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▹ AGE : vingt-cinq ans à déambuler sans trop d'ambition, sans réelle volonté et sans aucune vocation.
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MA RENOMMÉE DE MERDE :

MessageSujet: all good (malony)   Mer 9 Mai - 4:31
all good
saul & malony

« I never learned from my mistakes Until I'm too late to do anything. A screen glows in a dark room, talk of a change that never came. so console me : just what to do and how to fix it ? »
Le bâtiment est décrépi, donnant l’impression d’être prêt à s’écrouler sur lui-même à la moindre secousse et il ne serait sans doute fréquenté par personne d’autres que des clodos désespérés si Malony et son groupe n’avaient pas décidé d’en rénover l’une des salles délabrées pour en faire leur QG. Et, puisque Malony s’y rend souvent pour s’entraîner, Saul s’y trouve toujours aussi, les mains généralement chargées des packs de bières qu’il s’empresse d’entasser tant bien que mal dans le minuscule frigo installé par commodité. Pas d’exception à la règle aujourd’hui, tandis qu’il débarque en plein milieu d’une répétition et hoche la tête en direction du groupe affairé sur la scène de fortune. De son pied, il referme la porte du frigo et va s’avachir dans l’un des deux canapés défoncés, muni d’une des bières qu’il a rapportées. Il fait comme chez lui, le môme, spectateur habituel et parasite sans aucune gêne. Décrochant un léger sourire en coin à l’ami qu’il est venu voir, il s’installe plus confortablement et avale une longue rasade amère en l’observant. La musique rugit et fait frémir les murs usés, mélodie qui emplit le crâne fatigué et chasse les doutes désillusionnés. Il sourit pas souvent, le comparse désabusé, mais quand il est en train de jouer, c’est tout son visage qui s’illumine, transformant les traits renfrognés pour le rendre étrangement avenant. Y’a quelque chose de fascinant, dans sa manière de se métamorphoser, quelque chose qui accroche le regard et qui l’empêche de s’en détourner. Sans doute qu’il l’envie un peu, Saul, qu’il jalouse la passion salvatrice, coincé dans sa propre routine : il a beau avoir essayé, lui-même n’avait aucun talent aucun don particulier, aucune envie de plus grand. Rien que le néant, à l’intérieur, l’ennui à éloigner, les journées passées à courir après la vie. Alors il se nourrit un peu de ce qu’il ne peut qu’effleurer, durant les longues minutes qu’il passe affalé, les jambes étirées dans le fauteuil et sa bouteille se vidant à vue d’œil.      

Le set se termine, puis le suivant, et les autres musiciens ramassent leurs affaires pour, enfin, se diriger vers la sortie après avoir échangé quelques mots et commencé à vider le frigo pourtant bien chargé, emportant avec eux leur butin. Ne restent plus qu’eux deux, à présent, contrairement à ces autres soirées où Saul avait fait figure de pièce rapportée au milieu des membres éméchés, d’incruste peu subtile alors qu’ils discutaient de termes techniques qui avaient tendance à l’emmerder profondément. C’est un soupir de soulagement, évidemment, qui s’échappe alors de ses lèvres pendant qu’il s’étire paresseusement. « Pas mal, » commente-t-il en finissant de tuer sa bière, se la jouant critique musicale tout en étant incapable de différencier une basse d’une guitare. Il bondit ensuite hors du trône foireux qu’il s'était tranquillement désigné, se dirigeant encore une fois vers le frigo en laissant sur la petite table installée le cadavre de la boisson qu’il vient de terminer. « J’t’en prends une ? » Sans attendre la réponse de son ami, il sort deux nouvelles bouteilles fraiches qu’il décapsule d’un coup de briquet.
(c) DΛNDELION


I thought I saw the devil

this morning
Looking in the mirror, drop of rum on my tongue

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MessageSujet: Re: all good (malony)   Mar 15 Mai - 0:35

La musique t'a toujours permis de t'en sortir, de survivre à la mort de ton frère, à la vie au foyer, à cette agression qui a marqué ta chair. T'aurais préféré mourir de faim plutôt que de devoir vendre ta guitare et c'est ce qui a bien failli t'arriver, à plusieurs reprises. Mais il n'y a que sur scène que tu te métamorphose. Tu passes dans un autre monde. Même les combats, ce parfait exutoire, n'ont pas cet effet sur toi. Avant tu irradiais littéralement devant la foule lors de vos concerts. Ton charme arrogant, presque insupportable, attirait les regards que tu fuies aujourd'hui. Comme s'ils pouvaient voir tes cicatrices à travers tes vêtements, exposant cette laideur nouvelle qui te ronge comme un poison. Mais quand tu joues, quand tu chantes, tu n'es plus vraiment le même. Tu redeviens presque celui que tu étais, sans cette aura magnétique qui faisait ton charme, sans cette assurance qui te poussait à croire que plus rien ne pouvait t’atteindre. Tes vieux démons sont revenus et tu sais à présent que tu ne pourras pas les fuir. Parce qu’ils finiront toujours par te rattraper. C’est pour ça que tu as besoin de te vider l’esprit en l’emplissant de musique. Et tu es si captivé par la mélodie que tu ne vois pas entrer Saul dans le squat qui vous sert de salle de répétition. Il est simplement apparu dans ton champs de vision - sans que tu ne saches réellement comment. Il te sourit, une bière à la main. Un de ses sourires en coin dont il a le secret. Tu sais qu’il est venu te voir. Après tout, c’est toi qui l’y a si souvent invité, qu’il a fini par se sentir chez lui. Ce n’est pas pour te déplaire, au contraire. Tu sais qu’après la répétition, il sera là pour finir la soirée avec toi et ça a un vieux goût familier. Celui dont on ne se lasse pas. Pourtant, les choses ont changé durant l’année qui vient de s’écouler. Et si avant, tu ne te gênais pas pour goûter à tout ce qu’il voulait bien t’offrir, à présent tu ne gardes que d’agréable souvenirs de ce corps que tu connaissais par cœur. Non pas qu’il n’ait pas essayé de revenir vers toi, de t’entrainer dans une luxure qui ne t’aurais pas déplu. Mais tu n’as pu te résoudre à le laisser voir ce corps déformé. Tu veux qu’il garde une belle image de toi, de vos ébats. Si tu lisais le dégoût sur son visage, comme tu as pu le voir dans le regard des autres, tu sais que tu ne le supporterais pas. De toute façon, il n’a cessé de s’éloigner depuis l’incident, alors tu sais que tu as eu raison de refuser de succomber à ses charmes avec la même facilité qu’autre fois. Peut-être a-t-il réalisé peu à peu que tu n’étais plus aussi désirable qu’autrefois.
La musique s’estompe progressivement. Tu n’as pas vu le temps défiler, tu n’aurais pas voulu que ça se termine. Mais déjà les autres membres du groupe quittent les lieux et la réalité reprend doucement ses droits. Tu te sens vide, même si tu ne laisses rien paraître, et instinctivement, ton regard se pose sur Saul. Il n’a pas bougé. Du moins, c’est l’impression qu’il donne, avachi sur l’un des vieux canapés. « Pas mal » Tu souris, amusé. Tu sais bien que ton ami ne connait pas grand-chose en musique. Et étrangement, ça ne t’a jamais dérangé, bien que tu te lies souvent d’amitié autour de ta passion. Mais Saul n’a jamais eu besoin de ça.
Alors que tu ranges ta guitare, il se lève, rejoignant le frigo pour une seconde tournée. « J’t’en prends une ? » Il n’attend pas ta réponse pour attraper deux bières et les décapsuler grâce à son briquet. « A ton avis ? » Sans attendre, tu t’affales lourdement sur le canapé. T’as l’impression de ne pas avoir dormi depuis des siècles. Parce que tu dors mal depuis si longtemps que ton corps est dans un état de survie permanent. Mais tu ne comptes pas te reposer. Tu aimes sentir ton corps légèrement endolori. Parce que dans ces moments-là, tu te sens vivant. Comme lorsque tu te bats et que tu encaisses les coups de tes adversaires. L’adrénaline te maintient conscient et te permet de continuer. C’est devenu une drogue, plus efficace que le sommeil. Puisque tu ne trouves plus le repos. « D’ailleurs, monsieur le grand critique musical... Pourquoi tu viens me rejoindre ici plutôt que dans un lieu plus confortable, si tu penses juste qu’on est ‘pas mal’ ? » C’est vrai que cet endroit ne paie pas de mine, au final. Son seul intérêt à tes yeux, c’est la musique qui vibre entre ses murs et les bons souvenirs qui y sont liés. Mais ce n’est pas le cas de Saul. Il pourrait te rejoindre chez toi ou dans un bar quelconque, voire même chez lui. Alors pourquoi est-ce qu’il vient si souvent ici en particulier ? Tu dois avouer que ce choix t’intrigue. Est-ce qu’il aime les squats miteux et les chauffages de fortune ? Ou est-ce que le côté un peu underground l’excite ? C’est peut-être ça son kink après tout. Cette idée t’amuses et tu souris bêtement, fier de ta connerie. « C’est ton truc les endroits miteux ? »


Such a beautiful lie to believe in   

   
BLACK PUMPKIN
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