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LYAM 彡 JUSTE UNE SILHOUETTE QUI RESSEMBLE À TOI. (alternatif)



 

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LYAM 彡 JUSTE UNE SILHOUETTE QUI RESSEMBLE À TOI. (alternatif)

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les locatairesles potins


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« arnaqueur d’étoiles »
› Âge : twenty-eight yo – march, 21st.
› Appart : #603 / 6th floor – avec son âme-sœur. de retour au sixième, avec un sale goût d’abandon au fond de la gorge.
› Occupation : mon corps appartient à ceux qui en ont les moyens, mon âme est damnée, mon cœur ne cesse d’espérer – la catin du quartier.
› DC : la princesse aux arcs-en-ciel (flora) la chair mutilée (celso) la seal noyée (elinor) & l’étoile morte (solal).
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Message(#) Sujet: LYAM 彡 JUSTE UNE SILHOUETTE QUI RESSEMBLE À TOI. (alternatif) Mar 19 Jan - 17:23



LYAM & ORESTE
❝ juste une silhouette qui ressemble à toi ❞

« Excusez-moi, est-ce que vous avez vu cette jeune femme ? » Comme une véritable rengaine, tu montres la même photographie un peu trop usée. La même page imprimée, froissée. Ce même visage souriant, encadré de mèches dorées. C’est un dessin, dessin que tu as toi-même tracé il y a longtemps déjà – presque une éternité. Tu imagines les pommettes rosées, les dents blanches, les yeux bleus si semblables aux tiens. Tu entends encore sa voix, cette voix si douce et mélodieuse qui sonne comme un carillon à tes oreilles. Parfois, elle était presque une berceuse quand tu ne parvenais pas à trouver le sommeil la nuit. Et, doucement, elle te racontait une histoire. Elle te disait tous ces mots que tu voulais entendre. Alors tu fermais les yeux et tu t’imaginais qu’elle était là, tout près de toi. Sa chaleur se mélangeait doucement à la tienne, tu entourais son corps maigre de tes bras. Vous ne formiez plus qu’un, elle et toi, sous les vieux cartons de la ruelle qui vous empêchaient d’avoir froid. Elle était ton rempart, ton univers. Elle était celle qui te permettait de tenir bon, de rester debout. Elle était ton courage et ta force. Elle était ton tout. « Vous avez vu cette jeune femme ? Excusez-moi, vous avez vu cette jeune femme ? » Mais quand tu rouvres les yeux, il n’y a plus rien que le vide à côté de toi. Il n’y a plus rien que son absence et le souvenir de son parfum dans l’air moite de l’hiver. Tes mains se referment sur une place froide, vide et tes lèvres n’embrassent que du vent. La douleur est toujours là, au creux de ta poitrine. Elle te ronge, elle te grignote petit à petit. C’est une souffrance qui devient chaque jour un peu plus intolérable. Tu essayes d’être fort, parce que c’est ce qu’elle aurait voulu. C’est ce qu’elle te dirait si elle était encore là. Mais elle n’est plus là. Elle n’est plus là depuis deux ans, déjà. Deux années que tu attends, en vain, son retour auprès de toi. Deux ans que tu te réveilles chaque matin avec l’espoir qu’elle sera là, juste à côté ; deux ans que tu t’endors, les larmes te brûlant les paupières et la douleur au cœur proche de la nausée. Tu te sens seul, si seul. Vide. Anéanti. Ils disent qu’il n’y a plus vraiment de chance de la retrouver, ils disent qu’elle doit être morte maintenant. « Pardon, vous auriez aperçu cette jeune femme ? » Mais tu ne veux pas y croire, tu ne veux pas les croire. Tu refuses de les croire. Parce que ce serait comme l’abandonner. Ce serait comme renoncer à tous vos rêves, tous vos espoirs. Ce serait comme la trahir. Elle ne peut pas être morte, elle est toujours en vie. Tu le sais, tu le sens. Tu en es certain. Parce que reste au creux de ton cœur cette petite flamme vacillante qui refuse pourtant de s’éteindre. Tu veux croire qu’il reste une chance encore pour qu’elle réapparaisse. Tu veux croire qu’il reste une chance qu’elle te revienne. Sans ça, tu ne sais pas comment tu pourras tenir. Sans ça, tu ne sais pas combien de temps tu vas encore tenir. Alors tu t’accroches, désespérément. Tu t’accroches à tes déambulations au cœur de la ville, à tes petites affichettes, à ces heures passées à patienter près d’une cabine téléphonique au cas où quelqu’un appellerait. Au cas où quelqu’un saurait te dire où elle est. Tu ne reculeras devant rien pour la ramener auprès de toi. Tu es prêt à n’importe quoi, quitte à te sacrifier toi-même. Quitte à sacrifier tout ce que tu as. Parce que tu n’imagines pas la vie sans elle, le futur sans elle. Ton avenir est lié au sien, depuis toujours. Depuis les premiers instants. Et tu refuses d’abandonner cette pensée rassurante. Tu le saurais si elle n’était plus en vie. Tu le saurais si elle était morte. Tu l’aurais senti, là, au plus profond de tes tripes. Peu importe que personne ne veuille t’aider, peu importe les maigres moyens que tu as à ta disposition – tu vas la retrouver. Même si tu dois y passer le restant de tes jours, même si tu dois y laisser ton dernier souffle. Même si tu dois en mourir. Elle reviendra, c’est juré. Même si pour tout le monde la cause semble juste désespérée. « Madame, auriez-vous vu cette jeune femme ? » Ta voix tremble un peu, le regard de la femme se détourne. Tu soupires, ramenant la feuille froissée près de toi. C’est une rengaine épuisante qui se répète chaque jour mais tu ne faiblis pas. Tu n’as pas l’intention de faiblir malgré le découragement qui engourdit tes muscles, tes membres. Si tu t’arrêtes, tu sais que tu n’auras plus qu’à mourir seul, dans ton coin. « Excusez-moi, monsieur ? Est-ce que… » « Désolé, je n’ai pas d’argent. » « Non, je ne vous demande pas d’argent, je voulais juste… » Mais l’homme t’a tourné le dos et est déjà parti. « … savoir si vous aviez vu ma sœur… » Ton estomac se contracte et la bile remonte jusqu’à ta langue, amenant une nausée désagréable. Serrant les poings, tu essayes de réguler ta respiration. En vain. Personne ne t’écoute, personne ne fait attention à toi. Tu n’es qu’un sans-abri, après tout. Qui perdrait du temps à écouter ta voix ? Ils s’en fichent de ta disparue, ils s’en fichent de ce vide qu’elle a laissé depuis deux ans. Ils s’en fichent que tu sois malheureux. Ils ont déjà leur vie, ils ont déjà leur problème. Ils ne te voient que comme une gêne. Comme une nuisance vivant sur leurs impôts qu’ils payent en travaillant si durement. Pourtant, tu ne demandes rien. Rien pour manger, rien pour boire. Rien d’autre que cette même question qui t’écorche toujours autant les lèvres, même après tout ce temps : « Vous avez vu ma sœur ? S’il vous plaît, vous avez vu ma sœur ? » C’est tout ce que tu veux, tout ce que tu demandes. C’est tout ce que tu souhaites – qu’on te rende ta jumelle.

C’était un après-midi d’été comme tous les autres. Elle était seulement partie courir les rues, impressionner les passants avec ses tours de magie. Elle était fière de ses tours de magie, ta jumelle. Et, souvent, tu la regardais faire de loin. Ce n’était peut-être pas la carrière rêvée, ce n’était peut-être pas toujours payant mais elle aimait passer quelques heures à amuser ces inconnus. À les émerveiller. Ce qu’elle préférait ? Être admirée par les enfants qui, les yeux brillants, répétaient des ‘encore, encore’ en tapant des mains. Et il n’y avait rien de plus magique pour elle que de voir les sourires édentés qui brillaient aussi fort qu’un soleil au zénith. C’était son petit bonheur, à ta sœur. Et quand elle revenait de ses démonstrations de magie, elle te racontait tout ça avec des yeux étincelants, avec cette mélodie dans la voix – la mélodie du bonheur. Et ça te réchauffait le cœur. Ça t’aidait à tenir bon, à te démener pour lui offrir une meilleure vie. Une vie de rêve et de conte de fées. C’était un après-midi comme tous les autres. Sauf que tu ne l’as pas suive cette fois-là. Sauf que tu es allé toi-même vaquer à tes propres occupations de l’autre côté de la ville. Et, innocemment, tu n’as pas imaginé – pas même une seconde – qu’il puisse lui arriver malheur. Qui voudrait du mal à ce petit ange ? Qui voudrait du mal à cette poupée, à cet être solaire et joyeux qu’était ta jumelle ? Alors tu n’as pas eu peur. Alors tu ne t’es pas posé de question. Tu as simplement ramassé ton grand carnet à croquis un peu vieillot, un peu abimé et tes fusains et tu es parti. Tu t’es installé au parc comme tu le faisais d’habitude et tu as commencé à dessiner. Parfois, tu voyais quelques personnes qui s’arrêtaient pour regarder tes œuvres étalées sur l’herbe à la vue de tous. Certains osaient quelques questions timides, te demandaient si tu avais fait une école d’art et tu leur répondais en riant doucement que tu aurais bien voulu mais que ce n’était pas dans tes moyens pour l’instant. Les jours de chance, tu pouvais même te permettre de proposer de croquer un portrait ou deux et parfois même on te l’achetait pour quelques pièces. Ce n’était pas grand-chose, ça ne te rapportait presque rien mais tu étais plus émerveillé par l’intérêt qu’on portait à tes dessins plutôt qu’à la monnaie que tu en récoltais. C’était ce qui te plaisait, le reste était insignifiant pour toi. Et tant que tu pouvais dessiner autant que tu le désirais, c’était tout ce que tu demandais. C’était un après-midi comme tous les autres. Et tu avais dessiné jusqu’à t’esquinter les doigts. Jusqu’à ce que tes yeux brûlent d’être fatigués. Quand tu es revenu dans votre chez-vous, un petit coin de rue à l’abri, au milieu d’autres SDFs comme vous, ta sœur n’était toujours pas là. Tu avais eu un froncement de sourcils, un peu inquiet, parce qu’elle rentrait toujours avant toi. Elle était toujours là à t’attendre, discutant avec ce vieux monsieur qui vous aide si souvent ou bien s’entraînant à de nouveaux tours. Elle était toujours là. Tu t’étais rassuré en te disant qu’elle avait peut-être eu un bon public et qu’elle était restée plus longtemps que prévu. Mais quand, à la tombée de la nuit, elle était toujours aux abonnés absent, tu as simplement couru jusqu’à son endroit habituel, la peur au ventre et une drôle de sensation dans la poitrine. Tu as couru comme si tu avais le Diable aux trousses pour ne trouver qu’une place vide. Une place vide avec seulement les passants qui allaient et venaient comme si de rien n’était. Comme s’ils ne voyaient pas cet immense vide, là, juste au milieu. Là où ta sœur était toujours chaque fois qu’elle faisait ses tours de magie. Et alors, ton monde avait lentement mais sûrement commencé à s’effondrer. À être réduit en un million de morceaux épars qui jamais plus ne pourraient se retrouver. C’était un après-midi comme tous les autres. Au loin, comme à travers un rêve, les sirènes aiguës de voiture de la NYPD résonnent et te tirent violemment de la vague de souvenirs trop douloureux. Elles apparaissent soudainement dans ton champ de vision, les autres voitures s’arrêtant, se rangeant de côté pour les laisser passer. Et même les piétons se sont stoppés un instant pour les observer, dévalant la grande avenue à toute vitesse. Fébrile, tu enfournes tes prospectus dans ta vieille besace et te mets à courir aussi vite que tu en es capable derrière les voitures de police accompagnées par deux autres véhicules noirs les suivant de prêt. Bousculant quelques personnes au passage, tu en oublies même de t’excuser, trop focalisé sur le cortège étrange qui se fraye un chemin au travers des rues bondées en cette heure de pointe. Le cœur en travers de la gorge, tu sens le nœud habituel de l’appréhension qui vient te serrer l’estomac. Encore une scène de crime, encore des blessés sûrement. Un ou deux morts, ou plus, peut-être. Depuis que ta sœur avait disparu, c’était devenu une véritable rengaine dans ton existence. Tu étais là à chaque fois que la police débarquait. Tu étais là dès qu’un corps était retrouvé, dès qu’une personne avait été agressée. Toujours. Tout le temps. Bien sûr, parfois c’était difficile d’être présent au bon endroit, au bon moment et tu te fiais aux journaux du lendemain pour t’aider dans cette démarche mais tu préférais être sur la scène le jour-même. Parce que tu avais besoin de te rassurer, besoin de voir de tes propres yeux que ce n’était pas elle. Électre, ta sœur jumelle. Parce que tu avais besoin de ne pas vivre dans cette peur-là, au moins pendant quelques heures. Parce que tu avais aussi le secret espoir qu’elle soit là, qu’elle puisse être une victime parmi les autres. C’était une vision terrifiante et tu redoutais à chaque fois de voir son corps inerte et immobile sur le pavé mais c’était une réalité à laquelle te devais te résigner malgré tout. Tu savais que, dans tous les cas, ça te permettrait de clore ce chapitre de ta vie qui n’avait déjà que trop duré. Tu voulais la retrouver, tu voulais la retrouver vivante. Mais parfois cet espoir-là s’amenuisait avec les jours qui passaient.

La foule s’est déjà rassemblée, compacte et grouillante, quand tu arrives enfin sur place. C’est un coin un peu plus reculé du quartier, là où traînent souvent les âmes perdues de ce monde une fois la nuit tombée. Un endroit que tu as beaucoup visité depuis que ta sœur s’était évaporée. Il y a des murmures, des questions sur toutes les lèvres. Tu entends qu’un corps a été retrouvé dans une poubelle, que ce n’est pas la première fois. Que c’est peut-être le retour d’un tueur en série ou alors une prostituée qui a succombé à une overdose d’héroïne. D’autres commentaires se perdent dans un flot continu de paroles embrouillées cependant que tu tentes de te frayer un chemin jusqu’au plus près de la scène. Jusqu’au ruban jaune criard qu’on ne voit que dans les séries télé. Des hommes et femmes en uniformes s’affairent dans la ruelle trop sombre. Tu distingues seulement les jambes nues et déchaussées de la victime sans pouvoir être capable de savoir si c’est bien une jeune femme comme les gens autour de toi le disaient. Les mains un peu tremblantes, tu sors ton vieux carnet griffonné, rempli d’article de journaux, de dessins tracés vite faits, de notes prises au compte-goutte – tout ce que tu as pu apprendre sur les disparitions, les meurtres de ces deux dernières années. « 19 janvier 2015, 15:31, à l’angle de la 222ème et White Plains Road – à côté du Domino’s. Deux voitures de la NYPD, une autre (noire) FBI ou peut-être CIA. Sexe de la victime : à déterminer, possiblement féminin. Âge : entre 24 et 28 ans, les passants décrivent la victime comme jeune. Cause du décès : à déterminer, meurtre ou possible overdose. Corps abandonné, possiblement dénudé, dans une benne à ordures – déjà presque entièrement recouvert à l’arrivée sur les lieux. Traces de strangulation aux chevilles. » Tu ne vois guère plus de toute la scène et les autorités ne font pour l’instant pas attention aux badauds réunis pour observer cette scène de déchéance humaine. Bientôt, les agents viendront demander s’il y a eu des témoins. Tu observes un vieil homme qui discute déjà avec un policier qui prend des notes tout en hochant la tête avant de s’arrêter pour poser d’autres questions. Fronçant les sourcils, tu commences à grapher les traits de ce premier témoin. Il ne porte ni manteau, ni écharpe et pourtant le temps s’est considérablement rafraîchi depuis plusieurs jours. Il est même encore en pantoufles, un vieil pull trop grand lui tombant bas sur les cuisses. « Habite à proximité de la scène ? A découvert le corps ? », que tu marques dans la marge de ta page noircie par le stylo à bille noir. Rapidement, tu essayes de repérer les habitations les plus proches. Pour la plupart, ce sont des immeubles de quatre à cinq étages maximum, vieillots et tagués. « Les numéros 501 et 503 donnent directement sur la benne où a été retrouvée la victime, mais seuls huit appartements ont une fenêtre adjacente à… » Alors que tu relèves les yeux de ta feuille pour vérifier une nouvelle fois le nombre de fenêtres, ton regard croise celui, bien trop clair, bien trop bleu, d’un de ces hommes sortis du véhicule noir. Ton sang se glaçant instantanément dans tes veines, tu avales ta salive et baisses la tête dans ton carnet en faisant semblant de lire une phrase invisible. Tu comptes jusqu’à trois, relèves à nouveau le regard avec l’espoir bête que l’homme blond soit passé à autre chose mais, remarquant qu’il t’observe toujours avec la même insistance et un drôle de froncement de sourcils, tu décides de reculer au milieu des passants, te dissimulant dans la foule et rangeant au plus vite carnet et stylo dans ta besace. Tu as à peine le temps de te retourner que tu l’aperçois qui effectue un mouvement dans ta direction. Tu pestes dans ta barbe inexistante, t’excuses tout en bousculant le monde autour de toi. Pendant une seconde, tu as même l’impression qu’on t’interpelle mais tu préfères te persuader que ce n’est qu’un effet de ton imagination sous l’emprise de l’angoisse. Ce n’est que lorsque tu jettes un rapide coup d’œil par-dessus ton épaule et que tu tombes une troisième fois dans ce regard comme une mer azure des Caraïbes que tu te décides de te mettre à courir. Et si on t’avait repéré déjà avant ? À trop traîner sur les scènes glauques du quartier et des environs, certaines personnes avaient forcément dû vous remarquer toi et ton petit carnet que tu ne lâchais jamais. Est-ce qu’on pouvait t’arrêter pour ça ? Est-ce que c’était ça, le voyeurisme ? Sans doute que si tu leur expliquais pourquoi tu collectais toutes ces informations, ils comprendraient. Ils te riraient peut-être au nez mais ils comprendraient. Non ? La gorge sèche, enflammée, tu ne peux retenir un sourire sardonique et désabusé. Tu avais déjà expliqué ton problème aux autorités, à maintes reprises. Ils ne pouvaient rien pour toi. Ils ne pouvaient rien pour ta sœur parce que tu n’avais pas d’éléments concrets à leur apporter – juste son signalement, la date et le lieu de sa disparition. La rage au ventre, tu pousses un peu plus sur tes jambes, bifurques dans une petite ruelle. Escaladant un grillage entre deux bâtiments, tu te réceptionnes mal et t’écorches les mains sur le bitume. Tu ne sais pas exactement ce qui t’aide à te relever pour reprendre ta course, sûrement l’adrénaline et la terreur au fond de ton estomac. Mais tu y arrives et tu as presque l’espoir de semer l’agent à tes trousses quand tu déboules dans un cul de sac. T’es fait comme un rat. Tu as l’idée de te cacher au fond d’une poubelle pour donner l’illusion que tu t’es évaporé mais il n’y a sûrement que dans les films hollywoodiens que cette tactique pourrait fonctionner. Impuissant, tu vois alors le blond te rejoindre et, la respiration sifflante et le cœur au bord de l’explosion, tu te demandes fugacement si tu vas passer la nuit en prison. Instinctivement, tu lèves les mains juste devant ton visage et presses les paupières. Un peu comme un enfant. Un peu comme si tu espérais disparaître en même temps. « Tirez pas ! couines-tu comme une bête aux bois. Tirez pas, je suis pas armé. Je suis pas armé ! » Est-ce que c’est suffisant, est-ce que c’est convaincant ? Tu supposes que tu ne dois pas faire vraiment peur avec tes vieux vêtements sales, tes cheveux emmêlés et tes doigts couverts de crasse, de traces de fusain et de sang. « Je… Je voulais juste savoir… » Ta voix vacille. Machinalement tu te balances d’un pied sur l’autre. « Je voulais savoir : est-ce que la victime que vous venez de retrouver ressemblait à… J’ai une photo. Elle est dans mon sac, tu lâches, abaissant lentement tes mains jusqu’à te besace d’où tu sors le portrait de ta jumelle. Est-ce que c’était elle, dans la poubelle ? » Tu fais un pas en avant, tendant la feuille froissée d’une main tremblante sans même oser le regarder. « C’est tout ce que je veux savoir… » Puis tu reviens à ta place, toujours les bras levés, lorsqu’il l’a prise pour commencer à l’examiner.


« in the eye abides the heart »


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› Âge : Trente-sept douilles échouées, éparpillées à terre.
› Appart : #1513/15ème, seul dans un grand appartement bien vide à présent. Et trop silencieux.
› Occupation : Officiellement, professeur particulier de langues (Suédois, Russe et Gaélique Irlandais). Officieusement, infiltré dans un grand réseau de proxénétisme pour lequel il est un informateur. En réalité ? Agent du FBI sous couverture, anciennement policier dans les moeurs puis la criminelle de L.A. après avoir été sniper au sein de la US Army.
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Message(#) Sujet: Re: LYAM 彡 JUSTE UNE SILHOUETTE QUI RESSEMBLE À TOI. (alternatif) Dim 24 Jan - 16:58


« D’après la description de la police scientifique déjà sur place, la victime correspond au profil, l’informa Lucy en s’engageant derrière les voitures hurlantes de la NYPD.
-Tu parles déjà comme s’il s’agissait d’un tueur de série. Je croyais que tu ne voulais pas employer ce terme avant d’être certaine ? lui fit-il remarquer avec prudence, vrillant son regard sur le visage tourné vers la route de sa partenaire.
-Je crois qu’on a assez attendu, même si le Bureau voulait qu’on reste en retrait. Et je pense que tu es du même avis que moi. » asséna-t-elle avec gravité.
Des doutes, ils en avaient eu dès la première victime. Ce petit mot laissé à leur attention au creux de la paume de la jeune femme retrouvée dans les ordures. Call the FBI. Mais il y avait trop peu d’indices, pas assez d’informations sur la morte, trop d’autres affaires à traiter et la possibilité non négligeable que ce message ait pu être écrit par n’importe qui et pas forcément le tueur. Après quelques jours à peine de poursuite de pistes infructueuses et devant le manque d’éléments dont ils disposaient et l’absence (ou plutôt le silence) de potentiels témoins, leur déplacement avait été jugé inutile et ils avaient été rappelés à Quantico. Une semaine plus tard, un officier de la criminelle de New-York les contactait pour leur annoncer qu’une autre victime avait été trouvée dans les poubelles –blonde, entre vingt et trente ans, une prostituée habillée avec un soin qui contrastait franchement avec l’endroit où elle avait été retrouvée, portant le même genre de blessures. Comme la première victime. Les doutes restés dans un coin de leurs esprits s‘étaient réveillés, plus lancinants, plus présents. Plus obsédant. Mais il y avait eu encore cette absence terrible d’indices –la scène de crime contaminée par les intempéries- et les rares pistes des policiers qui n’avaient mené à rien. Alors les mots et les schémas qui se dessinaient dans leurs têtes n’étaient restés qu’entre eux quand ils trouvaient un moment pour échanger sur le sujet. Ils avaient essayé d’évoquer l’affaire avec leurs supérieurs, et ils avaient aussitôt rencontré un mur d’arguments qui malgré tout se tenaient, faisaient sens. Ce n’était pas la première fois qu’un petit malin tentait de rameuter le FBI en essayant d’une manière excessivement malsaine d’attirer leur attention –ce bout de papier pouvait ne rien signifier du tout. Ce n’était pas non plus la première fois que l’on retrouvait une fille des trottoirs dans une poubelle –et malheureusement, sur ce point-là, les années de Lyam dans la brigade des mœurs puis la criminelle de Los Angeles n’avaient pu que le confirmer.
Sauf qu’il s’agissait de la troisième victime. En un mois. Même profil en apparence. Même mode opératoire semblait-il, d’après les premières conclusions à vue de l’officier déjà présent sur la scène du crime et qui avait suivi l’affaire de près en gardant contact avec eux. Bien sûr, cela restait à confirmer. Bien sûr, il faudrait laisser le temps au légiste et aux experts de faire leur travail, d’établir concrètement les circonstances du meurtre et les ressemblances –ou les différences- avec les deux autres mortes. Mais c’était déjà bien trop de coïncidences, bien trop d’éléments qui entraient en corrélation pour qu’ils puissent les ignorer et faire taire leurs instincts qui leur criaient une vérité pressentie.

Lyam reporta son regard à travers la vitre, observant sans véritablement la voir la rue qui défilait, les passants qui se pressaient sur les trottoirs, les voitures écartées pour leur faire place. Sa sonnerie de portable déchira soudainement le silence agréable qui régnait alors qu’ils étaient tous deux à leurs réflexions et il fronça les sourcils en le sortant de sa poche. Avant de se figer en voyant les deux visages souriants qui s’affichaient sur l’écran tactile, déchiré entre l’envie de répondre dans la seconde et son professionnalisme qui lui avait toujours suggéré de ne pas laisser la vie privée s’immiscer dans le travail. Il sentit le regard de Lucy s’attarder rapidement sur lui et il la perçut sourire sans même avoir besoin de relever la tête vers elle.
« Vas-y, décroche, l’encouragea-t-elle. On y sera dans deux minutes, ça te donne le temps de lui dire coucou. »
Il lui lança un cou p d’œil reconnaissant en s’exécutant, appréciant son soutien silencieux, sa façon de balayer ses propres contradictions en le rassurant. Il savait bien qu’elle ne le blâmerait pas pour prendre un coup de fil aussi personnel –sûrement parce qu’elle avait conscience elle-même dans quelle situation difficile il se trouvait déjà, et qu’elle savait très bien qu’il était loin d’en abuser, car une fois le téléphone reposé, il redeviendrait l’agent qu’il était toujours à ses côtés. Mais cela ne l’empêchait pas de se sentir un peu mal-à-l’aise vis-à-vis de cela, alors même qu’elle lui avait toujours dit et fait comprendre qu’elle ne le lui reprocherait pas et que c’était tout à fait normal que cela arrive. C’était juste un sentiment désagréable qu’il ne parvenait à refouler –et qui s’évanouissait dès l’instant où il rencontrait son regard complice.
Son pouce balaya l’écran d’un geste guidé par l’habitude et avant même qu’il ne porte le cellulaire à son oreille, il ne put retenir le sourire qui gagna ses lèvres.
« Allô papa ? »
Et c’était toujours cette même explosion de bonheur pur dans ses veines, dans son cœur, quand cette petite voix fluette faisait si agréablement vibrer ses tympans. Son sourire s’accentua, une vague de tendresse et d’amour le submergeant tout entier.
« Salut ma puce. Comment tu vas ?... Et Maman ?... Je suis sur la route… Oui, Lucy est à côté de moi. Elle te fait coucou. Même si c’est interdit de lâcher le volant en conduisant, mon cœur, reprit-il avec amusement, le rire au bord des lèvres à la remarque ingénue de sa fille, alors que sa partenaire faisait la moue. Tu as goûté ? »
Et la question fatidique.
« On va se voir ce week-end ? »
Il ressentait tant d’espoirs dans sa voix qu’il sentit sa gorge se serrer douloureusement, le poids terrible et familier de la culpabilité écrasant sans merci sa cage thoracique. Il aurait tant voulu lui dire oui. Sans avoir le moindre doute. Il aurait tant voulu être là.
« On verra ma puce. »
Parce que même s’il la sentait déçue, même si cela lui déchirait le cœur, il ne pouvait juste pas lui promettre de venir –et ensuite ne pas pouvoir tenir cette promesse.
« Tu me rappelles ce soir pour me raconter ta journée ? enchaina-t-il en avisant les voitures blanches et bleues aux gyrophares colorés qui ralentissaient devant eux pour s’engager dans une rue adjacente. Et comme ça je pourrai parler à Maman aussi, oui. Fais un bisou à Sinah pour moi, d’accord ? Moi aussi je t’aime. » termina-t-il d’un ton plus bas, avec sincérité.
Le cœur au bord des lèvres et l’impression de trahir une nouvelle fois ce petit ange qui partageait son quotidien depuis bientôt six ans.
Il attendit que le bip sonore retentisse à ses oreilles, lui signifiant qu’elle avait raccroché, avant de ranger son portable. Il ferma un instant les yeux, comme pour tenter de remettre de l’ordre dans l’avalanche de sentiments insaisissables et chaotiques qui lui étranglaient la poitrine, avant de prendre une inspiration et glisser à nouveau dans les chaussures de l’agent quand son regard se porta sur le profil de Lucy. Elle immobilisa leur véhicule à proximité du trottoir, avant de tourner son visage vers lui. Leurs regards se heurtèrent, s’accrochèrent. L’étreinte rassurante et familière. Apaisante. Ce soutien silencieux, indéfectible. Inébranlable. Ces yeux bleu ciel qui ne jugeaient pas, qui n’accusaient pas.
Puis les traits de sa partenaire se teintèrent de cette gravité professionnelle dont les siens se parèrent comme en miroir. Elle rajusta son holster sur sa hanche gauche, Lyam referma ajusta son trench-coat. Puis les portes du SUV grincèrent, les bruits de klaxons et d’un brouhaha de voix leur parvinrent beaucoup plus nettement. L’air glacé de l’hiver s’engouffra dans l’habitacle, fouettant douloureusement les joues du blond alors qu’il posait un pied sur le bitume. Il entendit Lucy lâcher un juron à voix basse avant qu’elle ne claque sa portière avec précaution –elle aimait bien trop leur outil de travail pour se venger inutilement sur ce dernier. Il l’imita avant de s’avancer vers le ruban jaune trop familier, le soulevant pour la laisser passer dessous avant de faire de même.

Et déjà un policier les alpaguait, accompagné de collègues qu’ils n’avaient tous deux jamais rencontrés. La danse connue par cœur, les mains glissant vers les badges du gouvernement, « Agents Whitaker et O’Neill, FBI. », les explications concernant leur venue, les regards à la fois teintés d’une crainte respectueuse et d’une défiance mêlée d’une indignation évidente posés sur eux. L’un de leurs précédents contacts finit par se montrer, les invitant sans plus de discussion à s’avancer dans la ruelle pour voir la victime. Observant attentivement les immeubles qui se dressaient de part et d’autres de la scène de crime, les deux agents échangèrent quelques remarques à voix basse quant à l’environnement avant d’interroger le policier qui les accompagnait sur la manière dont avançaient les prises de dépositions –vu la foule qui se pressait contre le ruban criard, il devait bien y avoir parmi eux quelques habitants qui avaient vu ou entendu quelque chose. Ils se proposèrent spontanément pour accompagner le travail de la police dans cette démarche importante et cruciale. C’était bien la première fois que le potentiel tueur en série choisissait un endroit aussi peuplé malgré l’aspect un peu malfamé des rues. Et c’était une occasion qu’il ne fallait certainement pas laisser passer.
Ils arrivèrent enfin à proximité de la victime. Enfilant des gants, ils évoluèrent avec plus de précaution pour ne pas contaminer la scène plus qu’elle ne l’était déjà, même si la police scientifique avait déjà bien entamé son travail. Lucy s’approcha jusqu’à pouvoir soulever le drap blanc qui recouvrait le corps étendu sur le bitume, remarquant à voix basse les marques de liens sur les chevilles nue, et aussitôt, Lyam observa avec attention le visage inconnu.
« Papiers d’identité ? s’entendit-il demander par réflexe.
-Aucun. »
C’était à prévoir.
Comme toutes les autres, elle était blonde. Les longues cascades ondulées, visiblement entretenues avec soin avant qu’elles ne se retrouvent tâchées de sang et collantes des diverses substances qu’elles avaient côtoyé parmi les ordures. Milieu de la vingtaine, les traits soulignés par une bouche aux teintes écarlates, alors que le reste de son visage restait vierge de toute trace de maquillage. La robe à la teinte autrefois grenat, courte mais qui manifestement avait dû être jolie avant d’avoir trainé dans les poubelles et de se trouver imbibée de sang. Et les veines trouées sur les bras rendus trop pâles par la mort, les incisions nettes et profondes courant sur l’intérieur de ces derniers qui auraient presque pu faire songer à un suicide particulièrement douloureux. S’il n’y avait pas eu ces entailles sanguinolentes dans l’intérieur des cuisses de neige. S’il n’y avait pas eu cette plaie béante dans le bas-ventre, témoin d’une trop grande sauvagerie.
Comme les deux autres victimes avant elle.
« Elle a été retrouvée en dehors de la poubelle ? nota Lucy en rabaissant le drap en douceur, le visage grave.
-Non, elle était dedans, comme les deux dernières fois. L’homme qui l’a trouvée a tenté de la ranimer en pensant qu’elle s’était ouvert les veines. » leur expliqua-t-il en pinçant les lèvres, visiblement touché par cette vision de mort, à l’image des deux agent dont les visages étaient encore plus fermés qu’auparavant.
Lyam échangea un regard avec Lucy.
« Il faudra qu’on le voie.
-Pas de problème. Un collègue prend déjà sa déposition là-bas. »
Le blond suivit le regard de l’autre homme en s’avançant déjà dans la direction indiquée. Il entendit sa partenaire s’adresser au légiste qui s’approchait vers eux, s’arrêta pour entendre ce que le spécialiste allait leur révéler sur son diagnostique préliminaire, son regard passant du policier qui prenait la déposition de l’homme qui avait découvert le corps, à la petite masse de gens qui se pressaient les uns contre les autres une vingtaine de mètres plus loin. Des badauds animés d’une curiosité morbide, certainement quelques résidents des immeubles adjacents qui hésitaient entre inquiétude et besoin de savoir ce qui venait de se passer à quelques mètres à peine de chez-eux –un endroit où ils s’étaient sûrement toujours senti plus ou moins en sécurité. Il reconnut un autre officier de dos, effleura du regard la petite foule grouillante de questions que seul le ruban canari retenait d’investir les lieux.
Jusqu’à ce que ses instincts rugissent violemment et qu’il ne se fige complètement, tendu, reportant toute son attention sur ce qu’il voyait. Car parmi ces visages qu’il ne connaissait pas, qu’il n’avait jamais vu, l’un ne lui était pas si inconnu que cela. Ces boucles châtains et un peu longues ondoyant autour d’un visage aux joues creuses penché sur un carnet que la main gauche s’empressait de noircir, une silhouette élancée habillée dans des vêtements trop grands, trop larges, et définitivement abîmés. Lyam fronça les sourcils, ses yeux détaillant l’inconnu aux aspects trop familiers avec attention. Il n’avait aucun doute. Il avait déjà vu cet homme. Deux fois.
A proximité des deux dernières scènes de crime.

Puis le châtain releva soudainement les yeux, comme à la recherche de quelques choses, et leurs regards se heurtèrent. Il y eut comme une seconde suspendue dans l’air, où un mélange de surprise et de peur sembla prendre possession des traits de l’inconnu, y balayant l’air concentré qu’il arborait plus tôt, avant que les prunelles claires n’échappent à nouveau à l’agent. Il l’avait vu, Lyam n’en doutait pas. Et cette manière de plonger la tête dans ses notes avait définitivement quelque chose de suspect aux yeux du blond, dont le regard se fit encore plus intense. Les iris azurés allèrent à nouveau à la rencontre des siennes et spontanément, l’ancien militaire eut un mouvement vers l’avant, les mots aux bords des lèvres. Il observa l’inconnu reculer d’un pas comme en miroir à sa propre avancée, son cœur fit un bond et tous ses instincts s’affolèrent.
« Je reviens. » émit-il à l’adresse de sa partenaire.
Il croisa son regard concerné, mais elle hocha doucement la tête. Je te fais confiance. Puis elle se concentra à nouveau sur les paroles du légiste et les yeux de Lyam se braquèrent sur la foule compacte alors qu’il s’avançait à grandes enjambées vers elle. Il voyait déjà la chevelure châtain disparaître parmi les visages sans noms, lui échappant inexorablement et confirmant l’attitude suspecte de l’autre homme. Il passa le ruban jaune et aussitôt les personnes s’écartèrent prudemment à la vue de son badge brandi, alors qu’il leur demandait de le laisser passer.

« Hey ! Arrêtez-vous ! » ordonna-t-il spontanément au fuyard.

Mais son injonction sembla se perdre dans la rumeur ambiante. Lorsque l’attroupement le recracha, le suspect avait déjà une bonne avance sur lui et avançait à grands pas, visiblement très pressé de mettre une certaine distance entre lui et son poursuivant.
Puis il se retourna. Leurs regards se percutèrent une nouvelle fois. Et l’autre homme se mit à courir.
Et merde.
Ses instincts incendiés. L’explosion dans ses veines. Sans une seconde pensée, Lyam se lança à la poursuite de l’inconnu, l’adrénaline courant à grande vitesse dans son sang, jusqu’à pousser ses jambes encore plus vite, encore plus loin. Il en oublia l’air glacé qui lui cinglait les joues, s’engouffrait dans ses vêtements, son manteau non fermé, venait mordre sa peau réchauffée par ses muscles ployant sous l’effort, s’infiltrait dans sa gorge pour la mettre en feu. Il ne voyait plus que cette silhouette dos à lui qui restait hors de sa portée, habile, et qui s’engouffrait à présent dans une ruelle entre deux hauts immeubles. En avisant la grille de loin, Lyam songea que l’autre s’arrêterait là et il posait déjà sa main sur la crosse de son arme quand il le vit se jeter sur la barrière grillagée et l’escalader avec agilité, prenant avantage de sa légèreté avec habilité. Et il ne patienta guère à sa réception manquée pour repartir de plus belle. Retenant un juron en Russe entre ses lèvres, l’agent l’imita, les gestes plus prudents et donc moins rapides. Il manqua de s’écorcher sur le haut du grillage mais il se réceptionna avec plus d’adresse, reprenant aussitôt sa course alors que la mince silhouette disparaissait déjà au loin dans une autre ruelle. Le cœur battant à tout rompre à ses tempes, le souffle court, il accéléra, bifurqua à toute allure.
Une impasse.

Sa paume trouva la crosse de son Glock 23 par réflexe alors qu’il ralentissait jusqu’à marcher plus calmement, les yeux dénudant le recoin manifestement désert, sur ses gardes, avant que son regard n’accroche la silhouette du châtain. Tendu, la respiration accélérée par cette petite course imprévue, il s’efforça de reprendre le contrôle de son souffle et calmer les battements erratiques de son palpitant, avant de se figer net dans une attitude défensive quand l’autre homme eut un mouvement brusque. Le holster geignit lorsqu’il en extirpa en partie son arme avant d’arrêter son geste tout aussi vite, le danger courant sur sa nuque, rampant sur sa peau. L’inconnu avait juste levé ses mains en l’air, se dissimulant derrière ses bras comme pour se protéger, les membres tremblants. Et au ton presque désespéré de sa voix, l’agent comprit que c’était à présent la peur qui l’animait. Mais il se contenta de le détailler attentivement, le déshabiller minutieusement du regard pour juger quelles armes potentielles pouvaient bien se cacher derrière les vêtements flottants aux tissus usés et qui ne devaient pas être d’une grande aide contre le froid. Une allure qui, de bien plus près qu’il ne l’avait été jusqu’à maintenant, lui en évoquait d’autres qu’il avait connues pendant ses années au sein de la police.
Pas armé ? La blague. Comme s’il allait croire un truc pareil. Ce n’était pas parce qu’il n’avait pas l’air dangereux au prime abord qu’il ne l’était pas. N’importe qui pouvait manipuler les apparences. Et se faire passer pour un être inoffensif alors qu’il venait juste de le balader sur un bon kilomètre dans les rues New-Yorkaises était définitivement sa meilleure chance de s’en sortir à présent.
Lyam fronça un peu plus les sourcils au ton tremblant du suspect, à ses paroles qui ne faisaient pas grand sens, jusqu’à ce que l’autre ait un mouvement vers sa sacoche.

« Doucement, l'avertit-il avec fermeté. Pas de gestes brusques. »

La sécurité du Glock dégainé avait déjà gémi quand les mains sales –et visiblement bien écorchées- de l’inconnu dont il surveillait chacun des gestes s’insinuèrent dans le petit sac. Mais elles n’en ressortirent qu’un bout de papier sous son regard scrutateur et maintenant intrigué, les instincts du détective reprenant doucement le dessus, chatouillés.
Soit il était tombé sur un sacré bon acteur sous des habits de SDF, qui parvenait à simuler les symptômes de la crainte et du stress jusque dans le chevrotement de sa voix et les tremblements incontrôlés de ses mains, jusque dans sa manière d’éviter sciemment son regard, intimidé, soit l’apparence entrait en adéquation avec la réalité. Et les pièces du puzzle venaient petit à petit se mettre en place.
Le visage fermé, il se tendit à nouveau violement, percuté par la sensation du danger imminent quand le châtain fit un pas dans sa direction, l’avertissement au creux de la langue, mais il ne put finalement que prendre la photo tendue qui vacillait dans l’air, ses yeux s’égarant un instant sur la peau abîmée de la paume tremblante que l’autre homme ramena aussitôt vers lui dans un réflexe défensif, maculée de traces noires –comme du charbon-, et d’un mélange de sang et de petits résidus de bitume. Lyam ne regarda pas la photo tout de suite, surveillant l’inconnu qui mettait à nouveau les mains en l’air en gardant définitivement les yeux baissés.
Dans quel étrange manège se laissait-il embarquer ? Une part de lui l’enjoignait à lui passer les menottes sur le champ et le ramener au commissariat pour un interrogatoire –il l’avait vu sur plusieurs scènes de crime, l’autre homme s’était enfui dès qu’il s’était rendu compte qu’il avait été repéré. Que lui fallait-il de plus que cette attitude qui avait tout de celle du suspect tout trouvé ? Mais il y avait aussi ce que ses mots dessinaient lentement, cette façon de réagir à l’approche d’un des membres des forces de l’ordre –la fuite, la peur non feinte, il ne serait pas le premier sans papier à prendre la fuite alors même qu’il n’avait commis aucun autre acte répréhensible que celui de vivre en situation irrégulière aux US. Et malgré le danger qui agrippait sa nuque, même s’il était loin d’être à l’aise à l’idée de se retrouver seul avec un individu potentiellement dangereux, le blond pouvait se montrer prudent tout en accordant à son interlocuteur le bénéfice du doute. Innocent jusqu’à preuve du contraire. N’avait-il pas tout d’abord choisi ce métier pour aider autrui ?

« Regardez-moi. » exigea-t-il avec autorité.

Son regard accrocha les prunelles céruléennes et il rengaina calmement son arme sans les lâcher.

« Au moindre geste brusque, le prévint-il calmement, vers votre sacoche ou autre chose, vous finissez au commissariat avec les menottes aux poignets pour expliquer à la police pourquoi vous étiez à proximité de trois scènes de crime similaires dans le dernier mois et comment vous avez pris la fuite lorsqu’un agent fédéral a voulu vous poser des questions à ce propos. Compris ? »

La mine assombrie, il attendit un hochement de tête, un signe pour lui certifier que l’autre homme l’avait bien entendu et compris. L’avertissement était limpide.
Puis Lyam baissa enfin les yeux sur le bout de papier qu’il tenait. Le portrait esquissé en noir et blanc était d’un réalisme foudroyant. Ses yeux se relevèrent rapidement vers le châtain pour lui signifier qu’il le gardait à l’œil, puis revinrent détailler les traits féminins avec attention. Il n’avait jamais vue cette femme. Il en était certain. Mais les questions commençaient déjà à se presser sur ses lèvres, ses instincts en éveil, alors qu’il dessinait malgré lui des parallèles avec l’affaire en cours. Etait-elle blonde ? Avait-elle disparue ? L’inconnu savait-il quelque chose –avait-il vu quelque chose ?

« Est-ce que vous avez des papiers ? » l’interrogea-t-il, ses yeux vrillant les siens, alors qu’il évitait soigneusement de répondre à sa question.

Si c’était réellement important pour son interlocuteur, si tout ceci n’était pas une tentative de lui échapper, ce dernier resterait. Si c’était des réponses qu’il cherchait, si cette femme était aussi proche de lui que son ton semblait l’avoir suggéré plus tôt, il resterait.
Et mettre un nom et une éventuelle adresse sur ce visage était un premier pas non négligeable pour l’agent.

« Je ne suis pas des services de l’immigration, le rassura-t-il aussitôt, pour balayer les éventuelles craintes de l’autre homme à ce sujet –cela restait une possibilité à envisager, la maitrise de l’Anglais et l’absence d’accent n’étant guère significative. Agent O’Neill. FBI. »

Ses doigts trouvèrent dans un geste guidé par l’habitude son insigne dans la poche intérieure de son manteau et il le montra à l’autre homme en guise de bonne foi.

« Qui est-ce ? enchaina-t-il en soulevant le portrait, détaillant la réaction de son interlocuteur. Ce n’était pas elle, dans la ruelle. » affirma-t-il avec prudence.

Comme pour lui montrer que s’il répondait à ses questions, Lyam en ferait de même, dans la mesure du possible. Comme pour esquisser un pas dans sa direction.



TIME IS RUNNING OUT

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« arnaqueur d’étoiles »
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Message(#) Sujet: Re: LYAM 彡 JUSTE UNE SILHOUETTE QUI RESSEMBLE À TOI. (alternatif) Jeu 28 Jan - 10:19



LYAM & ORESTE
❝ juste une silhouette qui ressemble à toi ❞

L’air glacé de ce mois de janvier fait s’échapper un léger nuage de fumée blanche cependant que tu essayes de ralentir ta respiration sifflante et erratique. L’hiver était toujours un moment difficile pour vous, les sans-abris. Certains trouvaient un lit, un bol de soupe chaude dans un refuge quelconque de la ville ; d’autres refusaient simplement cette aide pourtant bienvenue et restaient fièrement dans le froid. Dans la nuit. De temps à autre, tu as aperçu quelques bénévoles qui parcouraient les rues, les bras chargés de couvertures, un sourire gêné au coin des lèvres – comme s’ils avaient honte de vous aider. Comme s’ils avaient honte d’être à leur place de personnes qui ont un toit au-dessus leur tête. Tu ne leur en voulais pas, tu comprenais. Tu comprenais que la misère humaine puisse affecter, puisse déranger. Fermer les yeux sur tous ces hommes, ces femmes dans le besoin quand on a la belle vie, c’était plus simple. C’était plus simple de ne pas voir la vérité en face. Se détourner du malheur pour ne pas qu’il vous voie, comme s’il était une espèce de maladie contagieuse. Comme s’il allait vous sauter à la gorge au moment le plus opportun. Dit comme ça, c’était risible mais c’était juste la réalité. La triste réalité d’un monde organisé en classes sociales qui n’osaient jamais se mélanger. Tu avais appris à faire avec. Tu avais appris à vivre comme ça, en étant simplement mis en marge de la société. Après presque une décennie passée à vivre dans la rue, tu t’étais habitué à exister comme une ombre qui rase les murs. Qui passe inaperçu. Tu vivais chichement, comme tu le pouvais. Ta sœur avait toujours été celle qui te donnait la force d’être aussi courageux, de ne pas t’arrêter aux remarques désobligeantes, aux insultes. Si tu perdais pieds, tu n’avais qu’à plonger ton regard dans le sien et tu y trouvais le remède à tous tes maux, à toutes tes souffrances. Vous aviez pris l’habitude de vous serrer les coudes même lorsque votre vie n’était pas si difficile. D’aussi loin que tu te souvenais, ça avait toujours été elle et toi contre le monde entier. Elle et toi, malgré l’adversité. Alors quand elle a disparu, c’est bien plus que tes habitudes qui ont changé. C’est toute ta vie qui s’est renversée, et ton monde qui s’est effondré. Et tu t’es retrouvé seul face à cette ville trop grande, trop bruyante pour toi. Tu t’es retrouvé seul. Sans elle. Sans ce rayon de soleil quotidien qui te rappelait pourquoi tu te battais. Pourquoi tu continuais d’espérer. Aujourd’hui ce n’était qu’un vulgaire dessin qui t’aidait à te remémorer tout ça. Une vulgaire esquisse qui t’aidait à continuer ta route, qui te permettait de te souvenir que tu ne gardais pas espoir en vain. Que tout ça n’était pas vain – les recherches, les heures passées dans les rues à poser des questions, les informations collectées au compte-goutte alors que tu vendais un peu de ta chair. Grâce à ce tracé au fusain, tu gardais en tête que tous tes efforts finiraient un jour par payer malgré l’angoisse, la peur que tout ça n’aboutisse véritablement jamais. Restait cette petite voix, celle que tu avais entendue tant de fois, qui te répétait qu’elle ne reviendrait pas. Jamais. Cette petite voix qui avait les accents de tous ces officiers, de ces hommes d’autorité qui avaient simplement secoué la tête d’un air navré en te disant qu’ils ne pouvaient pas grand-chose pour toi, qu’ils feraient passer l’affiche un peu partout mais que tu ne devais pas t’attendre à un miracle. Et bon sang, tu savais que les miracles n’existaient pas dans la vie – mais ça ne te coûtait rien d’y croire, d’espérer. Après tout, tu n’avais plus que ça. Ta vie toute entière était rythmée par tes recherches jusque-là infructueuses. Et c’était chaque fois la même rengaine, chaque fois ce même manège : une scène de crime ou le théâtre d’une agression et tu étais là. Toujours. Ton petit carnet en mains, à noter tout ce que tu pouvais. Le cœur serré et l’estomac noué, l’espoir au bord des lèvres en même temps qu’un peu de culpabilité – tu ne voulais pas que ce soit elle que l’on retrouve là, le corps sans vie et ce serait en même temps une façon pour toi de savoir où tu en étais enfin dans ton existence après deux ans à tout abandonner pour la retrouver. Mais tu aurais dû savoir que ça tournerait mal un jour ou l’autre ; tu aurais dû te douter que ça t’apporterait des ennuis de traîner dans les coins où on ne voulait pas de toi. Où tu n’étais pas accepté. Tu le savais bien, au fond de toi, que ça n’allait pas toujours continuer ainsi. Que tu ne pouvais pas poser des questions sans devoir en répondre auprès de quelqu’un un peu plus tard. Voilà qu’aujourd’hui était le jour où tu devrais des explications. Aujourd’hui était le jour où tu te faisais tout simplement attraper bêtement dans une rue sans issue parce que tu avais été trop bête, trop négligeant. Parce que la soif d’informations avait été plus forte que ton bon jugement. Les yeux bleus glacés sont braqués sur toi et tu sens leur caresse brûlante et dérangeante, comme s’il te mettait à nu d’un coup d’œil. Comme s’il cherchait à lire en toi d’un coup d’œil. Mais le pire était sûrement l’arme pointée en ta direction et les questions qui défilaient à toute allure au fond de ton crâne : est-ce que tu vas mourir ? Est-ce qu’il va tirer si tu bouges, même d’un centimètre ? Tu avais essayé de repérer un moyen de t’en sortir, de le semer cette fois pour de bon et de retourner à ta tranquillité. Il y avait bien l’échelle de secours de l’immeuble à côté mais le temps que tu l’atteignes, tu aurais sûrement déjà reçu une balle – avec un peu de chance dans les jambes, au pire dans le crâne. Dans tous les cas, tu ne t’en sortais pas. Alors tu n’as pas d’autre choix que d’obtempérer, le corps vacillant et la gorge si serrée que l’air peinait à rentrer.

Tu étais habitué à ce genre de comportement. Tout ce que l’on voyait bien de toi, c’étaient tes vêtements trop grands, trop sales. Trop déchirés. C’était ton visage mince et tes joues creuses, tes mains noircies. Tout ce qu’on voyait, c’était un grand gosse paumé qui ne vivait de rien. Et personne n’accordait vraiment d’importance ou de crédit à ce que tu racontais – on n’essayait même pas de comprendre ce que tu disais, tu voulais seulement de l’agent pas vrai ? De l’argent que tu gaspillerais dans une bouteille de vin bon marché, parce que c’était ce que tous les sans-abris faisaient, n’est-ce pas ? Alors tu avais depuis longtemps abandonné cette bataille perdue d’avance et tu t’étais juste résigné à n’être qu’un déchet de la société qui ne pouvait se débrouiller que par lui-même. Pourquoi ça changerait avec cet officier ou qui que ce soit d’autre aujourd’hui, alors que tu avais pris la fuite devant une scène de crime ? Là où on venait juste de retrouver un corps abandonné dans une benne à ordures. Retenant un léger soupir, entre abattement et frustration, tu essayes de soutenir les grands lacs azur comme le blond te l’ordonne. Tu n’avais pas vraiment le choix et le ton autoritaire ne te donnait pas l’envie de jouer les têtes brûlées en réalité. Les consignes tombent, claquent dans l’air saturé de peur. Machinalement, tu humidifies tes lèvres gercées, sèches. « C-compris, tu articules dans un léger couinement, la voix trop aiguë. » Tu le savais, tu n’étais pas en position de négocier. Tu ne pouvais pas non plus te permettre de passer une nuit – ou plus, peut-être – dans un commissariat. Même si ça signifiait passer une nuit au chaud, avoir un repas complet. Même si ça signifiait être quelque peu hors de danger. Tu ne voulais pas perdre des heures précieuses alors que tu devais retrouver les témoins que la police se serait déjà chargée d’interroger. De plus, l’homme semblait en savoir beaucoup – assez pour que tu paraisses suspicieux à n’importe qui. Il t’avait remarqué sur les scènes de crime, toutes celles que tu avais pris la peine de détailler minutieusement, collectant toutes les informations possibles comme si la solution, la vérité allait se dessiner sous tes yeux comme par magie. Alors bien sûr que tu étais juste louche à ses yeux, surtout depuis que tu avais détalé comme un lapin pris en plein dans les phares d’une voiture. Un bon point, au moins, était qu’il avait rangé son arme. C’était déjà ça de gagné, non ? Tu n’avais plus cet énorme truc noir pointé sur toi comme une épée de Damoclès qui menaçait de te foudroyer à tout moment. « Des papiers ? » Bien sûr qu’il voulait tes papiers. Avalant ta salive avec difficulté, tu vois comme s’imprimer sur ta rétine l’image de ta passport card et c’est presque douloureux. Le visage est jeune, souriant. Il a des airs de toi mais semble presque être un tout autre jeune homme. Il venait juste d’avoir seize ans. Et la version de ce toi dix ans plus tard ne ressemble plus à ce gamin qui s’était promis un bel avenir. « Dans mon sac, cette poche-là, tu préviens en pointant du doigt un des côtés de ta besace. » Les gestes lents, maîtrisés mais toujours tremblants tu en sors la carte plastifiée, un peu vieille et décolorée. Et qui n’est surtout plus valable depuis le mois d’avril. Après un instant d’hésitation, tu lances un coup d’œil à l’officier avant de lui tendre la preuve de ton identité avec une certaine réticence. Est-ce que l’invalidité de ta carte était un crime ? Une raison de plus pour t’emmener au poste ? « Je ne suis pas un immigré clandestin, je suis né sur le sol américain, te justifies-tu avec raideur malgré tout. » Tu n’avais juste pas les moyens de refaire faire tes papiers. Tu avais juste oublié ce détail qui n’avait pas vraiment d’importance pour toi. Et, de toute façon, tu étais devenu invisible aux yeux de la société le jour où ta sœur et toi étiez devenus orphelins. Tu ne jettes qu’un vague coup d’œil à la plaque qu’il te présente, acquiesçant néanmoins comme pour lui signifier que tu croyais sa parole sans aucune question. Tu te doutais bien qu’il était un homme de loi, il était avec les agents de la NYPD après tout. Tu avais seulement hésité entre la CIA et le FBI, tu devrais juste rayer le premier sur ton petit carnet plus tard. L’apprendre ne changeait rien à ta situation actuelle. Ça ne changeait rien pour toi, pour ta sœur non plus. Maintenant, tu savais juste comment l’appeler dans ta tête. Et c’était tout. Ils étaient tous pareils, de toute façon. Une fois qu’il aurait fini de poser ses questions, qu’il aurait eu ce qu’il voulait de toi, il s’en retournerait à son enquête et tu serais libre de partir de ton côté aussi. Tu n’étais coupable de rien sinon de vouloir retrouver ta sœur et, même si tu ne connaissais rien aux lois de ce pays, tu savais néanmoins que ce n’était pas là un crime fédéral ou passible de prison. Et comme tous les autres, il te dirait qu’il ne peut rien pour toi. Que ça fait trop longtemps maintenant et que les chances de retrouver ta sœur sont devenues très minces voire inexistantes. Comme d’habitude, tu acquiescerais dans une légère grimace de désespoir et tu certifierais que si ta jumelle était morte, tu le saurais. Tu le sentirais. Bien sûr, il ne comprendrait pas ; il te prendrait pour un fou mais te laisserait tout simplement faire parce qu’il se rendrait compte que tu n’as rien d’un individu dangereux. Et que si tu voulais t’épuiser dans des recherches qui n’aboutiraient jamais, il ne pouvait rien y faire. Peut-être qu’il essaierait de te donner quelques conseils comme les agents les plus sympathiques que tu avais croisés jusque-là, il te sourirait comme un parent sourit à son enfant idiot, te souhaiterait peut-être même bon courage mais ce serait tout. Et c’était aussi tout ce que tu attendais aujourd’hui d’une quelconque personne ayant pourtant l’autorité et le pouvoir de t’aider.

Un frisson glacé te traverse l’échine quand le portrait de ta jumelle se dresse soudainement devant toi et tu détournes le regard, serrant les mâchoires. Comme si c’était trop douloureux de le regarder. Comme si tu ne supportais plus d’apercevoir ce visage si souriant sur le papier. « C’est ma sœur, lâches-tu dans un murmure étranglé. C’est ma sœur jumelle. » Et comme à chaque fois, tu sens cette sensation terrible de soulagement mêlée à cet abattement coupable. Tu t’en veux tellement. Tu t’en veux tellement de ne pas être simplement heureux qu’elle n’ait pas été la victime cette fois encore. Tu devrais juste être heureux. Tu ne devrais pas te sentir aussi désemparé. C’est mal. C’est douloureux. C’est terrible. Serais-tu un si mauvais frère ? « Elle a disparu depuis deux ans. » Dans ta bouche, les mots semblent usés jusqu’à la corde – un peu comme toi, en vérité. Ils n’ont plus que la saveur du papier mâché. Le goût fade d’une phrase qui a été trop dite, trop répétée. Elle n’a plus de sens. Ce n’est qu’une vérité plate et froide qui te glace encore le sang et te serre le cœur à t’étouffer. Parce que c’est toujours la même rengaine, toujours la même histoire et que tu es fatigué. « Depuis, j’essaye de la retrouver, tu continues dans un haussement léger d’épaules, les bras croisés sur ton ventre. Je pose des affichettes un peu partout, je pose des questions. J’essaye seulement de la retrouver. » Mais tu n’obtenais que du vide, du silence. Tes recherches n’aboutissaient à rien sinon à d’autres questions sans réponse : pourquoi, comment ? Pourquoi elle, pourquoi ta jumelle ? Comment l’avait-on enlevée ? Pourquoi personne n’avait-il rien vu ? Tu t’épuisais dans cette course aux informations qui ne faisait que tourner en rond. Ton existence tout entière n’était plus que cette disparition. Tu ne vivais plus que pour la retrouver et tout le reste n’était que parenthèses. Tout le reste n’avait absolument aucune importance. « Si j’étais sur toutes ces scènes de crime, c’était pour savoir si c’était elle, tu avoues. Je voulais savoir si elle était la victime ou non. Personne ne va me prévenir si son corps est retrouvé alors je dois bien m’en occuper moi-même. » Et peut-être que, par miracle, quelqu’un pensera à ce SDF qui posait des questions, qui distribuait des affichettes dans la rue. Peut-être que quelqu’un pensera à toi à ce moment-là. Mais il n’y aurait finalement aucun moyen de te contacter, de te retrouver dans toute cette jungle urbaine. Alors tu parcourais la ville, de long en large et en travers avec l’espoir, l’attente au bord des lèvres. Tu ne pouvais finalement faire que cela : attendre, espérer. « Je sais ce que vous allez me dire : deux ans, c’est très long. Trop long, quand il s’agit d’une disparition. Et les chances de la retrouver, même morte, sont presque nulles, continues-tu, refoulant avec difficulté la vague de larmes qui semblent vouloir te brûler les yeux. Mais je n’ai pas envie d’abandonner, pas tant que je n’aurai pas de réponse. Et tant pis si je dois y passer ma vie. Elle est ma sœur et je ne suis pas prêt à la laisser tomber. » Tu n’avais plus qu’elle, tu n’avais plus que l’espoir qu’elle revienne. C’était tout ce que tu possédais aujourd’hui. Et tu ne voulais pas laisser les petites voix, les autorités t’enlever les dernières parcelles d’espoir au fond de ta poitrine. S’ils te prenaient ça aussi, qu’est-ce qu’il te restait ? Qu’est-ce qui te garderait en vie ? « Je ne demande rien à personne, je me débrouille tout seul. Je n’ai rien fait de mal sur ces scènes de crime. Je n’ai pas non plus besoin que d’autres que moi croient encore que ma sœur est toujours en vie. » Même si c’était parfois dur, fatiguant, éreintant d’être le seul à croire. D’être seul tout court. « Moi, je le sais. Elle est là, quelque part et elle m’attend. Elle sait que je vais venir la chercher et je compte bien ne pas la décevoir, tu assures dans un froncement de sourcils. Voilà. » Tu n’as pas besoin de l’éternel discours insipide et qui faisait monter le goût de la bile jusqu’à ta langue. Tu n’avais pas besoin de ces mêmes paroles qui te décourageaient, te blessaient. Tu voulais simplement pouvoir continuer de chercher à travers la ville ce visage familier, ce bout d’âme qui te manque depuis ces deux années. Personne ne pouvait t’en vouloir, si ? Personne ne pouvait te reprocher de t’accrocher à ce dernier espoir avec toutes tes forces, avec tout ton être. C’était tout ce qu’il te restait, tout ce qui te donnait encore cette force et cette rage au fond de l’estomac. Tu te rends alors compte que tu as eu ce même ton plein de fougue comme chaque fois que tu veux t’échiner à faire comprendre au monde que rien ni personne n’arrivera à te résigner, à te faire changer d’avis à ce sujet. Rougissant, tu rentres un peu la tête dans les épaules et déglutis. Mal à l’aise. « Mh, désolé. Je ne voulais pas me montrer impoli. » S’il y avait bien une chose que tu avais apprise avec les autorités, c’était qu’il fallait toujours faire profil bas. Surtout quand on est un sans-abri. Surtout quand on se retrouve coincé dans une petite ruelle sans issue. Son arme n’était pas loin, elle était juste là – accrochée à sa taille. Et il saurait très bien la dégainer à nouveau si tu outrepassais les limites du raisonnable. On ne se préoccupe pas de tes états d’âme, on ne se préoccupe pas de ta santé. Tu es juste un fantôme dans le quartier. Un corps de plus, un corps de moins – ils ont certainement arrêté de compter depuis très longtemps désormais. Et personne ne viendrait te chercher, toi. Personne ne remarquerait ta disparition, pas pendant l’hiver. Les températures trop basses étaient devenues une excuse valable aux yeux de la société.


« in the eye abides the heart »


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Message(#) Sujet: Re: LYAM 彡 JUSTE UNE SILHOUETTE QUI RESSEMBLE À TOI. (alternatif) Mar 23 Fév - 1:05


La peur. C’était elle nourrissait la tension intenable dans l’atmosphère, c’était elle qui dominait dans l’éclat des prunelles céruléennes qui peinaient à soutenir les siennes. C’était la terreur qu’elles reflétaient à la vue du Glock dégainé. A son égard. Et cela n’avait rien de satisfaisant pour Lyam, parce qu’il n’y avait pas ce besoin malsain de dominer, de contraindre par la crainte. C’était peut-être rassurant, d’une manière bien particulière, parce que les émotions se lisaient avec tant de facilité -pour qui savait observer- dans le dessin des traits inquiets du visage de l’inconnu, dans sa posture défensive, dans son regard azuré, dans le tremblement de sa voix et de ses membres –et elles étaient nues, sincères, crues, trop limpides pour être manipulées, trop instinctives pour être simulées. Le sentiment de danger  imminent qui s’agrippait férocement à sa poitrine quelques minutes plus tôt dénoua doucement sa prise, ôta lentement ses griffes plantées dans sa nuque, dans ses muscles tendus.
Le bénéfice du doute. Il pouvait accorder à l’autre homme le bénéfice du doute. Une chance de lui prouver qu’il faisait bien de ranger son arme dans son holster –comme pour apaiser un peu la tension dans l’air chargé d’électricité-, une occasion de lui montrer qu’il ne représentait aucun danger, que son intérêt était seulement attaché à ce dessin que l’agent tenait avec fermeté mais précautions entre ses mains –et qu’il n’avait rien à voir avec le cadavre retrouvé quelques rues plus loin. Cela ne signifiait pas qu’il baissait sa garde –ce serait contre ses instincts, contre tout ce que l’entrainement et l’expérience lui avaient appris-, ni qu’il lui faisait confiance, encore moins qu’il allait cesser dans la seconde de suivre tous ses gestes d’un regard attentif et prudent. C’était juste écouter le murmure de ses instincts d’enquêteur définitivement éveillés, c’était juste aller dans le sens de ceux du soldat qui lui soufflaient qu’il n’avait pas grand-chose à craindre, même si la prudence restait de mise –toujours. C’était voir au delà des apparences tout en s’y arrêtant suffisamment, c’était noter les spasmes incontrôlables des doigts écorchés que l’inconnu ramenait contre lui dans une attitude protectrice tout en restant conscient qu’il ne pouvait néanmoins pas complètement se laisser berner. C’était reconnaître les signes qui ne trompaient pas –sans jugement aucun, avec les yeux de l’ancien policier de la brigade de mœurs- sur la situation du châtain, c’était appréhender la situation pour que tout se passe au mieux, pour eux deux. C’était se souvenir des raisons pour lesquelles il portait ce badge, l’envie d’aider, le besoin de justice. C’était faire preuve d’un peu d’ouverture.
D’humanité.

Son air grave et résolument professionnel ne quitta pas ses traits lorsque son regard vrilla à nouveau les grands lacs glacés, comme pour en fendre la surface et y plonger, jusqu’à y trouver la vérité, y deviner les réactions. L’ancien militaire hocha calmement la tête lorsque le châtain sembla s’étonner de sa demande, suivant distraitement le jeu de la pomme d’Adam des yeux. Anxiété peut-être ? Ou autre chose ? Il ne put s’empêcher de vouloir rassurer son interlocuteur pour l’encourager à lui tendre ses papiers s’il en avait –il n’était pas là pour le renvoyer chez lui, ce n’était en aucun cas dans ses attributions. Il voulait juste mettre un nom, une ancienne adresse éventuelle sur ce visage émacié. Aussi fit-il un signe d’assentiment lorsque l’inconnu lui désigna une poche de sa besace alors qu’il surveillait ses gestes prudents, délibérément lents. Il ne manqua ni les tremblements agitant les mains qui extirpaient le papier d’identité, ni le geste d’hésitation quand le châtain le lui tendit finalement après un coup d’œil défiant, teinté d’angoisse.

« Merci. »

Ses yeux se braquèrent aussitôt sur la carte plastifiée, un peu usée. Oreste Kostas. Vingt-et-un Mars 1989. Chicago, USA. Date d’expiration passée. Pas d’ancienne adresse sur cette carte-là –et c’était certainement le seul papier d’identité qu’il devait avoir, car les gens présentaient spontanément leur permis de conduire en temps normal, pas une passepord card. Ses yeux heurtèrent à nouveau le visage de l’autre homme quand il la lui rendit, avant qu’il n’hausse un sourcil à son ton défensif.

« N’y voyez pas un quelconque jugement de ma part, le corrigea-t-il d’un ton posé. Je ne suis pas des services de l’immigration, comme je vous l’ai dit. Que vous soyez né ou non sur le sol Américain ne m’intéresse pas vraiment. Les gens sont juste plus à l’aise et plus enclins à parler lorsqu’ils ne craignent pas une arrestation à cause de l’irrégularité de leur situation. »

Et demander des papiers d’identité, c’était la procédure, tout simplement.
Ce qui l’intéressait vraiment, c’était des réponses. Des réponses aux questions qui se bousculaient dans son esprit, qui incendiaient ses instincts, à toutes celles qui s’étaient mêlées à ce chaos de points d’interrogation lorsqu’il avait posé ses yeux sur le dessin, après les quelques mots de l’autre homme sur le sujet. Déjà, les premières pistes s’esquissaient, les premières déductions, les extrapolations encouragées par l’expérience du terrain. Les hypothèses qui se dessinaient dans les faits, et les liens qu’il ne pouvait s’empêcher de chercher avec la scène de crime qu’ils avaient quittée.
Il brandit le portrait, les mots glissant prudemment hors de ses lèvres. Et il ne put ignorer l’éclat qui déchira les prunelles céruléennes, la douleur qui les submergea quand elles effleurèrent, sans pouvoir y échapper, le visage encré sur le bout de papier. La réaction de fuite, alors qu’elles se détournaient, comme si cette vision était devenue insupportable pour le châtain. La mâchoire qui se crispait, les traits qui se tendaient sous l’assaut d’une souffrance qui avait un goût étrangement familier pour l’agent –la souffrance de ceux dont un proche avait disparu, et dont ils n’avaient plus de nouvelles depuis bien trop longtemps. Ceux qui avaient vu les jours devenir des semaines, les semaines des mois, alors que la police se trouvait impuissante, alors que les effectifs et les efforts fournis pour retrouver l’être cher disparu ne cessaient de diminuer jusqu’à n’être plus que néant, au fur et à mesure que les chances de le retrouver vivant ou même mort s’amenuisaient.
Il rabaissa le dessin trop réaliste par réflexe, afin d’épargner la vision manifestement douloureuse à son interlocuteur, dont la voix n’était devenue qu’un faible murmure oscillant entre douleur et détresse, pour poser une nouvelle fois les yeux sur les traits de la femme qui y était esquissée, avant de retrouver le visage de son jumeau, cherchant plus ou moins consciemment les points communs. Etait-elle châtain clair, comme lui ? Ou blonde ? s’interrogea-t-il sans prononcer les mots, alors qu’un frisson glacé remontait le long de sa colonne vertébrale pour s’échouer contre la nuque raidie. Blonde comme la victime. Blonde comme les trois femmes qui s’étaient retrouvées mutilées, puis jetées dans des bennes à ordures comme si elles n’étaient rien d’autres que ça –des déchets. Mais il garda le silence, ne quitta pas son masque teinté de gravité et de calme, portant toute son attention sur l’autre homme et ses paroles, son regard accroché à son visage, comme pour lui assurer qu’il l’entendait, qu’il l’écoutait, n’osant l’interrompre pour le voir changer d’avis ou se rétracter.
Sa sœur disparue. Lyam s’en était douté –trop d’indices disséminés dans les mots et les réactions de son interlocuteur depuis qu’ils se faisaient face comme deux chiens de faïence. Disparue depuis deux ans. Les sourcils de l’agent se froncèrent légèrement. C’était long. Trop long. Beaucoup trop long. Oreste le savait-il seulement ? Néanmoins, cela expliquait la présence aux scène de crime –vérifier que ce n’était pas elle-, comme le châtain finit par le confirmer. Cela justifiait beaucoup de choses à vrai dire –sauf peut-être sa fuite à son approche, mais il pouvait mettre cela sur le compte de la peur. L’ancien militaire ne put s’empêcher d’apprécier le courage et la détermination du châtain, même après deux ans. C’était sûrement vain, et il devait en avoir conscience d’une manière ou d’une autre, mais il n’abandonnait pas. Il continuait. Il continuait de la chercher malgré tout, de croire qu’elle était quelque part –morte ou vivante. Et Lyam n’aurait su dire ce qu’il y avait de pire à vivre –s’accrocher ainsi, persévérer coûte que coûte, ou bien se laisse engloutir par le désespoir et se résoudre à ne jamais savoir. Abandonner.

Puis les prunelles céruléennes étincelèrent un peu plus violement sous la lumière terne du soleil hivernal. Des larmes. Retenues, contenues, comme la colère sous-jacente derrière l’évocation de cette résignation terrible –parce qu’Oreste savait quelles étaient les chances qu’il retrouve sa sœur, vivante ou non-, comme cette rage de prouver qu’ils avaient tous tort avec leurs statistiques, parce qu’il y avait cette détermination farouche et inébranlable qui vibrait dans ses mots, ce refus catégorique d’abandonner son (seul ?) parent. Et le blond ne pouvait faire comme si cela ne le touchait pas, comme si les paroles ne faisaient que l’effleurer sans s’infiltrer dans les fissures du bouclier ébréché par endroits et atteindre son cœur. Il ne cilla pas, mais il savait déjà que même s’il surveillait toujours avec attention chaque geste de son interlocuteur, il croyait les paroles de ce dernier. La douleur dans ses yeux trop bleus était véritable, bien trop poignante, bien trop déchirante pour être simulée. Le regard de l’ancien militaire se teinta d’autre chose que son sérieux professionnel, une compassion sincère –pas de pitié, jamais-, alors qu’il ressentait ce sentiment d’impuissance qui l’avait déjà saisi tant de fois quand il annonçait à des proches d’une victime la mort de cette dernière.
Le ton de son interlocuteur se fit soudainement plus défensif, fougueux et au fond, qui pouvait lui en vouloir ? Bien sûr qu’il ne faisait rien de mal en allant sur les scènes de crime –tant qu’il ne les contaminait pas en passant le ruban jaune criard. Bien sûr qu’il ne demandait rien à personne –avait-il seulement averti la police ? Peut-être. Sûrement. Et Lyam se doutait bien qu’ils n’avaient certainement pas pu faire grand-chose pour lui. Trop peu d’informations sur les circonstances de la disparition –une heure approximative, avec un peu de chance une vague localisation, à part si Oreste avait été un témoin direct-, encore moins sur la disparue. Le blond en avait vu des sans-abris débarquer au poste, persuadés qu’une personne qui vivait dans la rue avec eux avait disparu. Ou avait été enlevée. Cela pouvait être le cas, bien sûr. Mais c’était extrêmement difficile à prouver –trop peu d’indices, des témoins impossibles à retrouver dans le flot des passants, les déplacements de la victime trop difficiles à retracer et ses habitudes encore plus compliquées à établir- et la vérité, c’était que parfois, ils disparaissaient parce qu’ils changeaient de ville, ou alors se trouvaient emportés par la drogue ou l’alcool et finissaient à l’hôpital dans le meilleur des cas, ou dans le pire à la morgue sous les noms de John et Jane Doe avant qu’on ne puisse retrouver leur famille -s’ils en avaient une. La plupart du temps, c’était le silence, l’absence de réponse, et malgré l’envie de bien faire, les policiers ne pouvaient consacrer tous leurs efforts à la recherche d’une personne avec si peu d’informations. Trop peu de temps, trop peu d’effectifs. Trop peu de chances d’aboutir à cause du trop peu d’indices.
Par contre, l’ancien militaire avait bien du mal à croire que l’autre homme n’ait pas besoin que quelqu’un d’autre que lui croie que sa sœur était encore en vie. Parce que ce devait être terriblement éprouvant d’affronter cette absence seul et pire encore d’avoir la sensation d’être le seul à lutter, le seul à croire encore. Le seul à s’accrocher. Le seul à souffrir.
Seul pour garder courage. Seul pour ne pas perdre espoir.

Puis il le vit soudainement se replier sur lui-même, rougir, adopter à nouveau cette posture défensive qu’il avait délaissée le temps de quelques instants pendant son discours enflammé. Lyam fronça à nouveau les sourcils à l’impression de malaise qui se distilla dans l’atmosphère, saisi par l’incompréhension face à ce changement soudain d’attitude et il se tendit en miroir aux épaules de l’autre homme qui se voutaient comme s’il s’apprêtait à essuyer une brimade, un coup. Cette allure qui lui était bien trop familière pour qu’il ne la reconnaisse pas, alors que son cœur lui sembla s’exploser douloureusement contre ses côtes. Comme s’il était capable de lui faire du mal.
Puis la tension se relâcha un peu dans ses épaules lorsque les excuses timides lui parvinrent. Il ferma un instant les yeux en retenant un soupir, refoulant le goût dégueulasse et amer qui se distillait sur ses papilles, avant de poser un regard qu’il espérait plus rassurant sur son interlocuteur.

« Ce n’est pas grave. » balaya-t-il en espérant que cela détendrait un peu ce dernier.

Au contraire, c’était compréhensible –l’autre homme avait dû tenir ce discours trop de fois face à des sceptiques, des gens qui n’y croyaient pas. Et il y avait toujours cette peur, cette tension dans l’air, comme née du gouffre imaginaire qui les séparait –l’agent du gouvernement, l’autorité, et le sans-abri. Ce gouffre insupportable, inconcevable, qui avait toujours rendu la communication difficile, et plus encore, la confiance presque impossible.

« Est-ce que vous avez prévenu la police au sujet de sa disparition ? » demanda-t-il alors que son regard voguait à nouveau entre le dessin et le visage de l’autre homme.

Il désirait s’en assurer. Il ne connaissait que trop bien la défiance dont était parfois victime la police. A raison ou à tort.

« Ce que vous écrivez dans votre carnet, c’est au sujet des scènes de crime. La localisation, les faits, les éventuels témoins j’imagine ? Pour pouvoir leur poser des questions ensuite ? » s’enquit-il.

Un travail d’enquêteur donc.

« Vous savez déjà que les chances de la retrouver sont faibles, émit-il avec prudence, le ton bas, le regard scrutant le visage d’Oreste avec attention. Ça ne veut pas dire qu’elles soient nulles. Vous ne trouverez peut-être jamais la réponse que vous cherchez. Mais c’est impossible de le savoir sans la chercher. »

Il ne savait pas si ses paroles étaient encourageantes ou non. Mais les faits étaient là. Les chances étaient faibles. Mais elles étaient quand même là.
Il lui tendit le portrait en pensant que le châtain désirerait certainement le récupérer. Il ne put empêcher ses yeux d’accrocher à nouveau la peau écorchée et sale de ses mains.

« Vous devriez nettoyer ça avant que ça ne s’infecte. » ne put-il se retenir de lui conseiller.

Avant de songer que l’autre homme ne devait certainement pas avoir de douche ou de lavabo à sa disposition.
Il n’aurait pas dû s’attarder. Il le savait. Il aurait dû retourner aux côtés de sa partenaire, maintenant qu’il était certain que son interlocuteur n’était pas connecté au meurtre. Il pinça ses lèvres, le regard rivé sur le châtain. Puis il s’insulta presque gentiment en Russe, intérieurement. Lucy pourrait se débrouiller, il n’en avait pas le moindre doute. Elle l’appellerait si elle avait besoin de lui. Mais il ne pouvait juste pas reprendre son chemin comme s’il ne s’était rien passé. Il ne pouvait pas ignorer cette part de lui qui songeait aux possibles connexions (sûrement fausses, mais possibles) entre la disparition de la jumelle d’Oreste et le tueur en série qu’ils auraient bientôt sur les bras, ni le fait que son histoire l’avait touché et que tous ses instincts l’enjoignaient à faire ce pour quoi il avait accepté ce badge et ces responsabilités en premier lieu. Aider.
L’aider.

« La police vous a sûrement déjà posé beaucoup de questions à propos de la disparition de votre sœur, commença-t-il d’un ton décidé mais prudent, mais si vous être d’accord, j’aimerais que vous répondiez aux miennes. Ça ne fera sûrement pas de miracles, mais nos bases de données sont plus fournies que celles de la NYPD et peut-être que la reconnaissance faciale donnera quelque chose comme le dessin est très réaliste –à part si vous avez une photo quelque part ? »

Il pouvait comprendre que l’autre homme souhaite ne pas abîmer cette dernière et n’ose donc la montrer à tout bout de champ, mais il était aussi possible qu’il n’en ait pas du tout.

« Il doit y avoir quelque chose d’ouvert dans le coin où vous pourrez rincez vos blessures, et un endroit plus chaud et plus discret que le milieu d’une ruelle pour parler aussi. » acheva-t-il en rabattant correctement les pans de son manteau pour cacher son arme et le refermer en partie.

Comme une marque de confiance, l’aveu implicite qu’à présent, Oreste était libre de partir.
Une fois l’adrénaline redescendue, et les muscles de Lyam refroidis, le froid commençait à reprendre lentement ses droits sur son corps et il ne doutait pas que ce fut également le cas pour le châtain. Son regard vrilla à nouveau les prunelles céruléennes. Dans l’attente d’une réponse, d’un signe. D’un accord, d’un refus.

« Je ne peux rien vous promettre, lui confia-t-il avec sincérité et sérieux, les iris assombris. Mais je peux tenter de vous aider. »

Si vous me laissez faire.



TIME IS RUNNING OUT

There are foundational elements  in our lives. People... that form the brick and the mortar of who we are. People that are so deeply embedded that we take their existence for granted until suddenly they're not there. And we... collapse into rubble.© signature by anaëlle.
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« arnaqueur d’étoiles »
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Message(#) Sujet: Re: LYAM 彡 JUSTE UNE SILHOUETTE QUI RESSEMBLE À TOI. (alternatif) Jeu 25 Fév - 16:31



LYAM & ORESTE
❝ juste une silhouette qui ressemble à toi ❞

Il n’y aucun commentaire sur tes papiers d’identité. Pas même un froncement de sourcils qui montrerait que l’agent a remarqué ton irrégularité. Rien. Absolument rien ne filtre sur ce visage trop lisse. Comme si tu avais à faire à une statue de marbre. Quelque part, ça te rassure un peu. Peut-être qu’il ne t’arrêtera pas, finalement. Peut-être qu’il te laissera tranquille. Tu n’avais rien fait de mal, après tout. Était-ce un crime de vouloir écumer les scènes de crime dans l’espoir d’obtenir un indice même un petit rien sur ta sœur jumelle ? Personne d’autre ne voulait t’aider. Personne ne pouvait rien pour toi. Tu avais presque eu l’espoir que les autorités veuillent bien se préoccuper de tes histoires, de ta sœur mais tu avais très rapidement compris que ça ne marchait pas comme ça. Tu avais très rapidement compris que ça ne fonctionnait pas ainsi. Tu allais devoir te débrouiller par tes propres moyens ; tu allais seul devoir faire face l’adversité. Faire face à la réalité. Les jours passant, les espoirs de retrouver ta sœur vivante s’amenuisaient. Tu gardais cette petite flamme encore brillante au fond de ta poitrine mais tu ne te faisais pas d’illusion : ta sœur était peut-être déjà morte depuis longtemps et alors tu faisais tout ça pour rien. Tu t’en voulais de penser de cette façon, de baisser les bras si facilement. Elle valait mieux que ça – Électre valait mieux que ça. Elle comptait sur toi. Alors peut-être qu’elle était morte, peut-être que son corps était en train de pourrir au fond d’un égout de la ville mais ça n’importait pas. Ce qui importait, c’était de la retrouver. C’était d’être fixé sur son sort, sa condition. Tu te préparais lentement à l’éventualité que tu ne retrouverais bientôt qu’un simple cadavre décharné qui ne ressemblerait en rien au rayon de soleil qu’elle avait été. Tu te préparais lentement à l’idée que jamais plus tu ne la reverrais, jamais plus tu ne lui parlerais. Et c’était difficile d’être partagé entre l’espoir idiot de la revoir vivante un jour et le triste réalisme de ta situation qui te soufflait qu’elle n’était plus de ce monde. C’était difficile, cette dualité. Parfois, tu aurais aimé que quelqu’un soit là pour être la voix de la raison, pour te laisser seulement l’espoir de retrouver ta jumelle un jour. Pour ne laisser que le rêve d’une fin heureuse pour toi et la seule famille qu’il te restait. Mais tu ne pouvais que te sentir tiraillé entre deux sentiments si différents, deux sentiments qui s’opposaient diamétralement. Et c’était éreintant. Épuisant. Tu sentais le poids de tes rêves et la réalité qui pesait sur tes épaules trop frêles. C’était un bagage qui t’avait été imposé par la vie et qui commençait à devenir lourd à porter. Trop lourd. Parfois, tu étais si fatigué que tu avais jute l’envie d’abandonner. De renoncer. De toute façon, personne ne s’intéressait à elle, à tes recherches ; personne ne faisait attention à toi quand tu leur parlais. Personne ne remarquerait ta propre disparition, ton silence. Et à quoi ça servait, de toute façon ? Peut-être que ta sœur avait simplement croisé le chemin de son Prince Charmant et alors il l’avait emmenée sur son beau cheval blanc jusqu’à son immense château où ils vivaient désormais heureux pour toujours avec toute une ribambelle d’enfants. Peut-être qu’elle était même si heureuse qu’elle t’avait tout simplement oublié. Elle avait oublié son frère jumeau. Aussitôt, cette pensée déclenche une vague brûlante de culpabilité et tu sens ton estomac qui se contracte violemment. Tu ne pouvais pas penser ça. Tu ne pouvais pas penser comme ça. Électre était une personne formidable et, surtout, elle t’aimait. Électre t’aimait. Ta sœur t’aimait et jamais elle ne t’aurait laissé seul derrière sans revenir te chercher. Jamais elle ne t’aurait abandonné ou oublié. Jamais. Vous deux, c’était à la vie à la mort. C’était vous deux ou rien. Tu fonctionnais mal sans elle et elle ne marchait pas bien sans toi. Alors, tu ne pouvais pas penser comme ça. Le regard détourné du dessin brandi devant toi comme une arme blanche, il reste l’esquisse du portrait gravé sur ta rétine. Gravé à l’encre indélébile. Parce que tu ne pouvais pas oublier ce visage si souvent rêvé ; parce que tu ne pouvais pas oublier les traits fins si souvent dessinés. Et chaque fois que tu t’apercevais dans un reflet de vitrine, c’était elle que tu voyais. C’était ces mêmes prunelles céruléennes que tu observais. Et tu étais hanté par son sourire, ses yeux brillants. Tu étais hanté par le souvenir d’un ange blond qui t’avait guidé toute ta vie durant. Comment étais-tu censé faire si elle n’était plus jamais là ? Qu’est-ce que tu deviendrais sans elle ? Qui étais-tu censé être s’il te manquait véritablement cette moitié de toi ? C’était peut-être parce que tu ne voulais pas trouver de réponse à ces questions que tu t’accrochais tant à l’espoir de la retrouver un jour. C’était peut-être la peur sans fin d’un avenir sans elle qui te faisait devenir complètement fou au point de croire que si elle avait été kidnappée, elle était toujours en vie. Tu ne voulais pas abandonner. Tu ne voulais pas baisser les bras. Tu ne voulais pas laisser tomber mais la réalité t’envoyait chaque jour en pleine face ce vide à côté de toi. Ce vide à l’intérieur de toi. Et il était de plus en plus difficile d’ignorer cette douleur-là. Cette douleur qui accompagnait chacun de tes pas. Existait-il seulement une véritable chance, une seule pour qu’elle soit encore là ? Pas loin, toujours vivante. Si une telle éventualité était réelle alors tu continuerais jusqu’à ton dernier souffle. C’était une promesse que tu t’étais faite voilà longtemps maintenant. Mais si personne ne pouvait te le certifier, si personne ne pouvait te jurer que cette possibilité existait bel et bien, alors tu voulais que l’on te rende ta sœur. Son corps. Tu voulais qu’on te la rende pour que tu puisses enfin faire ton deuil. Que tu puisses la pleurer enfin et trouver quoi faire de ta vie ensuite. Tu n’en pouvais juste plus de l’attente. Des heures trop longues. Tu n’en pouvais plus de cette vie d’espoirs vains.

Oscillant entre peur et colère, défiance, tu observais l’agent O’Neill comme un animal traqué observerait son chasseur. Tu n’étais pas certain de pouvoir relâcher ta garde ; tu n’étais pas certain de pouvoir croire en cet apparent calme qui s’installait doucement. Est-ce que tu pouvais lui accorder ta confiance ? Est-ce qu’il allait finalement partir une fois qu’il aurait obtenu les réponses à ses questions ? Tout ce qui l’intéressait, c’était ta présence sur la scène du crime. Non ? Et comme il n’avait sûrement aucune raison de te passer les menottes, il rebrousserait chemin en te menaçant de t’embarquer la prochaine fois qu’il t’apercevrait à traîner dans les parages d’un homicide, histoire que tu prennes peur et restes sagement dans ton coin. C’était ce à quoi tu t’attendais, en réalité. Tu n’imaginais pas autre chose même s’il paraissait différent des autres. Même si le blond semblait honnête dans ses intentions. Après tout, il avait rangé son arme. Il continuait peut-être de te jauger du regard comme s’il s’attendait à une attaque de ta part mais il avait rangé son arme. Et déjà, ça, ça t’aidait à mieux respirer. « Oui, tu lâches, la voix rauque et mal assurée. Oui, j’ai prévenu la police. » Sans que tu ne puisses la retenir, une grimace vient déformer ta bouche et tu baisses le regard. « Ils ont dit qu’ils ne pouvaient rien pour moi… » Sur le moment, tu leur en avais tellement voulu. Tu avais été tellement en colère contre eux de ne pas pouvoir t’aider. Tu t’étais dit que c’était seulement parce que tu étais un sans-abri, que rechercher ta sœur ne leur rapporterait absolument rien. Tu t’étais dit que si tu avais été issu d’une famille très riche et influente, alors ils auraient déployé des moyens énormes pour retrouver ta jumelle. Ils auraient tout fait pour ça, juste pour se faire bien voir de ta famille. Et même si leurs intentions n’auraient peut-être pas été aussi nobles que tu l’aurais voulu, au moins ils l’auraient retrouvée. Au moins, elle aurait été à tes côtés. Cette pensée avait laissé un goût amer sur ta langue et tu avais juste serré les dents en les remerciant pour leur temps. Et tu étais parti sans demander ton reste. Puis tu avais finalement compris. Tu avais compris que tu n’avais aucune véritable information à leur fournir, qu’ils ne pouvaient véritablement pas faire grand-chose pour t’aider sinon garder la photocopie de ton portrait et des coordonnées que tu n’avais pas pu leur fournir, à part cette cabine téléphonique du centre-ville. Mais c’était tout. C’était tout ce que tu possédais et ce n’était pas assez. Ce n’était jamais assez. Alors tu t’étais lancé seul dans toutes ces enquêtes d’amateur avec l’espoir que tu réussirais. Que tu serais le héros de jumelle en la retrouvant par toi-même. Mais il fallait bien que tu comprennes que tu n’étais pas capable de retrouver sa trace sans aide. Tout seul, tu n’y arriverais jamais. Cependant, qui allait t’aider ? Qui te tendrait la main ? « Oui, je… réponds-tu dans un froncement de sourcils étonné face aux déductions justes du blond. Je prends beaucoup de notes, je fais des croquis. J’essaye de poser des questions quand je le peux, quand on veut bien me répondre aussi. » Mais comme la plupart du temps, tu n’étais vu que comme une simple nuisance et personne ne voulait t’écouter. Ou si peu. « Toutes les victimes sont blondes… comme ma sœur… Est-ce que c’est un tueur en série ? » La question qui était sur toutes les lèvres sans oser être formulée. La question que tout le monde redoutait. La question de tous les dangers. Mais tu voulais savoir. Tu devais savoir. Parce que ta jumelle correspondait au profil, parce qu’elle pourrait bientôt être une de ses victimes. Parce qu’elle avait disparu et que tu ne savais même pas si ces meurtres y étaient liés. Pourquoi serait-elle liée à tout ça après tout ? Elle n’était personne aux yeux du monde – mais elle était tout pour toi. Elle était invisible pour tous ces gens qui vous entouraient. Et pourtant, elle avait été repérée assez par quelqu’un pour être enlevée, te souffle une voix pernicieuse, lançant comme un frisson glacé le long de ton échine. Mais pourquoi lui voudrait-on du mal ? « Je sais, tu soupires, pinçant les lèvres de douleur. Je sais qu’il y a peu de chance. » Mais peu de chance ne signifiait pas ‘pas de chance du tout’ et tu voulais te raccrocher à cette infime distinction de toutes tes forces. Même si tu étais le seul à la voir, même si tu étais le seul à y croire. Tu avais toujours été seul depuis sa disparition, tu avais fait avec. Tu avais fait sans, plutôt. Sans aide, sans soutien. Sans elle. Avalant ta salive avec difficulté, tu reprends le papier à moitié froissé en silence. Sans même penser à lui proposer de le garder. Juste au cas où. C’était une chance pouvoir élargir ton champ de recherches, le blond faisait partie du FBI après tout. Ce n’était pas tous les jours qu’une opportunité pareille se présenterait à toi si spontanément. Peut-être que c’était ton jour de chance. Dans un coup d’œil étonné, tu jettes un regard à tes paumes de mains abîmées quand l’agent t’en fait la remarque et tu as le réflexe de simplement les cacher autant que possible dans les manches de ton manteau. Ça partait sûrement d’un bon sentiment, d’une marque d’intérêt mais tu ne pouvais t’empêcher d’être défiant à son égard. Il n’avait pourtant pas l’air méchant ni inconvenant. « Oui, je vais m’en occuper. » T’en occuper comme tu pourras, quand tu pourras. Avec ce que tu pourras. Ça n’était que de vilaines égratignures, au fond. Un peu de sang séché, peut-être un peu de sable ou du gravier coincés sous la peau. Ça ne faisait pas si mal. Pas trop. Ce n’était pas ta première blessure, ce ne serait sûrement pas la dernière.

Pendant une seconde, tu te demandes s’il va enfin s’en aller. Si tu peux lui demander si, toi, tu peux t’en aller. Tu ne sais pas exactement ce qu’il attend de plus ou ce qu’il te veut encore mais tu sens comme un malaise qui vient alourdir ton estomac. Et c’est une sensation très désagréable. Alors quand il commence à te proposer une aide qui te serait plus que bienvenue, il y a comme un étrange vent d’espoir qui vient souffler en toi. Est-ce qu’il te suggérait réellement de le suivre pour répondre à ses questions ? Est-ce qu’il était réellement en train de te dire tout ça ou est-ce que tu avais mal entendu ? Tu espérais ne pas avoir mal entendu. Tu espérais ne pas avoir l’imagination si fertile que tu venais à en imaginer des choses. Mais pourquoi ferait-il ça ? Pourquoi voudrait-il que tu répondes à ses questions ? En quoi ton histoire était-elle d’un intérêt quelconque pour un agent du FBI ? Tu déglutis, les mains tremblant dans la chaleur relative de ton vieux blouson. « Non… non je n’ai pas de photo d’elle, tu t’entends lui répondre d’une voix blanche et le regard trop flou. Enfin, pas une qui soit récente. » La seule photographie que tu possédais de ta jumelle était ancienne, datait de votre enfance quand la vie ne paraissait pas si difficile. Quand votre seul souci était de savoir si vous arriveriez à vous sortir des griffes de vos parents mal aimants. Quand elle était encore là, avec toi, et que tout avait encore un sens. « Attendez, vous voulez m’aider ? » Une note d’espoir et un goût de méfiance sur la langue. Est-ce que c’était une entourloupe de sa part ? Est-ce qu’il se jouait de toi ? Ce ne serait pas la première fois que tu te ferais avoir en beauté après tout. Tu étais de nature trop naïve et tu tombais si facilement dans le piège de la confiance. « Pourquoi est-ce que vous feriez ça ? Qu’est-ce que vous y gagnez ? lâches-tu avec un pas en arrière. » C’était ainsi que le monde fonctionnait, c’était ainsi que la nature humaine se comportait : rien n’était gratuit, tout se payait d’une façon ou d’une autre. Plus d’une fois, tu avais été jusqu’à donner de ta personne pour tenter d’obtenir une information, même un petit rien, sur ta sœur. La plupart du temps, ce n’était qu’un leurre. Un jeu. Un jeu pour toutes ces âmes qui ne voyaient pas ton désespoir. Mais si l’agent O’Neill était différent ? S’il était celui que tu attendais, celui que tu avais prié d’arriver vite pour t’aider ? Mais si tout ça était vrai ? « Je… je n’ai pas assez d’argent pour commander quoique ce soit dans un café… Je ne peux pas… » Tu avais depuis longtemps pris conscience que tu ne serais jamais le bienvenu dans ce genre d’endroits. Pas tant que tu avais ces guenilles en guise de vêtements ; pas tant que tu ressemblais à un animal sauvage. Tout le monde te regarderait. Tout le monde le regarderait. Et ce serait gênant, ce serait humiliant. Pour lui d’abord, pour toi ensuite. Tu avais depuis longtemps appris à vivre avec le regard des autres sur toi mais ce ne serait pas juste pour le blond. Ce ne serait pas juste de lui imposer d’être aperçu en ta compagnie alors que tout le monde le jugerait. Tu entendais déjà les murmures curieux, les coups d’œil pas vraiment discrets. « J’ai besoin d’aide, tu avoues sans honte, un trémolos dans la voix. » Parce que tu n’en pouvais plus d’être seul face à la ville, face au monde. Tu n’en pouvais plus d’être seul dans ta vie. Tu voulais la retrouver, tu voulais des réponses. Tu voulais qu’on prenne le relais dans ces recherches qui t’épuisaient. Tu n’abandonnais pas, tu désirais juste souffler un peu. Juste un peu. Juste assez pour te permettre de reprendre ton souffle et revenir dans la course ensuite. « Aidez-moi… » C’est presque un couinement d’animal. Un couinement d’enfant perdu. Tu ne sais pas exactement ce qu’il pourra faire de plus, si ça changera quoi que ce soit à ta situation, à la situation de ta sœur. Tu ne sais pas si ça marchera. Mais tu es prêt à tenter ta chance. Tu es prêt à espérer à nouveau malgré tout. « S’il vous plaît ? » Peut-être que ça ne mènerait à rien, peut-être qu’il abandonnerait vite. Peut-être qu’il finirait par te dire ce que tu refuses d’entendre vraiment. Peut-être qu’il serait la voix de la raison qui manque à ton quotidien – celle qui te souffle qu’il n’y a plus aucun espoir. Que tout est déjà terminé depuis longtemps. Même si ça allait être douloureux de l’entendre, tu en avais besoin. Tu avais besoin d’entendre cette vérité. Un jour viendrait où il te faudrait bien l’accepter enfin. Tu avais beau repousser cet instant au plus tard, la réalité finirait par t’éclater au visage. Peut-être même que les éclats de la bombe se logeraient dans ton cœur et l’obligeraient à s’arrêter de battre. Peut-être même que tu en mourrais. Mais ça signifierait alors que tu la rejoindrais. Enfin. Et ça ne pouvait pas être si terrible que ça, au fond. Ça ne pouvait pas être si terrible de rejoindre celle que tu avais passé tant de temps à rechercher. Vous seriez enfin réunis. Vous seriez enfin ensemble. C’était tout ce qui comptait. C’était tout ce que tu voulais. Et si l’agent O’Neill pouvait permettre ça alors tu étais tout prêt à te lancer tête la première dans cette étrange discussion. Répondre à ses questions n’aurait aucune incidence sur tout ce que tu avais déjà fait, de toute façon. Et peut-être qu’il pourrait lui aussi répondre à tes questions concernant tous ces meurtres récents. Si ces incidents étaient une piste concernant ta sœur, tu voulais le savoir. Tu devais le savoir.


« in the eye abides the heart »


kiss kiss bang bang :l: :
 

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Message(#) Sujet: Re: LYAM 彡 JUSTE UNE SILHOUETTE QUI RESSEMBLE À TOI. (alternatif) Sam 27 Fév - 20:00


Des histoires comme celle d’Oreste, ce n’était pas la première fois que Lyam en entendait. Bien sûr, les circonstances étaient toujours différentes, et pourtant étrangement familières dans le fond. La loi de la rue était impitoyable –cela n’avait de secrets pour aucun officier, à part peut-être les bleus, mais ils finissaient bien vite par se rendre compte de leur erreur de jugement, et de manière bien souvent cruelle. Et c’était aussi ce qui rendait la police si inapte à agir. Car personne ne faisait attention aux âmes esseulées qui se perdaient dans les méandres d’une vie hors du système, que ce soit par choix ou non. Car personne ne les voyait vraiment. Il était rare que les disparitions soient signalées, et encore bien plus qu’il y ait un dénouement, quel qu’il soit, à ce genre d’histoires. Cela prouvait encore que ces isolés n’étaient pas si seuls que ça, qu’il y avait encore des êtres pour se soucier d’eux, au moins un peu. Et c’était encore pire de voir les espoirs de ces derniers déçus, de devoir leur avouer que ceux qui étaient censés les aider (comme ils avaient juré sur l’honneur d’aider et protéger, sans aucun distinction, sans aucune discrimination, en acceptant de porter l’uniforme et les responsabilités qui accompagnaient l’insigne) ne pouvaient rien pour eux, rien pour cet être qu’ils avaient certainement définitivement perdu. C’était aussi douloureux que de retrouver les corps sans vie des junkies, des prostitués, des anonymes qui vivaient dans les rues, et de devoir classer les affaires sans avoir vu aucun visage pour venir les pleurer, les regretter, ou même s’indigner de leur trépas, parfois même pour juste leur rendre leur identité –ils avaient vécu seuls, et ils mourraient seuls.
Après trois années passées dans la brigade des mœurs à L.A., le blond avait eu le temps d’apprendre à composer avec le sentiment d’impuissance terriblement douloureux que ce genre d’affaires éveillait en chacun –mais il ne s’y était jamais réellement habitué, comme par refus, comme par peur de finir par ne plus ressentir cette douleur nécessaire devant le malheur et la cruauté d’autrui. Il avait appris à refermer les dossiers sur les noms des John et Jane Doe jamais identifiés, à regarder les femmes et les hommes droit dans les yeux pour leur annoncer que la police ne pouvait rien de plus pour eux, que leurs questions resteraient sans réponse, qu’ils devraient accomplir le processus du deuil sans corps à brûler ou enterrer, sans même savoir si l’être disparu était encore vivant ou mort depuis longtemps. Pour autant, ce sentiment détestable et destructeur de ne pas être en capacité d’agir n’en restait pas moins révoltant –révoltant jusque dans les hurlements de ses instincts, révoltant jusque dans son sang qui s’indignait violement, dans son cœur pourtant barricadé qui brûlait de se rebeller contre cette réalité qu’il se devait d’accepter malgré tout, malgré son goût profondément amer et écœurant.
Et cette impuissance, Lyam la sentait se consumer lentement en lui à chaque affaire résolue depuis qu’il portait l’insigne du gouvernement, quand il croisait le regard des victimes qui allaient devoir se reconstruire après que justice ait été rendue –et le pire était certainement celles que personne ne voyait jamais, celles qui restaient silencieuses, qui demeuraient cachées, celles qui finissaient oubliées. Et cette impuissance, l’ancien militaire la haïssait jusque dans ses os ; c’était un combat intensément éreintant et vivifiant à la fois, qu’il menait chaque jour, une guerre qui ne connaissait pas de fin, qui ne faisait ni vainqueur, ni vaincu –mais qui le gardait sur les rails, qui le poussait à ne jamais courber l’échine et accepter les réalités sans s’être au moins battu pour s’assurer qu’ils avaient tout tenté, tout essayé et qu’ils n’avaient à présent plus aucun autre choix que celui de faire avec.
Au final, l’impuissance, c’était comme la douleur à son sens. La douleur de la perte, la douleur de l’absence, la culpabilité qu’elles engendraient parfois -souvent. Il ne pouvait les anéantir –en était-il seulement capable ?- car elles restaient à la fois ce frein et ce moteur à sa vie, tantôt trop écrasantes sur ses épaules fatiguées, tantôt trop intenses pour qu’il ne ressente pas cette envie incandescente de se redresser, se relever et leur faire face. Elles étaient comme des cicatrices gravées dans sa chair –certaines qu’il portait avec fierté, d’autres qu’il ne pouvait regarder sans ressentir un certain dégoût de lui-même. Et les cicatrices, il ne pouvait les effacer, encore moins les oublier.
Alors il apprenait à vivre avec.

Il retint un sourire empli d’amertume lorsque les prunelles d’Oreste lui échappèrent, à la grimace douloureuse qui déforma les lèvres du châtain. Ce dernier avait prévenu la police –il avait donc eu un minimum confiance en eux- mais cette dernière n’avait pu faire grand-chose, ce qui était tristement prévisible, Lyam en avait conscience. L’autre homme affrontait finalement la disparition de sa sœur seul, et il persévérait pourtant, malgré tout. Peut-être dans un aveuglement volontaire pour ne pas reconnaître l’évidence et accepter une réalité dans laquelle il ne voulait –et ne pouvait peut-être aussi- pas exister. Peut-être dans un acharnement désespéré à s’accrocher à quelque chose, et ainsi continuer de survivre.
Il hocha doucement la tête en constatant que ses déductions étaient justes –le fameux carnet qu’il avait vu le châtain noircir lui servait donc dans ses investigations pour retrouver sa jumelle. Les sens du détective un peu plus embrasés par cette découverte et sa curiosité sincèrement éveillée, il se retint néanmoins de demander à l’autre homme de le lui montrer, par respect, et par prudence. Ce n’était pas une demande véritablement justifiée maintenant qu’il avait établi que le sans-abri n’était pas un suspect potentiel -bien que non motivée par de mauvaises intentions, au contraire- et il avait conscience de marcher en terrain inconnu et surtout miné, alors qu’ils se regardaient en chiens de faïence depuis tout à l’heure. Son interlocuteur ne lui faisait pas confiance –et le sentiment était réciproque, même si la défiance restait différente- et obtenir ce qu’il désirait par l’exercice de son autorité n’arrangerait en rien la situation. Ce serait franchir une limite sous un prétexte injustifié, et briser l’équilibre qui s’esquissait lentement entre eux depuis qu’il avait rengainé son arme. Surtout que l’objet en question devait avoir beaucoup de valeur aux yeux d’Oreste. Une valeur sentimentale que l’agent ne pouvait que comprendre et toucher du bout des doigts, étant donné qu’il s’agissait de son recueil pour retrouver sa jumelle –l’amour qu’il lui portait résonnait avec force en écho avec la douleur qui se lisait dans son regard trop bleu- et donc du meilleur moyen à sa disposition pour espérer la retrouver un jour.
A peine étonné de la difficulté de l’autre homme à attirer l’attention d’autrui sur ses recherches –ou plutôt le manque d’attention de ceux qu’il avait essayé d’interroger à son égard-, il fronça néanmoins les sourcils à sa remarque concernant l’affaire qui allait certainement l’occuper pendant les prochaines semaines. Le châtain avait remarqué la similitude entre les victimes du tueur en série présumé et sa sœur, constatation qui ramena la tension dans les épaules de l’agent. Si un profil des femmes assassinées avait été dressé –ce qui n’était pas encore le cas, s’obligea Lyam à se rappeler-, effectivement, la jumelle d’Oreste correspondait. Chevelure blonde (comme il venait d’en avoir la confirmation), la vingtaine, jolie –ce qu’il pouvait reconnaître objectivement- et surtout sans aucun proche –à part son frère- pour s’inquiéter de sa soudaine disparition. A cela près qu’elle avait disparu deux ans plus tôt. Ce qui faisait un très grand laps de temps entre son enlèvement et le premier corps retrouvé –s’il s’agissait bien de la première victime. Qui plus est, ils ne savaient encore rien du profil du tueur et leurs précédentes investigations avaient été bien trop pauvres en résultats pour véritablement établir ce que ce dernier faisait de ses victimes, même s’il apparaissait clairement qu’il avait mode opératoire –après tout, c’était grâce aux similitudes frappantes entre les scènes de crime qu’ils les avaient reliées. Les deux premières femmes étaient des prostituées, ce qui pouvait expliquer la tenue et le soin avec lequel elles étaient apprêtées, mais la récurrence de la couleur rouge et les vêtements indéniablement de riche confection (alors qu’elles n’avaient, selon leurs recherches, pas même un toit) qu’elles revêtaient portaient à confusion –coïncidence, critère de choix du tueur, ou bien les avait-il habillé lui-même ? Et puis il y avait les marques de strangulation, aux chevilles, aux poignets…
Il aurait été précipité de lier derechef la disparition de la sœur d’Oreste au potentiel tueur en série qu’ils avaient sur les bras. Mais il aurait été inconscient de ne pas noter les points communs et d’effacer d’office cette possibilité, parce qu’elle existait. Et Lyam ne pouvait l’ignorer.

« Je ne suis pas autorisé à divulguer des informations sur une enquête en cours. » répondit-il avec calme et fermeté, le regard concerné.

Il comprenait le besoin de réponse de l’autre homme, mais rien n’était encore officiel et il ne pouvait rien lui confirmer. Cela aurait été imprudent et c’était clairement contre la politique du Bureau. Les quelques policiers de la brigade des mœurs avec lesquels lui et sa partenaire avaient travaillé sur l’affaire de la dernière victime, en coopération avec la criminelle, leur avaient confié que les rumeurs commençaient à circuler, que les gens murmuraient dans les rues. Malgré leur discrétion et leur volonté de ne pas nourrir ces rumeurs, personne ne pouvait empêcher ce phénomène…
Le blond fronça légèrement les sourcils à la réaction du sans-abri quand il lui fit remarquer l’état de ses paumes –autant doute qu’il avait dû se blesser durant la poursuite. Cette manière de couvrir ses mains écorchées, de les cacher, comme pour se protéger en les soustrayant à sa vue. Par méfiance. Mais il ne releva pas, fit comme si le geste, manifestation d’une défiance profondément enracinée et certainement méritée, ne le blessait pas –n’avait-il pas choisi ce métier pour aider, protéger les gens ? Il se retint de dire qu’il avait déjà vu les égratignures, comme il avait noté les vêtements abîmés et sûrement de seconde main, comme il avait remarqué les joues creusées par la faim et les cernes encrées par la fatigue et le froid.
Il y avait une certaine distance à respecter. Il l’acceptait, il le comprenait. Tout comme il comprenait l’attitude défensive du châtain à son égard.
Tout comme il se connaissait assez pour savoir qu’il ne réussirait pas à tourner les talons et faire demi-tour, oublier l’histoire d’Oreste, oublier ce possible lien avec l’enquête en cours, oublier toute cette douleur déchirant les prunelles céruléennes. Cela aurait été trahir ses convictions. Se trahir. Et balayer les raisons pour lesquelles il portait ce badge aujourd’hui.

Malgré la prudence de son ton, il vit clairement ses mots –et ce qu’ils suggéraient, une aide, un coup de main- se répercuter violement dans les iris azurés qui étreignaient les siens. L’espoir qui y éclatait avec fureur, derrière la réserve manifeste, derrière la méfiance qui restait là comme une barrière, comme un frein. Comme une accroche à la réalité.

« Une qui date de quelques années ou plutôt de l’enfance ? » s’enquit-il doucement, prudent, pour ne pas brusquer les choses.

Il s’étonna à peine de l’attitude clairement suspicieuse de son interlocuteur –l’incrédulité dans son ton qui avait pris le pas sur le choc provoqué par la proposition du blond, puis l’accusation teintée de reproche et de défiance, le mouvement de recul. Lyam pinça ses lèvres, réprimant avec le calme de l’habitude la douleur familière qu’il sentit comprimer sa poitrine –triste réalité que celle dans laquelle ils évoluaient chaque jour et où tous pensaient qu’une aide ne pouvait être qu’intéressée, bien trop peu souvent à tort. Il se demanda un instant si l’autre homme avait déjà eu affaire à des individus qui lui avaient fait miroiter des informations en l’échange de quelque chose, nourri ses espoirs alors qu’ils n’avaient rien –pensée qui lui fit serrer les dents- ou bien trop peu -et il pressentait dans l’attitude du sans-abri que cela était arrivé à de multiples reprises. Et qu’y avait-il de plus douloureux que les déceptions essuyées une à une, inlassablement, que de sentir les espoirs petit à petit s’effriter entre ses doigts ?

« Je n’y gagne rien, asséna-t-il avec conviction. Je le fais parce que je peux peut-être vous aider, parce que c’est mon métier. Parce que j’en ai la possibilité.  »

C’était aussi simple que cela dans l’esprit de l’agent.

« Ce n’est pas un problème si vous n’avez pas d’argent. » le contra-t-il d’un ton rassurant.

Bien sûr, il se doutait bien que cela pouvait être gênant pour Oreste, et l’ancien militaire n’avait aucun intérêt à ce qu’il soit mal-à-l’aise, bien au contraire. Il avisa le nom de la rue où ils se trouvaient en enfonçant ses mains dans ses poches dans l’espoir de les réchauffer un peu et il manqua de grincer des dents quand il réalisa qu’il avait oublié ses gants dans la voiture de Lucy.

« Sinon, il y a un parc non loin d’ici, proposa-t-il en reportant aussitôt toute son attention sur l’autre homme, remerciant ses jeunes années passées à parcourir les rues du Bronx flanqué de son frère à l’accent Russe trop prononcé, si aller dans un café vous gêne vraiment. Mais il serait préférable d’être au chaud et surtout au calme. »

Ils n’allaient pas avoir une conversation agréable, étant donné que le châtain allait devoir une nouvelle fois se remémorer la journée où sa sœur avait disparu. Et Lyam savait d’expérience que certaines questions qu’il allait devoir poser n’allait pas non plus lui plaire, même si elles appelaient à des réponses qui lui étaient nécessaires.
Le silence qui s’installa lui sembla presque léger en comparaison à la tension électrique qui saturait l’air quelques minutes plus tôt, quand chacun surveillait scrupuleusement les mouvements de l’autre en attendant le signe avant-coureur d’une attaque, celui qui briserait le fragile équilibre d’un semblant de paix tacite. Silence dans lequel se fracassèrent durement les mots vibrant d’émotions du châtain, cet aveu terrible, cette demande qui fissura le masque de gravité de l’agent. Ces yeux trop bleus, visant à bout portant dans les siens, reflétant deux longues années d’une lutte acharnée, éreintante, dont ils ne voyaient pas la fin, qu’Oreste avait dû mener seul, complètement seul. Ces prunelles céruléennes ternies par les espoirs déçus, brisés par la réalité, qui étaient comme un cri de détresse auquel Lyam sentit ses propres instincts répondre avec violence.

« Je ne peux pas faire de miracles, lui rappela-t-il, comme pour ne pas trop nourrir les espoirs de son interlocuteur –mais c’était déjà trop tard, il le savait, il le sentait. Mais je vais vraiment essayer de vous aider. Venez. » l’invita-t-il en se décalant légèrement sur le côté.

Son regard se fit plus rassurant, comme pour encourager l’autre homme à lui faire confiance, au moins un peu, juste un peu. Il le laissa passer devant lui pour marcher à ses côtés, gardant une distance respectueuse, dans la précaution assumée de ne pas provoquer un peu plus de malaise. L’impasse s’ouvrit sur une rue déjà bien plus fréquentée et quelques foulées plus loin, l’agent s’arrêta devant un café à l’enseigne quelconque, lançant par réflexe un regard interrogatif au châtain pour obtenir son approbation avant de lui ouvrir la porte pour y pénétrer à sa suite. Le battant grinça derrière eux, alors que les rumeurs de conversations se mélangeaient aux grésillements d’une radio d’informations à bas volume. Les effluves de café encensèrent aussitôt les sens de l’ancien militaire –pourtant, il n’aimait pas vraiment ça- mais ce fut surtout la chaleur de l’endroit lui frappant le visage qu’il apprécia. Son regard parcourut par réflexe l’endroit, vigilant, effleurant les silhouettes, glissant sur les tables en bois foncés inoccupées à la recherche de la place idéale, heurtant le comptoir du bar jusqu’à accrocher sans ciller la posture raide du barman qui, un torchon et une pinte à la main, regardait franchement dans leur direction, avec une expression fermée que Lyam décida consciemment d’ignorer. Fallait-il aussi payer pour un sourire ? Ses yeux se reportèrent sur Oreste –dont il s’était inconsciemment rapproché-, qui n’était visiblement pas du tout à l’aise à en juger par la raideur de ses épaules et sa manière de regarder à peu près partout –comme à la recherche d’un échappatoire- sauf dans la direction de ceux qui s’étaient retournés à leur entrée avant de se détourner d’eux. L’agent salua poliment à voix haute avant de s’engager un peu plus loin dans la salle en entrainant le châtain dans son sillage et de lui désigner les toilettes du menton.

« Vous pouvez aller nettoyer vos blessures là-bas, lui indiqua-t-il sur un ton bas et posé. Je vous attends juste là. » termina-t-il en lui montrant une table un peu à l’écart, dans un coin du bar.

Table qu’il gagna d’un pas sûr, gratifiant les regards curieux ou réprobateurs d’une œillade volontairement intimidante, glacée, le visage impénétrable et les traits sévères. Il ouvrit son manteau avant de s’asseoir sur la banquette confortable, puis releva la tête vers la serveuse. Qui affichait un sourire. Lyam se détendit par réflexe en lui répondant aimablement, plus avenant. Il ne manqua pas le regard qu’elle glissa vers son arme et le badge qui ceignait sa ceinture, commandant deux boissons chaudes comme s’il ne l’avait pas relevé, et elle s’éclipsa aussi vite qu’elle était arrivée. Puis il envoya rapidement un message à sa partenaire pour lui dire qu’il avait trouvé un témoin intéressant et lui donner sa localisation, avant qu’elle ne lui réponde qu’elle suivait les dépositions avec les enquêteurs de la criminelle. Avec un peu de chance, elle terminerait après lui et il aurait le temps de la rejoindre –c’était un travail long et fastidieux auquel elle s’adonnait, et il se sentit coupable de ne pas être à ses côtés pour cette première approche capitale. Culpabilité qu’il camoufla lorsqu’il reposa son portable sur la table et sortit un calepin et un stylo de la poche intérieure de son manteau. Il accueillit les deux boissons avec un billet.
« Gardez la monnaie. » lui offrit-il avec un sourire léger mais complice.
Et son regard heurta à nouveau la silhouette d’Oreste qui se faufilait entre les tables jusqu’à prendre place en face de lui, glissant jusqu’à ses mains comme pour en jauger l’état.

« J’espère que vous n’êtes pas allergique au chocolat. » émit-il avec un semblant de légèreté en poussant l’une des deux tasses vers l’autre homme, espérant que cela l’aiderait un peu à se détendre.

Ignorant les quelques regards qui s’accrochaient à l’étrange duo qu’ils formaient, qui jugeaient, l’agent tapota l’écran de son portable, avant que ses yeux ne cherchent ceux du châtain.

« Je vais enregistrer, lui annonça-t-il d’un ton calme, stylo et papier en mains. Commencez par décliner votre identité, juste pour l’enregistrement, puis racontez-moi ce que vous et votre sœur avez fait le jour de sa disparition. Même jusqu’aux détails dans son comportement qui sur le moment vous paraissaient superflu mais qui auraient pu sortir de l’ordinaire. Je sais que cela remonte à loin, mais tout peut être utile. » lui expliqua-t-il.

Il s’arrima aux iris azurés, le regard intense. Grave. Mais rassurant.

« Je suis prêt quand vous l’êtes. »

Et il lui offrit un sourire léger, encourageant. Comme pour lui souffler qu’il n’avait plus à affronter ça complètement seul à présent.




TIME IS RUNNING OUT

There are foundational elements  in our lives. People... that form the brick and the mortar of who we are. People that are so deeply embedded that we take their existence for granted until suddenly they're not there. And we... collapse into rubble.© signature by anaëlle.
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« arnaqueur d’étoiles »
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Message(#) Sujet: Re: LYAM 彡 JUSTE UNE SILHOUETTE QUI RESSEMBLE À TOI. (alternatif) Dim 20 Mar - 16:50



LYAM & ORESTE
❝ juste une silhouette qui ressemble à toi ❞

Tu ne comprenais pas pourquoi l’agent du FBI décidait de t’aider, toi. Tu n’étais rien, tu ne représentais rien. Rien qu’un visage anonyme parmi la multitude de ces autres visages anonymes de la foule du Bronx. Rien qu’un fantôme qui passait chaque jour un peu plus inaperçu. Alors pourquoi te venir en aide ? Pourquoi te tendre la main ? Tu ne savais pas ce qu’il y gagnait mais tu restais méfiant. Même si tu savais que ta nature innocente reprendrait très vite le dessus, tu voulais au moins essayer de garder l’esprit clair quelque temps – juste assez pour tenter de voir s’il était réellement de ton côté ou non. Si tu risquais de t’apporter plus d’ennuis ou pas en le suivant. Peut-être que son offre était tout ce qu’il y avait de plus honnête ; peut-être que tu pouvais croire en sa sincérité, en ses grands yeux trop bleus qui te disaient de bien vouloir lui faire confiance. Et tu aurais aimé prendre aveuglément cette main tendue, comme si tu ne te posais aucune question. Comme si tu ne craignais pas de te retrouver au poste sans même avoir une chance de t’enfuir. Et si c’était seulement une façon d’endormir ta vigilance, s’il se jouait de toi pour simplement t’arrêter ? Pour quel motif, tu n’en savais rien mais peut-être qu’il désirait simplement t’enfermer derrière des barreaux. Un sans-abri en moins dans les rues de New-York, c’était sûrement ça de gagné. Tu ne voulais pas finir en prison. Tu devais rester là, dehors pour rechercher ta sœur. Tu avais besoin de ta liberté. Tu étais la seule et dernière chance pour ta jumelle de revenir ; si tu disparaissais toi aussi, plus personne ne la rechercherait. Plus personne ne s’inquiéterait de son sort. Personne ne s’inquiéterait pour toi non plus. Vous êtes seuls et vous ne pouvez compter que l’un sur l’autre. Tu n’étais pas certain que suivre le blond en valait la peine. Pas si ça signifiait perdre du temps, trouver un peu plus d’obstacles sur ta route. Pas si ça signifiait que tu risquais toi aussi de ne plus être capable de remuer ciel et terre pour la retrouver. « Non, elle… On est encore enfants dessus. Je suppose qu’on a beaucoup trop changé depuis, hausses-tu les épaules, le sourire défaitiste. » Et même si tu avais eu une photographie récente, qu’est-ce que ça changerait ? Il aurait été hors de question que tu la lui cèdes. C’était tout ce qu’il te restait d’Électre. C’était tout ce que tu possédais pour te rappeler que tu n’étais pas seul sur cette Terre, que quelque part une personne pensait à toi. Que tu avais quelqu’un vers qui aller, vers qui courir. Si on t’enlevait ce repère, cette photographie pourtant abimée par le temps, qu’est-ce que tu deviendrais ? Qu’est-ce que tu ferais ? Elle était ton bien le plus précieux. Elle t’aidait à garder espoir quand la nuit devenait trop noire, quand les journées se faisaient trop longues. Peut-être que l’agent voulait te la voler ? Pourquoi est-ce qu’il voudrait te la voler ? Toi-même, tu devais reconnaître que ça ne faisait aucun sens. Que tu te montrais quand même trop paranoïaque. Parce qu’il n’avait aucun intérêt pour ta sœur ou la photographie ; parce qu’il vous oublierait aussitôt qu’il t’aura quitté. Tu ne serais qu’un courant d’air dans son existence. Un courant d’air qui passe et qui s’est aussitôt évanoui. Mais il paraissait pourtant si sincère. Si vrai. Tu avais l’impression qu’il ne te mentait pas, qu’il ne cherchait pas à te piéger – mais avec toi, tout le monde avait l’air blanc comme neige. Et combien de fois tu t’étais fait avoir parce que tu avais cru de jolis mots, de belles phrases bien tournées. Ce ne serait qu’une fois de plus ; ce ne serait pas la première fois, encore moins la dernière. Parce que tu ne reculais jamais devant rien quand il s’agissait de ta jumelle, parce que tu étais capable de tout pour elle. Et si l’agent pouvait réellement t’aider, même un peu, alors tu devais tenter le coup. Tu devais tenter ta chance. Qu’est-ce que tu y perdais, au fond ? Pas grand-chose. Presque rien. Juste du temps. Mais toutes les pistes envisageables devaient être explorées. Tu devais tenter ta chance même si ça ne menait à rien. Elle en valait la peine – elle valait la peine de tous les sacrifices de la terre. « Alors… peut-être un endroit au chaud, tu finis par accepter, du bout des lèvres et le regard baissé. » Tu avais mis un moment avant de te décider, pesant les pours et les contres de chaque situation. Tu savais que tu devrais endurer les regards étranges de toutes ces personnes qui se seraient arrêtées dans un café au coin de la rue ; au parc, tu passerais bien inaperçu. Mais le temps se rafraîchissait de jour en jour et tu ne pouvais pas dire non à un endroit chaud pendant quelques minutes ; personne ne jugerait l’officier en te voyant à ses côtés dans le parc même si ça signifiait être encore dans le froid – mais tu avais l’habitude de ça. Et au fond, tu ne sais pas vraiment ce qui t’a convaincu de le suivre. C’était peut-être simplement parce que tu avais eu envie de le suivre. Envie de le laisser t’aider comme ses grands yeux te le promettaient. C’était fou et insensé, c’était peut-être un autre mur contre lequel tu te fracasserais mais tu avais envie d’y croire cette fois encore. Juste un peu, un petit peu. Ce n’était pas si énorme. Et bien sûr que l’agent ne pourrait pas faire de miracle – tu n’en attendais plus depuis longtemps, au fond. Et bien sûr que tu ne pouvais pas exiger la Lune de sa part – il ne te devait rien. Mais tu pouvais bien saisir cette chance au moins, même si ça ne menait à rien. Tu pouvais bien essayer de lui faire confiance, même si tu pouvais une nouvelle fois en souffrir. Qu’est-ce que tu y perdais, à le suivre ? Et si c’était le Destin qui t’envoyait le blond ? C’était peut-être un signe. Le signe que ta vie était sur le point de changer pour de bon. Enfin.

Doucement, ta sacoche pressée contre ta poitrine, tu commences à le suivre sans rien dire. Les bruits de la rue qui s’anime vous entourent, vous enferment dans un silence qui te rassure. Tu ne sais pas quoi dire, tu ne sais pas comment faire la conversation. Il est un agent du FBI, tu es un mendiant : vous n’avez strictement rien en commun. Vous n’appartenez clairement pas au même monde. C’est comme si vous veniez de deux planètes différentes, tu n’arrives pas encore à bien comprendre comment vos routes ont pu se croiser à un moment. Tu étais presque certain que ce n’était pas censé arriver, pas dans ce monde-là. Pas dans cette vie-là. Et pourtant monsieur O’Neill était là, juste à côté de toi. Tu notes la distance respectable qu’il a instaurée de lui-même entre vous, comme pour ne pas t’embarrasser. Pour ne pas te mettre plus mal à l’aise. Ou peut-être que c’était parce qu’il préférait ne pas donner l’impression que vous vous connaissiez. Toujours est-il que l’espace entre vous avait quelque chose d’agréable et de rassurant. Peu importaient les raisons, tu en étais reconnaissant. Parce que les contacts étaient quelque chose d’assez peu commode pour toi, tu n’y étais plus habitué. Et tu avais passé tant de temps à être traité comme un simple pestiféré que tu avais fini par t’éloigner du genre humain. Par devenir une sorte d’animal sauvage qui grognait dès qu’on l’approchait. C’était instinctif désormais, comme une seconde nature. Parce que l’être humain t’avait beaucoup trop blessé pour que tu laisses n’importe qui entrer dans ton espace vital et secret. Alors tu le suis quand même docilement à travers la foule, le laissant te guider comme si tu éprouvais une confiance aveugle en cet inconnu que tu venais à peine de rencontrer. Il aurait pu te mener à son véhicule pour t’y enfermer, tu n’aurais pas vu le piège avant même qu’il ne soit sous ton nez. Mais le blond pousse la porte d’un café au coin de la rue et tu sens bientôt la chaleur étouffante et les odeurs âcres des boissons chaudes qui te frappent de plein fouet. C’est presque agréable. C’est presque comme un cocon. Il y avait cependant ces regards tournés vers vous, des murmures tus et des conversations qui s’arrêtent. La gorge un peu nouée, tu jettes de vagues coups d’œil autour de toi sans réellement t’arrêter sur quelque chose. Ni sur les serveurs, ni sur les clients. Ni sur les tables, vides ou occupées. Tes doigts se crispent machinalement sur ta besace que tu serres plus fort contre toi comme en signe de protection. Tu essayes de te répéter que tout ça n’est que le fruit de ton imagination malade, que tout le monde n’est pas en train de te regarder. Que tu es invisible et qu’ils ne voient personne à côté de l’agent. Sursautant légèrement quand le blond t’indique les toilettes, tu acquiesces sans un mot et files sans demander ton reste. Tu retiens ta respiration jusqu’à te sentir en sécurité, enfermé dans les WC où ton reflet dans le miroir semble te narguer. Tu es si pâle, tu es si sale. Tu as toute la misère du monde de la rue inscrit sur ton visage. Les yeux bleus ne sont plus qu’une vague imitation d’un ciel sans nuage – aujourd’hui, il y a cet orage qui semble gronder, noircir les restes de clarté. Tu ne ressembles plus à rien, Oreste. Tu n’es plus qu’une carcasse décharnée. Une peau émaciée, craquelée par le froid, les lèvres gercées. Les ongles noirs. Secouant la tête comme pour effacer le fantôme qui te regarde, tu passes ton sac en bandoulière et remontes tes manches au niveau des coudes. Sous l’eau froide, les plaies picotent et tu grimaces d’inconfort. Tu fixes un peu ta chair arrachée par le gravier, le sang séché qui s’efface peu à peu. Ce n’est pas si douloureux, juste désagréable. Un peu de savon au creux de la paume et tu frottes tes mains jusqu’à ce qu’elles deviennent rouge. Tu n’avais pas souvent l’occasion de te décrasser alors tu en profitais dès que tu le pouvais. Tu t’étais habitué à la sensation de ne jamais être entièrement propre mais ça n’en restait pas moins dégoûtant pour toi. Rapidement, tu passes un peu d’eau sur ta figure, t’essuies sommairement avec quelques feuilles de papier rêche mises à disposition des clients. Pendant un moment, tu restes à te fixer comme si tu espérais y apercevoir quelqu’un de différent sous les traces noires de salissure effacées. Mais il n’y avait que toi. Seulement toi. Celui que tu étais et que tu serais encore longtemps. Ça ne changeait rien, finalement, d’être plus propre – même un peu. Tu restais le même. Et les gens ne verraient que le garçon qui était entré aux côtés d’un homme malgré ton subterfuge. C’était presque comme du maquillage, comme si tu essayais de camoufler le sale. Mais ça ne marchait pas. Ça ne fonctionnait pas. Parce que tu restais seulement toi. La mort dans l’âme, tu jettes les tissus usagés à la poubelle, rabaisses tes manches avant de remettre un peu d’ordre dans tes mèches châtains – en vain. Soupirant, tu pousses la porte des toilettes, ton regard cherchant automatiquement la table que l’agent O’Neill t’avait montrée. Tu repères la silhouette masculine à côté d’une serveuse qui empoche ce que tu comprends être un billet lorsque tu t’es assez approché pour observer les deux boissons déposées sur la table. Sur la défensive, tu rentres ta tête dans le cou en croisant la jeune femme avant de t’installer sur un siège, le dos raide. Tu gardes ton manteau sur le dos, ton sac contre ton ventre. Tu attends. Tu ne sais pas exactement quoi mais tu attends. Tu attends un geste, un mot. Une parole. Un rien. Parce que tu ne sais pas ce que tu es censé dire ou faire, ce qu’il va se passer maintenant. Est-ce qu’il va vraiment pouvoir t’aider, faire quelque chose ? Il pousse une tasse fumante en ta direction et tu hausses les sourcils. « Pour moi ? tu demandes stupidement. Merci. » Ce n’était peut-être pas le mouvement que tu attendais, mais c’était suffisant.

Lentement, tu portes le chocolat chaud à tes lèvres et il y a le goût sucré qui laisse une douce saveur sur ta langue. Le lait te brûle un peu mais ça n’est pas désagréable. Ça te réchauffe lentement, tu le sens dans chaque fibre de ton corps trop maigre. Une seconde à peine, tu savoures ta boisson chaude parce que tu sais que c’est un plaisir qui ne se reproduira pas avant longtemps. Et puis tu retrouves finalement la mer azurée des yeux de l’agent, l’observant tapoter sur son téléphone portable. Un peu étonné, tu fronces les sourcils puis tout fait sens lorsqu’il t’explique qu’il veut enregistrer tout ce que tu voudras bien lui dire. Tu ne sais pas vraiment pourquoi ni à quoi ça pourra bien lui servir mais tu imagines que c’est un truc d’agent du FBI et que tu ne peux pas vraiment comprendre. Docile, tu reposes ta tasse en gardant tes doigts contre sa chaleur. « Mh, d’accord, tu acquiesces lentement. Je vais faire de mon mieux. » Le problème était que tu n’avais pas grand-chose à raconter sur ce jour-là. Parce que tu ne l’avais pas suivie, cette fois-là. Pour la première fois, tu n’avais pas été avec elle. Tu l’avais laissée seule. Pour la première fois, tu n’avais pas été là. Et le malheur était arrivé. Par ta faute. C’était de ta faute si elle avait disparu. Parce que tu n’avais pas été présent. Tu es sûr que tu aurais pu l’aider. Tu es sûr que tu aurais pu la sauver, quoi qu’il lui soit arrivé. Tu aurais pu la sauver. L’esprit embrumé, tu réponds maladroitement au sourire du blond avant d’humecter tes lèvres. « Je… Je m’appelle Oreste. Oreste Kostas, tu commences doucement en te penchant inconsciemment vers le téléphone de l’agent. J’ai… » Tu te stoppes soudain, fronçant les sourcils, avant de lancer un regard interrogateur vers monsieur O’Neill. « On a pris l’habitude, ma sœur et moi, de nous présenter sous le nom de Eliot. Pour… Pour mieux nous fondre dans la masse, éviter les questions. Je ne sais pas si c’est important, hausses-tu les épaules. » Ce n’était qu’une façon de plus de disparaître dans la foule de ces inconnus, de passer inaperçu. Ne pas attirer l’attention sur vous, faire semblant d’appartenir à une communauté qui ne vous remarque pourtant pas. Il s’agissait de survivre malgré tout, de devenir comme tous les autres pour ne finalement pas être reconnus. « Ma sœur a disparu un vingt-deux juillet, entre approximativement neuf heures trente du matin et sept heures du soir. Je sais que c’est très long mais je… Je n’étais pas avec elle ce jour-là. » Comme tu regrettais aujourd’hui de ne pas avoir été à ses côtés ; comme tu t’en voulais de l’avoir abandonnée. Peut-être serait-elle toujours là si tu t’étais montré capable de tenir ton rôle de frère. « On avait pour habitude de partir dans les rues la journée. Moi au parc, elle dans le centre-ville. Pour… pour essayer de récolter un peu d’argent, je fais des dessins. Ma sœur, elle, faisait des tours de magie. Ça n’était pas grand-chose mais ça nous permettait de manger un peu, parfois. » Tu avales ta salive, gigotant sur ta chaise. « Ce jour-là, elle portait sa salopette, un tee-shirt rouge. Elle n’a pas de signe distinctif, en réalité. Enfin… Elle a un grain de beauté sur la hanche gauche, est-ce que ça compte ? » Tu connaissais ta jumelle absolument par cœur, dans les moindres détails. Et tu ne savais pas exactement ce qui pouvait lui être utile ou non. Ce qui pouvait l’aider ou pas. « Souvent, je la rejoignais et on rentrait ensemble à notre… là où on dort mais pas ce jour-là. Je suis resté plus longtemps que prévu au parc alors je suis rentré directement. Mais quand je suis arrivé, elle n’était toujours pas là. » Tu te souviendrais toujours ce frisson glacé qui avait parcouru ta peau quand tu avais vu l’emplacement vide. Quand tu avais compris qu’elle n’était pas rentrée. « J’ai pensé qu’elle m’avait attendu en ville alors j’ai couru pour aller la retrouver mais elle n’y était pas non plus. Elle n’était pas à son endroit habituel. J’ai… Il restait seulement son jeu de cartes éparpillé au sol. C’est tout… » Comme si elle n’avait jamais existé. Comme si elle avait été effacée, rayée de l’histoire. Du temps et de l’espace. Comme si tu n’avais jamais eu de sœur jumelle. Restaient ces cartes un peu usagées, cornées, décolorées par les années passées. Tu ne pouvais pas avoir rêvé ta sœur, c’était impossible. Et les fois où tu en doutais, tu regardais les cartes et tu savais. Tu savais qu’elle était là quelque part à t’attendre. Attendre que tu viennes enfin la chercher. « Je ne sais pas quoi vous dire de plus, je suis désolé, tu déplores à voix basse. C’est tout ce que je sais. Tout ce que je peux vous dire. Je n’étais pas là… » Tu n’avais pas été là. Et c’était toi le responsable. Tu étais responsable de sa disparition. C’est comme si tu l’avais enlevée toi-même, en réalité. « C’est de ma faute si elle n’est plus là, hein ? » Ta voix tremble et tu baisses le regard sur ta boisson. « C’est de ma faute, tout ça… » Deux ans passés à la chercher ; deux ans de culpabilité. Un sentiment qui te ronge de l’intérieur comme un poison dans ton sang. Et chaque jour qui passait était comme si quelque chose te grignotait les organes à l’intérieur. Petit à petit. Lentement. Comme pour faire durer la souffrance plus longtemps.


« in the eye abides the heart »


kiss kiss bang bang :l: :
 

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Message(#) Sujet: Re: LYAM 彡 JUSTE UNE SILHOUETTE QUI RESSEMBLE À TOI. (alternatif) Dim 10 Avr - 16:23


 Le malaise d’Oreste se lisait si clairement sur son visage qu’un instant, Lyam regretta de lui avoir (plus ou moins) imposé l’endroit. Certes, ils y étaient au chaud et pouvaient profiter d’un peu de calme, loin du vacarme constant de la ville autour d’eux. L’agent se doutait bien que le premier argument avait un poids considérable dans la balance, étant donné que les températures glaciales de l’hiver étaient particulièrement éprouvantes pour ceux qui vivaient à la rue. Mais il y avait quelque chose dans l’attitude de l’autre homme, quelque chose de sauvage. Comme s’il craignait le moindre regard posé un peu trop franchement sur lui -une arme braquée dans sa direction-, comme s’il avait été trop longtemps habitué aux yeux fuyants qui faisaient semblant de ne pas le voir, l’effleuraient sans l’atteindre, et qu’il se refugiait dans cet anonymat, dans cette ombre artificielle. Et ce café, ces regards intrigués qui ne cessaient d’accrocher leur étrange duo à intervalles réguliers, c’était comme tout à coup le forcer sous la lumière des projecteurs. Le tirer hors de son espace de confort, celui où il devait se sentir relativement en sécurité et en confiance, et soudainement le jeter en terrain ennemi. Et tout dans son attitude traduisait son inconfort, son envie de disparaître pour ne plus être le centre d’une attention malsaine, la cible d’yeux qui jugeaient. De son réflexe de rentrer la tête dans les épaules en gardant le regard baissé quand la serveuse les quitta, à sa manière de se recroqueviller sur lui-même pour se faire presque invisible sur la banquette bordeaux, y prendre le moins de place possible -au lieu de s’y mettre à l’aise, de s’y installer confortablement-, en passant par la tension évidente qui habitait ses épaules et ses doigts crispés sur sa petite sacoche qu’il tenait contre son ventre comme un bouclier, comme s’il avait peur qu’on la lui arrache (et maintenant que l’agent avait compris ce qu’elle contenait, les derniers liens tangibles que le sans-abris conservait avec sa soeur disparue, il ne pouvait que comprendre cette crainte latente).
Lui tendre cette tasse de chocolat chaud en lui soufflant quelques mots d’un ton plus léger, c’était une tentative assumée d’essayer de le détendre un peu. Vaine sûrement. Mais à exclamation étonnée de l’autre homme, qui noua désagréablement l’estomac de l’agent, ce dernier hocha la tête en espérant que peut-être, peut-être cela l’aiderait, au moins un peu, à baisser sa garde. Pas pour que le blond puisse en profiter, mais parce qu’il ne pouvait espérer qu’Oreste réponde sincèrement à toutes ses questions et reviennent sur des passages douloureux de sa vie sans qu’il se sente un peu en confiance, en sûreté. Mais le châtain lui semblait encore plus sur la défensive que lorsqu’ils s’étaient retrouvés face à face, le Glock à sa hanche s’érigeant comme une barrière infranchissable entre eux, alors que le sans-abris lui demandait avec défiance ce qu’il pouvait bien gagner à l’aider. Et dans cet état, il paraissait très difficile à Lyam d’instaurer un début de confiance, de lui faire comprendre qu’il n’avait rien à craindre de lui et qu’il était en sécurité. Pas quand il avait ce sentiment poignant qui lui envahissait la poitrine, cette impression de faire face à quelqu’un qui essuyait la fureur d’un feu ennemi sans savoir comment s’en protéger, car il se trouvait sans défense sur ce champ de bataille inconnu, sans solution de repli, sans recoin derrière lequel s’abriter, reprendre son souffle.
Sauf qu’Oreste n’était pas seul sur ce terrain où l’agent l’avait emmené bien malgré lui.
Un peu rassuré de le voir accepter cette main tendue, l’ancien militaire fusilla littéralement du regard une femme, quelques tables plus loin, qui venait -au moins pour la troisième fois- de se retourner dans leur direction sans faire preuve de la moindre discrétion. Elle eut le bon goût de plonger le nez dans sa boisson, les joues rouges et l’air honteux. Cela faisait bien longtemps que le regard d’autrui et le jugement qu’il portait indéniablement, aveuglé par les apparences, ne faisait que glisser sur la carapace endurcie du blond sans même s’accrocher aux aspérités dans la roche. Ils pouvaient bien croire ce qu’ils voulaient, l’agent ne s’en souciait aucunement. Lui savait ce qu’il en retournait. Le reste n’était pas important, pas à ses yeux. Mais il ne pouvait tolérer qu’Oreste ait à subir cet assaut vicieux, tissé en coups de pognards dissimulés. Tenter de faire rempart de son corps en récompensant chaque regard traînant dans leur direction d’une oeillade dure et intimidante n’était qu’un réflexe -comme celui d’aller au devant du danger pour protéger un homme déjà à terre.

Lyam se concentra un instant sur son portable, laissant sciemment un peu d’espace et de temps à son interlocuteur pour prendre une gorgée de sa boisson. Puis il reporta son regard sur le châtain, essayant de paraître plus rassurant qu’inquisiteur -il avait parfois l’habitude d’observer un peu trop intensément les gens, et cela pouvait mettre mal-à-l’aise, il en avait conscience, même si cela relevait de quelque chose d’instinctif chez lui. Le sourire un peu hésitant, vacillant qui lui répondit n’était pas vraiment encourageant. Mais c’était mieux que rien. Une petite lueur, fragile, vulnérable, dans toute cette douleur, toute cette détresse qui ravageaient les prunelles céruléennes. À la façon de l’autre homme de se pencher légèrement vers le portable qui enregistrait et de se présenter, le blond comprit qu’il allait commencer son récit de cette journée qui avait marqué sa vie comme une cicatrice indélébile, inaltérable gravée dans sa chair. Son attention entièrement dédiée à Oreste, il l’encouragea d’un hochement de tête à son hésitation sans l’interrompre -il craignait trop que cela ne bloque le châtain, le ferme, le mette encore plus sur la défensive-, alors que déjà ses prochaines questions se formaient dans son esprit, qu’il essayait de rassembler les pièces d’un puzzle terriblement incomplet et usé par le temps.
Patiemment, il l’écouta, paré de son air attentif mais grave comme d’un gilet par balles, sans le brusquer, le laissant chercher ses mots pour s’exprimer, avec de plus en plus de difficulté et de silence trop significatifs -des silences que l’autre homme devait affronter tous les jours, le silence face à ses questions, à sa douleur, à sa perte- au fur et à mesure qu’il revivait avec Oreste les heures qui avaient précédé sa terrible découverte. L’horreur et la culpabilité, les larmes trop versées contenues dans sa voix qui s’éteignait progressivement, dans un aveu terrible d’impuissance qui trouva un écho particulièrement puissant en l’ancien militaire.
Rester sourd, insensible à la détresse du sans-abris, celle qui explosait dans ses iris azurés, cela surpassait -et de loin- les capacités de l’agent du FBI. Malgré l’habitude, malgré le fait que dix ans de métier l’avait considérablement endurci, il ne pouvait prétendre que ce qu’il entendait l’indifferait totalement, que cela ne l'atteignait pas. Cela aurait été se mentir à lui-même. Se trahir. Parce qu’il y avait quelque chose de rassurant à sentir son cœur se comprimer sous l’assaut de la souffrance du châtain, ses entrailles se broyer désagréablement, douloureusement, avec ce sale goût amer qui se distillait sur sa langue. Parce que cela lui rappelait qu’il restait humain lui aussi. Mais dans un réflexe protecteur, même s’il compatissait, Lyam s’efforça de mettre les choses à distance avec un professionnalisme implacable, impitoyable. Analyser la situation d’un oeil critique et objectif, où les sentiments qui étreignaient son cœur à l’écoute du timbre douloureux de la voix de l’autre homme n’avaient pas leur place -et pire, ils y étaient dangereux.
Mais cela ne signifiait pas qu’il ne pouvait pas se montrer humain. Au contraire. Surtout lorsqu’il pressentait, sous les murmures de ses instincts à vif, suppliciés, que c’était ce dont son interlocuteur avait besoin. Un peu d’humanité.

“Oreste.” souffla-t-il pour attirer l’attention du châtain qui avait baissé les yeux sous le poids écrasant de la culpabilité.

Le prénom caressa sa langue, échappa à l’étreinte de ses lèvres avec un naturel qui le troubla lui-même, même s’il n’en montra rien. Cherchant le regard de l’autre homme, il abandonna papier et stylo sur la table, à côté de sa boisson chaude.

“Respirez. Vous vous en sortez très bien. Ce n’est jamais facile de savoir quoi raconter lorsque l’on n’est pas aiguillé par quelques questions.” tenta-il de le rassurer d’un ton volontairement apaisant, posé.

Et c’était là, habitant les traits du châtain, déchirant ses yeux avec une cruauté insoutenable. Oreste était persuadé que ce qui était arrivé à sa jumelle était de sa faute.
La culpabilité de celui qui reste, et qui ne peut s’empêcher de penser que s’il avait fait autrement, l’autre serait toujours à ses côtés. Une culpabilité familière à l’ancien militaire, un peu trop pour qu’il ne sache pas la reconnaître dans le regard et l’attitude d’un autre.

“Vous ne pouvez pas vous blâmer pour sa disparition, asséna-t-il calmement, son regard vrillant les prunelles céruléennes saturées de larmes trop retenues, trop versées. Même si vous en avez besoin. Vous l’avez dit vous-même, vous aviez l’habitude de ne pas être ensemble la journée. Vous n’auriez pas pu prévoir qu’elle disparaisse soudainement, que les endroits qu’elle fréquentait régulièrement puissent devenir aussi dangereux. Vous ne pouvez pas vous en vouloir pour quelque chose qui est complètement hors de votre contrôle.”

Trois pas. Juste trois pas. C’était tout ce qui l’avait séparé de l’un de ses compagnons d’armes sur le terrain. Et quand la mine antipersonnelle avait explosé, c’était également ce qui l’avait sauvé. Si leurs positions avaient été inversées, il serait mort sous le souffle brûlant de l’explosion.
Et une femme aurait retrouvé son compagnon, un fils son père, à la fin de leur déploiement.
Combien de fois avait-il perçu cet orage si sombre, si destructeur dans le regard de William ? Deux pas sur la gauche et le SEAL prenait la balle qui avait failli tuer Lyam. Et combien de temps le blond avait-il passé à lui répéter qu’il n’y était pour rien, à supporter cette culpabilité terrible et douloureuse dans ces yeux si clairs ? Des mois entiers. Des années. Avant qu’enfin les mots ne trouvent leur poids dans le coeur de l’autre militaire, avant qu’ils s’impriment dans sa poitrine, dans son sang, pour le soulager du poids oppressant de la culpabilité.

“Si vous pensez que votre présence à ses côtés ce jour-là aurait changé quelque chose, vous avez sûrement raison, reprit-il après un très court silence, compréhensif. Peut-être qu’elle serait toujours là, avec vous, si vous aviez été présent, continua-t-il plus bas, avec cette étrange impression de fissurer le masque, se mettre en quelques sortes à nu. Mais sa disparition n’est en rien de votre faute car elle n’est pas de votre fait, et vous ne pouvez pas vous en vouloir pour ne pas avoir été là. Cela ne vous aidera pas. Et cela ne l’aidera pas non plus.”

Il fixa un peu plus intensément les prunelles céruléennes, dans lesquels les sentiments se débattaient avec fureur, avant détourner le regard vers sa propre boisson et la ramener un peu plus vers lui, offrant ainsi à l’autre homme un peu de temps pour gérer ses émotions, un peu de pudeur également. Ses doigts se saisirent de la cuillère pour la faire tourner dans le chocolat chaud brûlant, puis il la délaissa pour relever son regard vers Oreste.

“On prend une pause quand vous en avez besoin, lui indiqua-t-il, prévoyant. Ne vous sentez pas obligé de continuer si vous avez besoin d’un peu de temps pour souffler, d’accord ?”

Revenir une nouvelle fois sur ces terribles événements devait être particulièrement éprouvant pour le châtain, Lyam n’en doutait pas un seul instant. Et le but n’était clairement pas de le braquer ou le pousser dans ses derniers retranchements, au contraire. L’agent savait que s’adapter au rythme de l’autre homme serait l’un des meilleurs moyens de lui faire comprendre qu’il était de son côté, qu’il allait l’aider, du mieux qu’il le pouvait. Il s’était engagé à écouter l’histoire du sans-abris jusqu’au bout et il n’allait certainement pas courber l’échine devant l’ampleur et la difficulté de l’enquête qui se profilait.
Il avait promis. Et il comptait tenir cette promesse à ces grands yeux trop bleus qui au-delà de la douleur, au-delà de la défiance, restaient malgré tout animés d’une lueur d’espoir. Malgré la vie seul dans la rue. Malgré les deux ans écoulés.

“Vous avez sûrement déjà répondu à ces questions et elles n’ont rien d’agréable à entendre, mais j’ai besoin de vous les poser quand même, émit-il avec plus de prudence en s’imprégnant des émotions qui se jouaient sur les traits d’Oreste. Est-ce que votre soeur aurait mentionné une personne qu’elle voyait régulièrement quand elle faisait ses tours de magie, sans forcément que cet individu l’ait abordée ? Le centre-ville, c’est assez vague, est-ce qu’il y avait des endroits particuliers où elle avait l’habitude de se rendre ?”

Avec attention, il dévisageait son interlocuteur, comme pour mettre à nu la moindre tentative de mensonge ou d’omission.

“Je sais que cela fait un moment, mais essayez de vous souvenir au mieux. Est-ce que les jours précédents sa disparition, elle vous aurait confié avoir l’impression d’être suivie par exemple, ou épiée ? Est-ce qu’elle semblait plus nerveuse que d’habitude, angoissée, à regarder un peu trop souvent derrière son épaule ou en sursautant sans réelle raison apparente ?”

Venaient ensuite forcément les questions les plus difficiles… Celles qui même armées de la plus grand diplomatie possible provoquaient toujours des levers de boucliers. Parce que le premier réflexe était de s’insurger devant ce qui semblait être des accusations alors que l’être aimé était victime, parce que l’instinct poussait à protéger ce dernier, le défendre.
Et Lyam aurait été aveugle et sourd s’il n’avait pu comprendre à quel point le châtain chérissait sa jumelle.

“Est-ce qu’il serait possible qu’elle ait été approchée par les membres d’un gang, des gens auprès desquels elle aurait contracté une dette ? Ou encore un proxénète ?”

Est-ce qu’elle se droguait ? Se prostituait ? Volait ?




TIME IS RUNNING OUT

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LYAM 彡 JUSTE UNE SILHOUETTE QUI RESSEMBLE À TOI. (alternatif)

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