde environnante et ne plus sentir l’odeur de pisse des chiens.

LES SALLES OBSCURES Ԅ Tu es un cinéphile accompli. C’est ton seul petit plaisir, le seul que tu t’accordes dès que tu le peux – une séance de cinéma. D’accord, tu es déjà entré sans payer ta place. Ça t’est arrivé de frauder. Mais au moins, tu ne télécharges pas illégalement – même si le résultat est le même au fond. Si tu avais pu, tu aurais étudié le cinéma, dans une fac. N’importe laquelle. Tu as toujours rêvé d’être derrière la caméra. Diriger des acteurs plus ou moins connus, voir ton œuvre être projetée sur les écrans géants. Tu serais tellement fier de voir apparaître ton nom  avec la musique derrière. Mais ça ne reste pour le moment qu’un rêve – un rêve qui s’éloigne de plus en plus. Un rêve qui te paraît presque inaccessible.

LA CULTURE DE L’ESPRIT Ԅ Comme tu as dû arrêter les études très jeune, tu essayes de compenser en lisant beaucoup. Tout ce que tu peux. Du journal du matin que tu livres à des revues sur l’économie – auxquelles tu ne comprends parfois rien. Mais c’est important pour toi. Tu ne veux pas être le dernier des imbéciles. Tu ne veux pas que ce manque d’études devienne une lacune dans ta vie. Parce que tu ne comptes pas servir des hamburgers et des frites durant toute ton existence. Tu aspires à autre chose, à quelque chose de différent. Et même si, aujourd’hui, tout cela semble compromis, tu continues de t’accrocher au rêve qu’un jour tu feras quelque chose de ta peau.

PEUR DES CHIENS Ԅ C’est sûrement à cause de ce jour-là, ce jour où ce vieux chien t’a mordu le bras. Ses crocs ont laissé une cicatrice sur ta chair. Elle est assez moche. Mais depuis, tu as l’espèce canine en horreur. Tu en vois un en face de toi, tu changes de trottoir. C’est instinctif. Et tu peux dire combien c’est difficile de marcher tranquille dans les rues de la ville sans avoir peur de croiser un chien à chaque tournant.

ANTONIN Ԅ Il est sûrement la personne qui se rapproche le plus d’une famille pour toi. Et c’est en même temps si différent. Parce qu’Antonin a une importance toute particulière à tes yeux. Une importance que tous les autres n’ont pas. Tu l’aimes, ce foutu blondinet. Réellement. Et il le sait, il est au courant. Mais monsieur se paie le luxe d’aimer les formes féminines et tu ne rentres clairement pas dans cette catégorie. Alors tu n’es que son ami. Un simple ami. Tu ne désespères pas qu’il change d’avis un jour, au contraire. Tu attends patiemment qu’il se rende compte que les hommes, il n’y a que ça de vrai. Tu es même tout prêt à être son sujet d’expérimentation, s’il le souhaite. Tu ne dirais pas non, tu serais même volontaire – très volontaire. Parce que c’est lui qui te rend heureux, véritablement heureux. Et le reste s’efface quand il est là.

ŒUFS KINDER Ԅ Ton petit péché mignon. Un peu enfantin, un peu gamin, mais tu t’en fiches. Tu adores ça. Et tu fais collection de tous les jouets que tu trouves à l’intérieur. Ton moment de l’année favori ? Pâques. Ils en vendent toujours des boîtes énormes et bien moins chères. Et tu entreposes tes trésors un peu partout dans ton appartement. C’est ta décoration.

TON FRÈRE Ԅ Il était tout pour toi. Un ami, un confident en plus d’être de ton sang. Mais il n’a rien dit. Il t’a tourné le dos quand tes parents t’ont foutu à la porte. Il n’a pas cherché à te venir en aide, à te tendre la main. Et tu as vécu cet abandon comme une véritable trahison. Tu ne lui pardonneras jamais. Parce que tu avais l’espoir que lui, au moins, te comprenne. Te soutienne et t’accepte tel que tu es. Mais ça n’a pas été le cas. Il est resté là, planté comme un piquet, à regarder votre père t’insulter. Te hurler dessus comme si tu n’étais plus rien. Tu l’as appelé à l’aide, intérieurement. Dans ta tête, tu hurlais au secours. Mais il n’a rien fait. Et le déchirement avec ta famille a été pire encore à supporter. À cause de lui.

TÊTE EN L’AIR Ԅ Tu as l’habitude de toujours oublier quelque chose – tes papiers, tes clefs, des chaussettes. Ou alors tu ne remets pas quelque chose à sa place habituelle et tu n’arrives plus ensuite à le retrouver. Tu ne sais plus où tu l’as mis. Et comme tu n’es pas le genre de personne très ordonnée, c’est parfois un peu le bordel dans ton appartement. Un bordel organisé, comme tu l’appelles – même si c’est carrément faux et que tu le sais.



Dernière édition par Gabriel Hemingway le Sam 20 Aoû - 12:52, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: GABRIEL Ԅ LES ÉCHOUÉS.   Jeu 2 Juin - 21:38

LES TEMPS MODERNES
and all the men and women merely players.
La porte claque et résonnent encore les mots de ton père. Durs. Froids. Le terme ‘pédale’ est comme une brûlure sur ta peau. Une cicatrice qui te marquera à vie – laide et rouge, sanglante. Tu ne comprends pas pourquoi tout ça, toute cette violence, toute cette colère. Toute cette haine. Tu ne comprends pas pourquoi tu es là, sur le perron de cette petite maison du Bronx où tu as grandi. C’était pourtant la famille idéale, c’était pourtant un petit bout de Paradis dans l’enfer urbain des États-Unis. Et tout a basculé aujourd’hui. Tout s’est effondré aussi facilement qu’un château de cartes balayé par le vent. Tout a basculé – ta vie, ton quotidien, ton futur tout tracé. Toi. Tu n’as plus rien, tu n’es plus rien. Plus rien qu’un gosse sans foyer. Tout ça pour quoi ? Parce que t’es qu’un sale pédé. Dure à encaisser, l’horrible vérité. Tu n’as pourtant jamais pensé que c’était une honte, de préférer les hommes ; tu n’as pourtant jamais imaginé que ça te coûterait ta famille, de préférer les hommes. Mais voilà qu’ils t’ont abandonné. Tous – même ton frère, ce frère qui était comme un meilleur ami. Un tout. Un tout qui n’est plus qu’un vide. Qu’un rien. Un sale goût amer envahit ta bouche, tu as envie de vomir. Tu ne sais pas ce que tu vas devenir, tu ne sais pas où tu vas dormir. Tu ne sais pas ce que te réserve demain, ta vie. Il n’y a plus aucune certitude sinon celle que tu es définitivement seul. C’est bizarre la vie, non ? Un jour, tu te considères comme étant un garçon chanceux, avec tout ce qu’il te faut pour être heureux ; et voilà que le lendemain, tu es mis à la porte. Pour une histoire d’orientation sexuelle – une foutue orientation sexuelle. Ça n’arrive pourtant que dans les films, ça. Sur grand écran. Apparemment, dans la vie réelle aussi. Et tu te sens naïf d’avoir cru à un conte de fées, d’avoir cru à une vie sans heurt. Mais tu n’as que seize ans. À seize ans, on a des rêves pleins la tête, on a des espoirs pleins la poitrine. Et ils ont tout détruit. En seulement quelques mots, en seulement quelques gestes. Tu effaces une larme brûlante qui glisse sur ta joue de la manche de ton gros pull en laine – il y a sûrement pire que ça, dans la vie. Et alors que le soleil se couchait sur l’horizon, tu t’es promis de ne plus jamais flancher. De ne plus jamais laisser personne détruire ta vie à nouveau. Et que, quoi qu’il puisse t’arriver, les gens ne verraient qu’un sourire sur tes jolies lèvres rosées.




Mercredi 18 Juin.
Ça fait longtemps que je n’ai pas écrit dans ce journal. Je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai arrêté. Peut-être par manque de temps, peut-être parce que je n’ai pas grand chose à raconter finalement. Ça fait un an que j’ai emménagé ici. Le Parking, ça s’appelle. C’est pas trop mal, l’appartement est bien pour quelqu’un de seul comme moi. Et puis j’ai un nouveau boulot : je sers les hamburgers au McDo du quartier. C’est pas très reluisant et mes vêtements puent la frite le soir quand je rentre chez moi mais, au moins, ça paye le loyer. Je crois que la Concierge commençait à en avoir marre que je la paye en retard chaque mois. Mais elle est plutôt compréhensive. Elle ne m’a jamais vraiment engueulé même si je voyais bien que ça la saoulait. Je fais ce que je peux. Je fais comme je peux. C’est parfois difficile de joindre les deux bouts, avec juste ce salaire pas très élevé. J’ai pas la vie de château mais c’est pas non plus la misère. Je ne suis pas à la rue, c’est déjà ça.
Tu crois qu’ils pensent à moi de temps à autre ? Tu crois qu’ils m’ont oublié ? Je pense à eux des fois. Souvent. Je ne devrais pas, hein ? Mais je ne peux pas m’en empêcher. Je reste quand même leur gosse, quoi. Et ils n’ont sûrement jamais cherché à me retrouver, à essayer d’avoir de mes nouvelles. Le jour où ils ont claqué la porte de leur maison, ça a été fini. Je n’étais plus leur fils, nous n’étions plus une famille. Tu crois qu’ils ont viré toutes les photos de moi des albums de famille ? Et mon portrait dans l’entrée, celui avec mon frère, tu crois qu’il y est encore ? Qu’est-ce qu’ils disent quand leurs amis demandent où je suis parti ? Ils doivent répondre que je me suis engagé dans l’armée de terre, ou un truc comme ça. C’était leur grand rêve pour moi, après tout. Militaire de père en fils et comme ils n’ont pas réussi à endoctriner mon frère, je devais être la fierté de la famille Hemingway. (Ils doivent bien s’en mordre les doigts aujourd’hui.) Au lieu de ça, je n’ai été finalement que la disgrâce. L’enfant gay qu’on cache comme une honte, comme une tare. Ils ne m’ont pas seulement caché, ils m’ont juste rayé. Rayé de leur quotidien, rayé de leur vie. Rayé de leur mémoire. Je ne dois plus exister pour eux. Comme ils ne devraient plus exister pour moi également. Mais c’est difficile, surtout les soirs comme aujourd’hui. Ces soirs où je suis fatigué, ces soirs où je veux juste m’écrouler. Et il n’y a personne en face pour me forcer à sourire, à me relever. Il n’y a personne en face pour me rappeler cette promesse que je me suis faite.

Rah, je suis pathétique. Je ne devrais pas les pleurer. Je ne devrais pas avoir mal. Ça ne devrait pas être douloureux. Je suis bien ici. J’ai une vie qui n’est peut-être pas parfaite mais elle est ma vie et je prends les décisions que je veux. Je suis le seul maître à bord. Et malgré leur absence, malgré leur silence, je dois continuer de vivre. Pour moi. Pour moi et moi seul.
Bon, je dois prendre une douche. C’est urgent. Je pue, c’est une horreur ! Je ressemble à une portion de frites king size, sérieusement.





« Vous me manquez. Est-ce que je peux revenir ? Je ne suis plus gay. J’aime les filles, maintenant. J’ai même une petite-amie. On va se marier ! »
Tu froisses le papier dans un geste rageur, arraches une nouvelle page de ton carnet.
« Je vous déteste. Vous n’étiez pas dignes d’être mes parents. Si vous ne m’acceptez pas tel que je suis, alors c’est vous qui avez un problème. »
Tu grognes, laisses cette nouvelle feuille gribouillée rejoindre toutes les autres, jetées sur le parquet en un petit tas. Tu soupires. Tu ne sais même pas quoi leur dire.
« Je me sens seul. Je suis seul. Parce que ma famille m’a jeté à la rue et que je n’ai plus personne dans ma vie sur qui compter. »
Triste vérité. Horriblement honnête. Les mots te frappent avec la violence d’un coup de poing dans l’estomac. Il y a la bile qui remonte le long de ton œsophage. Il y a comme un hurlement qui se coince dans ta gorge, qui te brûle jusqu’aux poumons. Tu es seul, c’est tout.




Votre rencontre a sûrement été lé fruit du hasard. Un coup du destin, comme ils disent. Mais ça a été plus que ça, pour toi. Il a été le premier. Le premier que tu laissais entrer dans ta vie après l’abandon de tes parents. Le premier avec qui tu te liais réellement. Bien sûr, il y a eu tous ces coups d’un soir, ces coups vite faits qui n’avaient absolument aucune importance à tes yeux. Il y a eu ces rencontres fortuites dans l’ascenseur, les escaliers de l’immeuble ou même le toit mais rien qui n’avait son importance. Son importance à lui. Tu ne peux pas le nier, c’est son physique qui t’a attiré en premier. Mais c’était quand même différent, parce que sa conversation ne te dérangeait pas. Habituellement, tu n’aimes pas parler. Pas vraiment. Surtout pas de toi. Mais avec lui, c’était comme plus facile. Plus aisé. Et même si tu le voulais vraiment dans ton lit, il n’y a jamais rien eu. Rien eu de tout ça, de ces échanges de fluides corporels qui prennent le goût de papier mâché de l’habitude avec le temps. Non, il y avait des rires, des conversations jusque tard dans la nuit. Il y avait cette connexion entre lui et toi. C’était simple, c’était doux. Il arrivait comme un baume réparateur apposé sur tes blessures encore ouvertes. Il était comme une caresse à peine esquissée. Et tu te sentais revivre, redevenir ce jeune homme plein de vie et d’entrain. Tu te sentais retrouver ce vrai sourire – celui qui te faisait défaut depuis tant d’années déjà. Oublier le passé, regarder vers l’avenir. Tu étais plein d’espoir à nouveau.
Parce qu’il était là. Juste parce qu’il était là, avec toi.

Tu ne sais pas comment les sentiments sont arrivés là. Entre vous, comme ça. Tu supposes que ça s’est fait naturellement, avec le temps. Avec ces heures passées avec lui, à le découvrir. À le côtoyer. Mais tu ne t’étais pas attendu à ce qu’il t’avoue ne pas être attiré par les hommes – pas comme toi. Tu t’es retrouvé un peu bête, ce jour-là. Ça t’est tombé dessus comme les pianos tombent sur les personnages de cartoon. Tu as été sonné pendant quelques secondes, comme si on t’avait frappé. Parce que tu étais tellement persuadé qu’il y avait ce partage d’attraction que tu n’as pas imaginé un seul instant que tout ça n’était qu’un simple effet de ton imagination détraquée. Alors la honte a fondu sur toi comme un rapace sur sa proie. Tu t’es vu te cacher dans un trou de souris pour n’en ressortir que dans un millénaire quand il n’y aurait plus rien de la Terre que des vestiges du passé. Comment avais-tu pu être aussi aveugle ? Comment avais-tu pu ne pas voir ce qui semblait pourtant si évident ? Tu ne sais pas ce qui a été le plus douloureux, à ce moment-là : savoir que ce que tu pensais de lui était absolument faux ou bien comprendre que, même avec le temps, ces sentiments naissants en toi, au fond de ta poitrine, ne te seraient jamais rendus. C’était peut-être un mélange des deux, saveur en aigre-doux sur ta langue.
Alors tu as fui.




Samedi 26 Octobre.
Je lui ai avoué. Bordel, je lui ai avoué. Je lui ai avoué que je l’aimais un peu plus qu’en ami. Bon, j’ai pas dit ça comme ça hein, sinon j’aurais eu la honte de ma vie – déjà que c’était limite. Mais au moins, c’est dit. Au moins, il sait. Et je suppose que désormais, tout est clair entre nous. Après avoir passé des jours à le fuir, à faire le mort, il a réussi à me coincer dans un couloir. Et je n’avais pas d’autre option que de l’affronter. Je n’étais pas prêt, pourtant. Je n’étais pas prêt à l’affronter. Pas alors que je venais de comprendre qu’il aimait les filles. Il aime les filles, bordel ! Et moi, je lui mets mon cœur à nu, comme ça. Sans raison. Je dois être un peu masochiste. Je savais bien que mes sentiments ne me seraient pas rendus, que toute cette histoire ne pouvait que mal finir. Mais je l’ai fait quand même. Je ne sais pas pourquoi. J’ai été fou, hein ? J’ai été fou de lui dire.
Et j’ai vu son regard. J’ai vu dans ses yeux qu’il était perdu, qu’il ne savait pas quoi me répondre. Je commence à bien le connaître. Et j’ai très bien compris que ça avait été une erreur de m’être montré honnête avec lui. Brutalement honnête. Il n’était sûrement pas prêt pour ça, pas tout de suite. Pas maintenant. Et même s’il l’a bien pris, même s’il n’y a pas eu une once de moquerie dans ses gestes ou ses mots, je sais que c’était une erreur. Il s’en fiche pas mal de mes sentiments à la con, non ? Ça ne changera rien à sa vie. Ça ne changera rien à son existence. Il est pas du même bord que moi. Et puis, au fond, j’ai toujours su qu’il aimait toutes les faire tomber. C’est ça, son leitmotiv – plaire, attiser les convoitises. Mais les miennes, de convoitises, ne lui sont pas appropriées.

Je suis vraiment trop con, non ?





Tu as appris une chose, de toutes les épreuves que tu as vécues : quand on veut quelque chose, il faut se battre. Bec et ongles. Il ne faut pas avoir peur de se salir les mains pour obtenir ce que l’on désire. Sinon, on se retrouve bien vite sans rien.
Et tu veux Antonin. Tu le veux réellement. Comme tu n’as jamais voulu personne d’autre dans ta vie. Alors peu importe son hétérosexualité, ça n’est qu’un détail dans la fiche de présentation. Un détail mineur. Et la barrière est parfois tellement fine entre amour et amitié. Qui peut dire qu’il ne sera pas le prochain à la franchir en toute impunité ? Et il est clair que tu seras là pour l’accueillir de l’autre côté. Parce qu’il est à toi, Antonin. À toi et à peut-être toutes ses conquêtes féminines. Mais il est à toi. Le reste, ça ne compte pas.

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