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MessageSujet: Colour me (Aaliya)   Dim 17 Juin - 18:54
Colour Me
Aaliya & Addison
Here we are again, telling me its my fault. Things I don't understand, things beyond control.

Les portes s’ouvrent devant nous, des sourires, des regards qui se retournent, des visages connus et inconnus qui s’illuminent face à notre arrivée. Mes yeux viennent se perdre sur la foule, et partout j’y vois les mêmes expressions. Ces sourires, ces sourires d’une fausseté maladive, les dents aussi blanches que neige, des pommettes relevées à la pince à linge invisible pour bien paraître, pour bien se faire voir. Envie de fuir, envie de venir arracher les perles accrochées aux gorges si parfaites des demoiselles. Parfait, oui tout est parfait ici. Une obsession maladive pour la perfection, un jeu de chat et de souris pour la réputation, c’est à celui qui sera le plus doué en mensonge. Des vies plates, une mer d’huile, sans jamais avoir de vagues, de problèmes.  Rien que des réussites, familiale, sociale, professionnelle. Tout va bien, tout se développe sans ne jamais regresser, parce que tout recul est un échec, tout changement de décision est une preuve de faiblesse, c’est bien connu dans les rangs de la haute. Une marge d’erreur extrêmement fine, presque inexistante d’ailleurs. Impression de revenir à un temps d’avant, un temps ancien où les bals étaient encore de mise, car même si les années se sont écoulées, ce genre de soirée existe toujours, celle où les hommes se pavanent avec une femme à leur bras, habits repassés jusqu’au moindre pli, un maquillage parfait pour un rasage de près. Chacun par paire, chacun une coupe de champagne à la faim, une impression de Gatsby mélangée à ces anciens temps où les hauts dignitaire de pays venaient faire des gala pour apprendre à connaître les voisins, c’est là que tout se jouait, ennemis ou alliés, entre deux verres d’alcool et une danse avec madame. Qui aurait pu prévoir qu’aujourd’hui encore cette image pompeuse d’une soirée mondaine resterait la même ?

Obligation professionnelle, celle de venir s’afficher dans une robe satinée au bras d’un mari Parfait. Estomac dans les talons, pommettes colorées, lippes rosées, doigts serrés contre la manche douce d’un tissus parfaitement repassé. Horreur totale d’une situation faisant partie de la vie quotidienne des bien portant, des faussement aimés. Un sourire ici, puis un sourire là, un rire et un compliment, une bise suivi d’une question sur les enfants, la tante, le père, le mari, la femme. Peut importe, ce n’est pas comme s’ils s’en souciaient réellement, ce n’est pas comme si je m’en souciais réellement. Monsieur est là, tout beau tout grand, il quitte mon bras, s’en va chercher à boire, discute avec des collègues, me fait signe de le rejoindre, me présente. Fierté dans son regard, l’amour inconditionnel a disparu pourtant, des notes d’ombres viennent entacher les iris océans. Et pourtant, rien ne paraît. Les tensions, les cris, les larmes, les paroles échangées, les couteaux lancés à vive voix, les ongles acérés qui viennent gratter les blessures mal renfermés. Rien de paraît. Extérieur parfait pour masquer un intérieur chaotique. Ce matin même voilà qu’il m’accusait, de ne pas être là, de trop travailler, de ne pas aimer les enfants, de ne plus l’aimer lui. De ne pas être assez.

C’est sous une douche froide que nos corps se sont réconciliés, une ardeur passionnée pour un amour boitant, déséquilibré. Et peut-être que la culpabilité avait aidé à ce que j’accepte les excuses,  à ce que je le laisse s’ismiscer à nouveau dans un coeur terrifié par une solitude, tout en y étant profondément habitué. Un muscle blessé, myocarde scarifié. Glacé. Et la journée avait continué, le bureau, l’hôpital, les enfants. Jusqu’au moment où nous avons dû les quitter, sourires d’angelots retournés par une tristesse brutale, passagère, le temps d’apprendre que papa et maman ne dînerait pas à la maison, que c’était à la babysitter de les garder. Malgré les moues et les larmes, se sont bel et bien des éclats de rires que nous avions entendus une fois la porte close. C’est accompagnée de ce son enfantin, cristallin, plus précieux que tout autre chose à mes yeux que j’avais fait le trajet, mains à repasser nerveusement ma robe. Car cela fait bien longtemps que je n’ai pas mis les pieds à ce genre de soirée, l’excuse bien trop aisée d’une entreprise à gérer. C’est le mari qui avait insisté, et puis, des collègues médecins représentaient souvent un porte-folio de nouvelles opportunités pour quelqu’un de mon rang.

Alors voilà que je me dégage de l’étreinte masculine, que j’ai les talons qui virevoltent à mon tour. Les quelques visages familiers me reviennent, des conversations s’engagent, des rires s’échangent. Banalités routinière sur la pluie et le beau temps, sauf que dans ce genre de sphère les conversations tournent vite, du plus sérieux des sujets sur la politique de la ville à la rumeur la plus absurde qu’il soit sur celle qui sera déclarée moins aimée de la soirée. Oh j’ai eu mon lot de rumeur, plus d’une fois. Surnoms prononcés dans mon dos, des rires, des regards, des mots entendus à l’occasion, je ne me suis jamais faite d’illusion quant à la réputation que j’avais. Raison aussi de ne plus me montrer à ce genre d’événements, comme si j’avais besoin que les avis de ces dames apprêtées s’ajoutent à ceux déjà bien tranchants des cravates ternes du bureau. Le regard aimant et familier que je croise de temps à autre, sa coupe de champagne qu’il lève, celle-ci est vide, les yeux que je baisse vers la mienne, message que je comprends au travers de la pièce. Champagne que je fais glisser contre mes lèvres, finissant discrètement la flûte. Excuses prononcées du coin des lèvres et voilà que je traverse la foule pour venir retrouver ma moitié au buffet. « Vous êtes nouvelle dans le coin ? Je ne pense pas vous avoir déjà vu ici. » Murmure contre mon oreille, baiser léger sur mon épaule dénudée, un nouveau verre qu’il me tend du bout des doigts, sourire qui apparaît sur mon visage, jumeau parfait de celui lumineux qui se trouve sur le sien. « Ça m’a manqué, tu sais, de passer du temps comme ça, avec toi. » Sourire qui se fane, les yeux que je détourne, canapé que j’attrape et goûte d’une bouchée pour ne pas avoir à répondre immédiatement. Les saveurs se mélangent, réveillant les papilles une par une. « Tu devrais goûter, ils se sont surpassés sur leur buffet cette fois-ci. » Ses yeux qui se posent contre les miens, toujours cette ombre au fond du regard, cet avertissement qui gronde, cette fissure qui s’élargit, que j’observe sans jamais pouvoir la réparer, l’empêcher de grandir en silence. « Addison. » Ton sérieux, le prénom en entier qui sort de ses lèvres, et je sais bien que je viens à nouveau de le blesser.

Un nouveau fil de notre relation dorée vient de se briser.

J’en entends presque les cris de détresse de nos cœurs qui ont bien trop changés depuis cette première fois où ils se sont rencontrés. Le mien si ouvert, si demandeur, s’est fermé, endurci d’un métal rouillé, enneigé d’une glace éternelle. Persuadé qu’il ne saurait jamais aimer, malgré mes deux soleils d’enfants, malgré la famille, malgré cette vie si belle, si grandiose, un rêve américain dans les moindre détails. Question imprononçable qui résonne dans tout mon être alors que j’observe mon mari goûter à ce que je viens de lui conseiller.

Pourquoi ?

Pourquoi cette peine, cette haine, ce vide, cette incapacité à accueillir le bonheur, à l’accepter, à le laisser entrer, à le savourer.

Myocarde qui se serre, palpitant qui trébuche. « Je reviens, tâche de ne pas t’étouffer sans moi. » Sourire léger, baiser que je dépose contre ses lèvres sans m’attarder sur l’expression qu’il porte contre son visage. Amertume. Talons qui cheminent jusqu’aux toilettes, repère des femmes au masque brisé, la porte que je pousse, saluant doucement ces inconnues qui se remaquillent ou bien même qui essuient leur larmes discrètement. Cabine dans laquelle je m’empresse d’entrer, impression d’exploser intérieurement. Soupir que je relâche, les mains tremblent un peu, le cœur souffre de trop, et je n’ai plus aucun mots à étiqueter sur mes maux. Je ne sais plus, ne sais pas et pourtant, les questions restent, les grandes, celles qui méritent d’être posées lorsque le soleil se lève après une soirée arrosée, celles qui te font sentir petit face à un univers entier. Les Questions aux lettres majuscules qui définissent les chemins pris, les choix faits. Les Questions terrifiantes qui ne cessent de tourner dans mon esprit dès que je prends deux pas de recul pour comparer ma vie et ce que je ressens, loin, loin, loin enfouit en moi. Tous ces sentiments interdits.

Cabine que je quitte, mains que je lave, porte battante qui se referme derrière moi. Parfum familier que je croise, sans pouvoir le relier à son propriétaire. Mari que je cherche dans la foule, je reviens vers le buffet. Vide, aucune trace de lui. Soupir léger, et je termine la seconde flûte de champagne, en prends une troisième que je me promets silencieusement d’être la dernière. Les doigts qui hésitent longtemps au dessus des plateaux d’argents, la faim est absente, mais l’envie est là. Main discrète qui vient effleurer mon dos dénudé, s’enroulant ensuite plus bas, contre ma hanche et je me retourne, verre de champagne à la main, canapé dans l’autre. « Addi, ma chérie, j’aimerais te présenter à mon collègue. » Le sourire que je tends à l’homme en question, tournant légèrement le visage pour venir saluer la femme qui l’accompagne. Et jamais je n’entendrai le fameux nom de ce collègue, l’esprit bien trop occupé à empêcher mes mains de s’ouvrir, à empêcher mon cœur de crier à l’injustice, à empêcher mes doigts de trembler pendant que mon estomac se retourne d’un bond sec.

Elle
est là.

Visage que je reconnais sans peine, des boucles brunes, gracieuses, un sourire à en tomber, une prestance naturelle, une robe venant embellir la moindre de ses formes. C’est elle, c’est bien elle. L’alliance devient menotte dorée à l’annulaire, la main si tendrement posée contre mon dos devient un fer incandescent qui marque ma peau d’une brûlure insupportable. Je ne comprends pas. Tant bien que mal, je reporte mon attention à ce cher collègue, le salue, l’écoute en silence présenter celle que je connais déjà si bien. Les dents viennent trouver l’intérieur de mes joues, et je ne peux que la fixer, lui servir un joli sourire et une main à serrer. Politesse des plus banales, et je ne bouge plus, reste là, accrochée au mari alors que le supplice s’éternise, alors que les hommes échangent sur l’hôpital comme si de rien n’était. Bien sûr que oui, il n’y a rien. Qui pourrait savoir, qui pourrait dire que se tient face à moi la femme pour qui pendant plusieurs mois j’ai déserté le lit marital. Situation que je ne comprends pas, questions qui saccagent mon esprit, les yeux plein de colère qui la fixe, jugement bien trop hâtif d’un cœur gardé dans l’ombre. Pourquoi est-elle présente ? Est-ce son travail, toujours, qui l’avait faite venir enchaînée à cette homme pour qu’il puisse se pavaner avec au bras un soleil ? Ou bien était-ce le point final d’un jeu d’apparence et de mensonge pour Lola, la dernière scène d’un film où l’on découvre que finalement, les deux cœurs appartiennent au même monde depuis le début ? Regard que je détourne, peur de venir me brûler les rétines, peur aussi, qu’elle y lise les doutes infondés d’un esprit troublé.

Et le mari me parle, et l’inconnu me parle aussi, et elle sourit, et je réponds, et monsieur parfait vient embrasser ma tempe lorsqu’il mentionne les enfants à son collègue. Nos enfants. Myocarde en peine, deux mondes qui viennent d’entrer en collision avec au centre mon être qui se noie. Nausée soudaine qui s’abat sur moi, fine pellicule de sueur que je sens se poser contre mon épiderme, impuissance totale face à la situation. Sourire que je maintiens malgré les doigts qui tremblent légèrement, les rires que je laisse s’échapper malgré la tension dans mes mâchoires, les apparences restent en place, une inconnue, bien sûr que c’est une inconnue, comment pourrais-je la connaître ? La conversation s’éternise, elle passe sur mon entreprise, sur les écoles de notre quartier, sur leur travail, sur les changements de personnels à l’hôpital, et c’est trop pour moi. Sensation de se faire engloutir par un compte à rebours géant, chaque claquement d’aiguille venant  représenter le moment où j’exploserai. Soupir discret que je relâche, le flûte vide que je repose sur la table du buffet, les doigts tremblant se retrouvent entre eux, espoir stupide que les lier masquera les sursauts nerveux. « Veuillez m’excuser. » Iris océans qui me regardent d’un sourcil relevé, la question silencieuse du « Tout va bien ? », un sourire à peine présent vient lui répondre et c’est à nouveau vers les toilettes que je me dirige. La pièce est vide cette fois-ci, l’eau que je fais couler dans le lavabo, phalanges accrochés au comptoir marbré. Le miroir me renvoie mon visage et quelqu’un pourrait penser que je viens d’apercevoir un fantôme. Me calmer, je dois me calmer. Mais comment ? Comment retrouver un semblant d’apparence alors que j’ai le sentiment que mon monde est en train de s’écrouler ? Et tout ceci à cause d’une paire d’iris chocolaté assorti à la tendresse d’un sourire de soleil. C’est une tornade de sentiments, de sensations emmêlés qui vient m’emporter, et c’est avec des mains tremblantes que je viens passer de l’eau sur mon visage, l’espoir fou qu’un miracle arriverait, que j’allais bientôt me réveiller en sursaut dans mes draps pour éteindre le réveil. Prière silencieuse que cette situation n’était qu’invention imaginaire de mon esprit endormi.
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