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MessageSujet: Re: les souris dansent (Art)   Lun 2 Avr - 23:40
T’as peur. T’as peur que tout soit brisé, que t’es cassé un vase juste en le frôlant, que t’es tout ruiné, tout saccagé pour un putain d’inconnu sans visage. T’as peur. T’as peur qu’il t’en veuille, qu’il te dise dégage, qu’il ne veuille plus te voir, qu’il t’ignore au garage. T’as peur. D’avoir mis un terme à vous, vos retrouvailles nocturnes, vos promenades d’excuses et vos regards menteurs. Puis y’a son regard de colère, rempli d’une soudaine rancœur. Ce regard sur toi, toi minable, regard baissé, visage du petit garçon fautif, qu’à trop rêver de bonbons, qu’a tout mangé en pétant le sachet. Maintenant tu la vois. Cette ligne sur lequel vous vous côtoyez. Cette ligne que vous jugez d’amitié mais qui n’en est pas une. Clairement pas une. Au fond, tu le savais déjà par les regards que tu lui laissais, par ces interminables heures à se regarder pour se regarder, à faire semblant de se parler, de picoler, juste pour avoir l’excuse de tuer encore une heure ou deux, de partager même les draps, continuer de faire semblant le lendemain. Tu le savais par cette manie à toujours sourire en sa présence, à sentir le soleil, à oublier les autres quand c’était sur toi qu’il posait son putain de regard. Merde, qu’est-ce que t’as loupé Art ? A quel moment c’est devenu si ambigu ? A quel moment t’as oublié de fermer les portes, de verrouiller les coffres, de renforcer les murs ? A quel moment, tu n’as pas « oublié » mais plutôt « pas voulu » ? Tu le sais Art. Au fond tu le sais. Que vous n’êtes pas des amis, que t’as cessé de le voir comme un patron. Alors quoi ? Tu veux qu’il t’embrasse, là, sous les étoiles, sous la colère, sous une pulsion charnelle de vouloir tout envoyer en l’air ? Tu veux sentir son corps chaud contre le tien, à perdre ton souffle contre le sien ? Mais putain, réveille-toi. Réveille-toi idiot. C’est Al. Tu vas juste foncer dans un mur et te faire mal. Et c’est de sa faute, si t’arrives plus à construire une forteresse entre toi et lui, c’est de sa faute, si ses stupides songes prennent de l’ampleur face à tes mensonges. Parce qu’il aurait simplement pu te péter la gueule, te faire saigner. Il aurait pu te gueuler dessus, à tout envoyer balader, poings et colère visés sur toi et ta naïveté. Il aurait pu t’ignorer, te tourner le dos pour toujours, te dire j’y vais, pour ne plus jamais revenir, te confondre aux inconnus des rues, à te fermer la porte au nez quand tu voudras lui parler. Mais non. Il fait pas tout ça. Il fait pas son Al alors tu comprends pas. Il vient te tapoter la joue, tu crois même voir dans ses yeux une once de tendresse, ou de détresse, t’en sais rien, tu sens juste ses doigts contre ta peau, sa présence si prêt, tu crois sentir son souffle, tu crois qu’à la seconde suivante, il t’embrasse et contre toi s’essouffle. Mais putain Art ! C’est pas possible, tu rêves ! Tu divagues ! Pourquoi tu penses à tout ça ? Pourquoi tu le désires soudain ?

En fait. T’aurais préféré qu’il te casse la gueule.

Ça aurait été plus simple. Les choses auraient été claires, puis y’aurait plus eu de retour en arrière. Quand tu rentres dans cette fichue bagnole, t’as l’impression d’être seul. A sentir ça. A avoir la cervelle en vrille, en plein délire, t’as peut-être humait de l’héroïne tout à l’heure, t’as peut-être reçu un coup dans la poitrine. Un coup de vérité. Un coup d’amour voilée. T’as envie de te taper le crâne, qu’il roule vite pour venir percuter un mur, que tu te fracasses contre la voiture à t’en faire saigner le nez, à finir paralysé, à y laisser ta mémoire complètement bousillé. C’est ça Art. T’as jute le cerveau cassé, ça fonctionne plus comme il faut là-haut, les engrenages sont rouillés. Et puis t’as Al qui cherche à t’enfoncer, t’en sais rien, tu le détestes c’est tout, puis t’as envie de l’embrasser. « Nan du tout. J’aime bien », forcément. Ça pouvait pas être autrement. Tu restes con, paralysé différemment, ses mots qui se répètent, qu’impose un silence dans ta cervelle en plein bordel. J’aime bien.

J’aime bien.

Tu clignes des yeux, à observer son crâne, Al qui s’en fiche de ça, qui continue son trafic, puis c’est lorsque le moteur se charge de tuer le silence que toi, tu souris timidement. Ton cœur qui vient se rajouter au carnage. C’est la guerre sous ta peau, peau brûlante ou froide, t’en sais rien, t’as juste le cœur qui bat trop fort. Al s’installe, la voiture qui démarre, et tu regardes un instant la route avant d’encore le regarder, de capturer ses yeux pour une seconde ou deux, « tu m’emmènes où ? » que tu demandes doucement. « C’est un rencard ? » que t’as envie de lui demander, comme les autres fois, comme les prochaines fois. Ouais.

C’est un putain de rencard.


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MessageSujet: Re: les souris dansent (Art)   Jeu 5 Avr - 6:44
Il a ce pouvoir étrange de mettre le chaos dans tes émotions d’un simple regard ou mieux encore, d’un pauvre sourire à peine esquissé. Son regard sur toi comptait à tes yeux et sans que tu ne t’en rendes compte, le voir heureux t’était devenu vital. Depuis quand t’en préoccupais-tu ? Bordel, ça remontait à loin. Peut-être même depuis la première fois que tu l’avais vu. Oh tu n’en savais rien alors mais dès les premiers instants, il avait éveillé ta curiosité, ton intérêt. Tu avais certes une manière bien personnelle de le gérer, l’éduquant à la dure pour lui donner les armes de survies dans le Bronx, c’était bien là la preuve que dès les premiers instants, tu t’étais soucié de lui. Tu ignorais tout encore à l’époque, de la véritable nature de ses sentiments à son égard. Tu étais loin de te douter qu’ils dépasseraient de loin la simple curiosité ou même la sympathie ! Mais le pire dans l’histoire, c’est que tu assistais à ton propre naufrage sans même chercher à sauver ta peau, tu regardais la catastrophe arriver sans bouger, l’attendant presque comme une libération.
Et ce mot résonna à plusieurs reprises dans ta caboche, ricochant dans ton crâne comme un mot-clé insistant, un indice juste là, sous ton nez. Alors quoi ? ça y’est, t’avais fini par attraper l’homosexualité à force de traîner avec Lin, Jacek, Kyllien, Nathan…Badz ? Ils avaient fini par réussir à te contaminer ? Ce n’était pourtant pas sur les hommes que tu te retournais dans la rue, pas sur eux que tu te touchais devant un bon film de boules, pas non plus de ces corps-là que tu fantasmais. Pas eux. Juste lui.
« Tu as parfaitement le droit d’aimer les filles…et les garçons » c’est ce que t’avais dit Mau, lors de votre voyage à Créole. Le vieil homme avait-il su voir en toi plus loin que tu ne l’avais jamais fait ? Tu t’en étais pourtant farouchement défendu et pourtant, quand tu relevais le regard sur Art à tes côtés dans la voiture, à ne plus oser respirer, tu avais juste envie de te redresser sur ton siège et l’attirer à toi, une main sur sa nuque. Ce serait beau putain ! De juste oser te redresser, croiser son regard pour lui dire que tout allait bien, que tout irait bien maintenant parce que vous étiez là tous les deux et que t’étais dingue de lui. Qu’il pouvait te mettre à genoux tant qu’il voudrait, que ça ne te dérangerait pas parce que t’avais envie de lui, envie de goûter à sa peau et à la saveur de ses lèvres. Embrasser ses lèvres charnues, faire danser vos langues et courir tes mains sur sa peau blafarde. Bordel, t’avais envie de juste le faire, d’enfer se faire foutre le monde entier parce que ce que tu ressentais pour lui, c’était beau. Ça allait au-delà d’un simple crush et tu en prenais pleinement conscience ce soir.

Tout pourrait arriver pour peu que tu oses…et pourtant, en te redressant sur ton siège, le visage tourné vers lui…tu ne fis rien de tout ça. Quelle déception que d’ainsi manquer de courage ! Il te manquait pourtant peu de choses pour changer ton monde ! Un peu qui était déjà beaucoup pour toi. Alors avec cette désinvolture feinte, tu fis ce que tu savais faire de mieux : porter ta clope aux lèvres, laissant tes fantasmes partir en fumée à mesure que tu t’encrassais les poumons, vous enfumant dans la bagnole.
Ouvrant la fenêtre pour en faire le deuil, tu cendrais le bout de la cigarette à l’extérieur avant de poser une main sur le volant, prêt à enclencher la première. « Si tu pouvais aller n’importe où ce soir, t’irais où ? Evite l’Australie par contre parce que j’sais pas encore voler de bateau » annonçais-tu, le dos bien collé au siège, le crâne contre le repose-tête, un sourire flanqué aux lèvres. Ce n’était pourtant qu’un détail, pour lui tu voulais bien apprendre. Pour faire durer éternellement cette soirée, t’étais prêt à y aller à la nage s’il le fallait.


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MessageSujet: Re: les souris dansent (Art)   Ven 6 Avr - 21:55
La fumée dans tes poumons, tu ne dis rien quand cette clope atteint ses lèvres, tes yeux qui suivent le baiser cancéreux, tes dents qui mordent un peu les tiennes. Comme pour toujours échapper aux pensées trop vraies, tu tournes le regard vers l’ailleurs, ouvrant ta fenêtre pour respirer un peu l’air frais du soir. Puis de toute façon, tu as certainement les poumons déjà noirs. A force de trainer avec ses prétendants, tu la fumes aussi la cigarette, assimilant son odeur aux horreurs autant qu’aux amours. Tout semble calme à nouveau, vous dans votre normalité retrouvée. Celle où il fume, et toi à ses côtés. Pour l’écouter souvent. Pour le regarder tout le temps. Tu fais que ça. L'observer. Lui trouver quelques traits singuliers, sourire lorsque les mêmes expressions apparaissent et que tu reconnais, quand tu vois ses lèvres étiraient, son regard d’idiot malicieux, de voyou courageux. Puis putain ce soir tu le trouves incroyablement beau, t’as peut-être les yeux un peu troublés, à moins que ce soit ta cervelle qui se laisse aller. T’aimes cette attitude qui lui colle à la peau, ces airs de mauvais garçon que t’aimes un peu trop. Le regard qui prévoit mille un une conneries, qui se voit déjà faire des étincelles dans la nuit pour briller un peu, que le monde sache encore et encore qu’il existe et qu’il n’est pas comme eux. A voler des bagnoles, et toi à vouloir couler avec lui, gouter à cette adrénaline de canaille. Ce sourire de bâtard aux airs angéliques qu’apparait après les conneries alors t’en dis pleins. Pour vu que tu le vois encore sur ses lèvres. Chaque soir et chaque matin. Avoue-le Art. Ça te fait fantasmer.  A la différence de lui sûrement, tu n’as aucun mal à imaginer ses courbes masculines, à vouloir les voir, à vouloir les embrasser, tu repenses à ton erreur de tout à l’heure et t’as le corps embrasé. T’es une « pédale » après tout. Et Al t’as bien envie qu’il t’embrasse sur le coup.

Sa question te repose un peu sur terre, tu prends un peu d’air, et en te raclant la gorge tu réfléchis à une réponse, t’en a pleins qui te viennent mais aucune que tu ne peux dire vraiment. J’aimerais bien aller n’importe où sur cette terre, au Japon ou en Angleterre, t’en que t’es là, ça me va. Ou alors ce soir, j’aimerais simplement entendre le moteur de la voiture, ses roues sur la route, à simplement voyager sur l’autoroute, et juste nous deux. Moi qui t’embrasserait à l’arrêt d’un feu. Ou aller à Manhattan, courir sur l’un des ports, regarder la mer, l’océan, celui que je n’ai jamais vu, te dire que c’est beau en pensant à toi. Ça serait romantique. Sa bêtise te fais sourire, tu tournes la tête vers lui, la cervelle en plein rêve. Tu divagues beaucoup trop ce soir, ils sont où tes filtres ? T’as dû les laisser sur le parking. Dommage. « Mince, c’est là-bas que je voulais aller, je pensais que tu étais un super voleur moi ! », parodie de super héros, tu joues le déçu, à faire la moue, haussant les épaules comme obligé de se résoudre, « mmmh, Manhattan alors ? Je ne l’ai jamais vu de nuit », je ne l’ai jamais vu tout court. « Juste roule on verra bien où l'on s’arrête », peut-être jamais, pour qu’on parte trop loin, pour qu’on mette trop de temps à revenir, que la soirée peine à se finir.

C’est dingue. Cette envie de vouloir juste être avec toi.


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MessageSujet: Re: les souris dansent (Art)   Mer 25 Avr - 23:57

Etait-ce le doux ronronnement du moteur sous tes pieds ou Art qui avait cet effet apaisant sur toi ? Sans doute un peu des deux. Tu te sentais étrangement libre maintenant que le trouble s’était dissipé, comme un adulte revenu sur ses lieux d’enfance. Tu ne te souvenais même plus de la dernière fois que tu avais fait ça, piquer une bagnole pour le seul plaisir de faire une balade dans la nuit, sans te soucier d’un itinéraire ou d’un horaire précis. Juste rouler dans la nuit et laisser le feeling guider tes gestes. Quel incroyable sentiment de liberté ! Mily n’avait jamais compris l’intérêt que tu pouvais y trouver, ne voyant que le mal dans l’histoire. Ce n’était pas déconnant, après tout, il y avait bien quelqu’un qui se faisait baiser dans l’histoire mais tant que ce n’était pas toi, ça t’était bien égal ! Qu’Art soit à l’origine de l’idée ne te déplaisait pas. Aux premiers abords, Art était plutôt chiant à toujours marcher du bon côté de la ligne et ne jamais réellement dire ce qu’il pensait, préférant se ranger derrière l’avis des autres…mais ça c’était avant que ce dernier se sente suffisamment à l’aise pour se révéler à toi. Plus tu apprenais à le connaître, plus il te surprenait et tu aimais découvrir l’Art plein d’humour et de subtilité, tel qu’il était désormais. Alors si Art voulait faire un tour en voiture volée, tu ferais en sorte qu’il l’ait, son tour ! C’était con mais t’avais l’impression de ne rien savoir lui refuser de toute manière. En réalité, tu n’y songeais même pas.
Baissant la vitre avec la manivelle, tu sortis la main à l’air libre pour cendrer le bout de ta clope avant de tourner le visage vers lui, attendant qu’il t’indique quelle direction prendre. Et tu profitais de ses réflexions pour le parcourir du regard, caressant de loin la forme de ses lèvres à défaut de pouvoir en avoir davantage. Croisant finalement son regard, tu ricanais doucement en te détournant, tirant une taffe sur ta clope, lui adressant un sourire entendu alors qu’il rouspétait pour la forme. « Oué bah hein, tu m’excuseras ! » souris-tu avant de rouler des yeux dans tes orbites alors qu’il te suggérait Manhattan. Il était sérieux là ? « Mec, je te pique une voiture et toi tu veux m’envoyer direct dans les bouchons au beau milieu du centre ville ? Autant qu’on y va à pieds ! » fis-tu remarquer d’un petit rire, tourné vers lui avant de hocher négativement de la tête. « Une autre fois, okay ? J’ai bien envie d’aller jusqu’à la plage moi en fait, c’est posé ! » suggérais-tu en hausse des sourcils d’un air interrogateur attendant sa réponse avant de laisser la voiture démarrer, marquant le début d’une belle nuit. « Regarde voir dans la boîte à gant ce qu’il y a dedans ? »


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MessageSujet: Re: les souris dansent (Art)   Lun 30 Avr - 0:13
Le sentiment de liberté que tu prends à la gueule de plein fouet, ça te fait vibrer, t’es presque surexcité, à vouloir même casser le toit de ferraille pour embrasser le vent rapide d’une course sur la route, les mains voulant attraper l’air, le rire qui se mélangerait aux klaxons, l’adrénaline effrénée dans le cœur. L’interdit donne à ton corps une nouvelle jeunesse, l’impression de redevenir le gamin vengeur et rebelle, qui se débattrait aux moindres menottes montrées. Tu ne peux t’empêcher de sourire. Et de rire. Ta langue qui passe sur tes lèvres avant que tes dents les emprisonnent, tes yeux bloqués sur lui. Tu penses plus à rien. T’as tout oublié, les erreurs passées, les années violées. T’oublies le mal qui ronge ton corps, la malchance du gamin qu’a fait éclater ton cœur, t’as la cervelle étrangement apaisée dans ce moment condamnable et les sirènes pourraient retentir à tout instant, la police pourrait venir détruire votre moment, mais tu ne penses pas à elle, au danger que tu frôles, y’a Al à tes côtés, et de quelques pensées irrésistibles, tu te sens invincible. C’est certainement sa faute. A t’entrainer dans ses travers, sa vie de canaille, son ordinaire du Bronx, c’est peut-être sa faute si t’es persuadé qu’avec lui, on ne te rattrapera jamais, qu’entre vos yeux bleus y’a une promesse qui se grave dans vos rétines, qui remplace les promesses de petits doigts. C’est peut-être sa faute, si t’as trop besoin de lui ce soir, que tu lui donnes le volant et que t’oublies de mettre la ceinture, que tu rêves trop, à te voir déjà voyager le monde à bord de cette voiture, volée comme cette liberté qu’on t’a ôté trop jeune, trop longtemps. C’est peut-être sa faute, si t’arrives plus à lui résister. Tu poses genoux à terre, cette nuit tu veux remplir ton cœur de mille et une espérances, et ta cervelle de rêves bleues.
Tu divagues trop. Manhattan que tu proposes, innocent, sans penser au monde autour, que peut-être vous n’êtes pas seuls sur terre, et que d’autres vivent encore la nuit, comme vous, que d’autres on peut-être eu la même idée, de voyager sur les routes comme en plein été. Et Al te ramène vite sur terre, il faut bien qu’il y en ait un de vous qui garde les pieds cloués au sol. Il se moque et toi, tu passes pour un idiot. C’est vrai tu n’y avais pas pensé à ces bouchons, et les feux rouges. T’as imaginé tout un scénario en l’espace d’une seconde, tu te voyais déjà au milieu d’un pont, la voiture arrêtée en plein milieu d'la route, vous deux qui regardent l’eau s’agiter, en rapprochant timidement vos épaules, puis toi t’aurais tourné la tête vers lui, puis lui vers toi par mégarde, synchronisation incontrôlée. Puis vos visages auraient été trop prêt pour l’ignorer alors vous auriez été contraint de vous embrasser. D’adorer. De recommencer.
Redescends Art. Tu pars beaucoup trop loin dans tes songes, ce sont toutes tes histoires de roman à la con qui t’embrument la vision. T’as juste le temps de cligner des yeux et de te reconcentrer sur la route, avant que t’entende Al parler d’une plage, et qu’il promette de t’y emmener. Une plage… Putain. Comment peux-tu contrôler tes pensées si même lui s’y met ? Y’a rien de plus romantique qu’un flirt au milieu du sable. Et tu sens ton cœur se réchauffer. Tu veux que ce soit un rencard. Tu veux vraiment que ça en soit un. Depuis le temps que vous en parlez. « Tu vas te baigner ? » putain t’es con. Dans tes égarements, t’as pourtant pas perdu le nord de vue. T’as bien envie qu’il se mouille, les vêtements collés pourquoi pas. Puis t’as bien envie de l’observer avec le visage trempé, avec son sourire illuminé par les étoiles et tes yeux briller d’une lueur de désir que tu feindrais d’ignorer. Art, Art, Art… Qu’est-ce qui t’arrive ce soir ? On te perd.
« Euh oui ! » que tu dis, clairement plus concentrer sur la réalité alors que tu te penches vers la boite à gant pour la fouiller. Des choses inutiles, puis une paire de lunette. Le pauvre propriétaire… dépenser une fortune pour un objet qu’il ne reverra peut-être plus jamais. Tu souris avant de les placer sur ton nez, jouant la belle alors qu’elles te bouffent le visage. Tu tournes la tête vers Al que tu entends déjà se moquer, « ce rire pue la jalousie » que tu dis d’un ton prétentieux, baissant les verres foncés sur l’arête de ton nez pour que tu puisses le regarder avant de venir observer l’extérieur soudainement beaucoup trop sombre pour que tu y vois autre chose que la lumière des lampadaires qui défilent. « ça fait longtemps que tu habites ici ? » que tu demandes, à l’aise. Tu le connais pas Al.
T’as cruellement envie de le connaître par cœur ce soir. Et les lendemains qui suivront.


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MessageSujet: Re: les souris dansent (Art)   Ven 11 Mai - 1:22
Tu aimais ça, conduire dans la nuit sans te soucier de rien, sans objectif ni itinéraire. C’était le cas ce soir, tu ne savais pas bien où tu allais et ça t’étais bien égal du moment que vous y alliez tous les deux. Tu ne songeais pas un seul instant aux risques que vous courriez au bord de cette voiture, tu te souciais peu de savoir à qui elle manquera ce soir ou demain matin. Tu étais comme ça après tout, un voyou égoïste, difficile de perdre ses mauvaises habitudes, tu pensais à faire plaisir à Art, le reste ne te passa même pas par la tête en réalité. Tu t’étais pourtant déjà fait prendre comme ça, tu avais volé une belle voiture ancienne pour Leo, pour l’épater. A croire que l’histoire se répétait et surtout, que tu n’avais rien appris de l’histoire.
Mais tu la refaisais avec plaisir en plus, la connerie. Parce qu’il te l’avait demandé et que tu ne savais pas lui refuser grand-chose visiblement. Il ne s’en rendait pas encore compte mais toi oui, tu avais déjà compris que tu lui mangeais littéralement dans la main. Comment il s’y était pris ? Tu n’en avais pas la moindre foutue idée mais s’il t’avait demandé de sauter du pont, il y avait fort à parier que tu l’aurais fait, débile comme tu l’étais…Il y avait peu de monde à pouvoir se vanter d’être parvenu à t’apprivoiser mais lui, il y parvenait. Définitivement.  Même si tu grognais encore pour la forme, pour le prévenir que ce ne serait pas aussi facile. Evidemment que si, ça l’était. Il n’avait qu’à se pencher sur toi pour vérifier. T’en oubliais presque de te détester d’être aussi faible, de ressentir toutes ces émotions qui faisaient tomber une à unes tes appréhensions les plus profondes tels des dominos.
Enfin, tu voulais bien qu’il te mène à la baguette mais tu restais lucide : pas question de retourner en ville à bord d’une bagnole volée ! Non seulement tu n’avais aucune envie de t’engager sur les routes surpeuplées mais surtout, tu avais envie de profiter de cette liberté retrouvée pour t’éloigner de la grande dévoreuse qu’était New-York et ses démons. Ce soir, tu avais juste envie d’entrer dans une bulle connue de vous seuls, loin de tout, loin de la réalité. La plage. La plage ce serait bien même si elle n’égalerait pas celle de Créole. T’avais bien envie d’entendre le clapotement des vagues et sentir la fumée chassée de tes poumons par l’air iodé.
Sa question innocente eut au moins le mérite de te faire redevenir sur terre et rire doucement. Te baigner ? Vu les températures, c’était un coup à finir malade. OK, tu avais fanfaronné en disant que tu ne tombais jamais malade mais ce n’était pas une raison pour tenter le diable. « Nan ça caille trop ! » déclinais-tu, loin de te douter des fantasmes nés dans son imagination. Dommage pour lui.
Puis par curiosité, tu lui demandais de regarder dans la boîte à gants, parfois on y trouvait de drôles de surprises et tu avais bien envie de savoir. Cela te permis au moins de prendre la bonne sortie et t’approcher de la voie rapide qui vous mènerait loin du cœur du Bronx, ce serait mieux. Quand tu relevais le nez, tu ne pus t’empêcher de rire à la vue d’Art avec ces grandes lunettes digne d’une Paris Hilton. « Oué carrément tu me les prêteras hein ? » ris-tu, laissant un sourire flanqué sur tes lèvres alors que tu te mordillais l’ongle du pouce, plus à l’aise maintenant que la voiture pouvait rouler librement sur les lignes droites. Sa question, soudain bien plus incisive que toutes les autres, eut de quoi te surprendre et tu jetais même un coup d’œil sur lui, étonné de sa part. Art, il n’y avait pas plus secret que lui, il ne questionnait jamais personne, pas plus qu’il ne parlait de lui d’ailleurs. « J’suis né dans l’Bronx mais dans un autre coin que le Parking, pas loin d’Harlem. Mais ça va faire trois ans que j’suis dans le coin, un truc comme ça… » expliquais-tu en fronçant des sourcils, essayant de te souvenir du moment exact où tu t’étais installé. « Et toi, tu viens d’où finalement ? C’était quoi ta vie avant de te faire ramasser par Dei ? »


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MessageSujet: Re: les souris dansent (Art)   Lun 28 Mai - 0:44
Cette nuit est l’une des plus belles de ta vie.

Tu le sais à ce moment précis. T’as l’impression que ta peau rajeunie, que les erreurs et les horreurs s’effacent, qu’elles partent loin, bien loin de toi. Tu as les yeux sur cette route éclairée de quelques lampadaires, les phares de cette voiture volée, et les traits blancs qui défilent sur ce chemin de liberté. L’impression de découvrir cette ville et ses quartiers, que t’as tout loupé, son charme aux nuits pas éclairées d’étoiles, mais ses trottoirs vides, et cette bagnole qui roule. Vers une plage, vers un bout du monde, celui qui vous appartiendra cette nuit-là. Un souvenir en plus et le sentiment de faire un pas vers un quelque chose qui semble si beau de loin. Tu as l’impression que si tu tournes la tête vers l’arrière tu verras les murs vieillis de l’orphelinat, les fenêtres éclairées, la silhouette d’une directrice déjà inquiétée. Tu te revois, comme si ça ne datait que d’hier, tu te revois à courir, à marcher dans la ville proche d’un chez toi qui n’était pas à toi, tu te revois libre comme l’air, à la vue de tous les dangers sur terre mais l’esprit invincible, le cœur naïf, droguée de cette adrénaline, droguée de tes conneries de gamin orphelin, de gamin qui n’avait plus rien. Juste cette adrénaline pour t’arracher un sourire. Juste la ville entière à découvrir. Tu te revois, comme si ce n’était qu’hier. Mais sans être seul. Avec Al qui serait là. Et tu te demandes, qu’est-ce qu’il en penserait de ça ? De ce gamin que tu as été, qu’on a égorgé pour ne plus l’entendre crier, lutter. De ce gamin infatigable, épuisant, qui n’a voulu de personne. Qui voulait une maman. Qui voulait un papa. Mais pas tous ceux-là. Ce gamin capricieux, incompréhensible, qui semblait froid comme l'hiver avec ce sourire chaleureux. Certainement qu’il ne te croirait pas. « Quoi ? Toi ? Fuguer ? Genre tu te faisais virer de cours ? Pff, j’te crois pas ! T'es trop sage pour ça ! », tu souris en l’imaginant. Oui certainement qu’il ne te croirait pas.

Tu as l’esprit ailleurs, et pourtant le cœur qui semble bien attaché à cette foutue voiture, à venir roder autour du conducteur. Tu poses une question, complètement à l’ouest, tu l’imagines déjà se baigner devant toi, sortir de l’eau le torse trempée, et toute la liberté de le mater. Lui ou un autre, c’était la même chose, non ? Enfin. Tu le trouvais particulièrement beau ce soir. Sauf que tu n’es pas censé penser ça. Et Al te fout gentiment une claque. Oui, il fait froid. Bien sûr qu’il fait froid en plein mois de février. Putain à quoi tu pensais ? « Ah bah oui… Je suis bête », tu accompagnes son rire du tiens, un peu gêné d’être parfois si… ailleurs. Vraiment con. Et si tu voulais paraitre comme l'homme parfait, c'est clairement raté. Et puis partant à la chasse au trésor, tu t’amuses à frimer avec tes lunettes, le regardant d’en haut, « mmh, je ne sais pas… Je ne suis pas du genre à partager », les lunettes par contre oui ! De toute façon ce ne sont pas les tiennes. Mais Al non plus n’est le tien. Attends, quoi ? Tu te racles la gorge, les yeux sur la vitre alors que tu viens t’amuser avec la buée, soufflant sur le verre, pour écrire quelque chose qui s'efface bien vite. A & A. Et pendant ce temps, tu penses simplement qu’Al est occupé sur la route et sur les mots qu’il te formule. Et sans vraiment te retourner vers lui, tu souris. Tu souris juste parce que tu en sais un peu plus sur lui. Sauf que ce que tu n’avais pas prévu, c’est qu’il s’intéresse à toi. Merde. « Ma vie avant Dei ? Euh… », tu réfléchis, haussant les épaules. Quelle mensonge tu vas bien pouvoir lui sortir ? « Rien de bien fou euh… », t’essaies de gagner quelques secondes. « J’ai fugué », j’ai fui Alwin, c’était ça ou je mourrais dans l’année, « de mon orphelinat je veux dire »… aussi. Tu te tournes vers lui, te mordant la lèvre, l’envie de te confier est bien là. Mais tu bloques. Y’a tellement de choses qu’il ne faut pas dire. Qu’il ne faut surtout pas dire. « Je n’avais personne qui m’attendait quelque part alors… J’ai simplement été chanceux… Sur ce coup-là en tout cas », tu veux arrêter cette discussion. Tu reprends ton sourire que tu as laissé contre la vitre, et puis tu viens poser ta main sur le volant pour déséquilibré sa conduite avant de ricaner à sa perte de contrôle, « comme tu flippes ! »… Mais tu n’as pas l’envie de rire. Y’a tous ces souvenirs qui reviennent à la surface.


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MessageSujet: Re: les souris dansent (Art)   Sam 2 Juin - 12:20
Tu avais toujours adoré ce sentiment grisant quand tu conduisais une voiture qui ne t’appartenait ni hier ni demain mais qui était toute tienne ce soir. C’était ces moment-là où tu avais l’impression que tout était possible et que rien ne te résistait. C’était présomptueux mais qu’est-ce que t’en avais à cirer ? Franchement, à bord de cette bagnole, tu te sentais comme le maître du monde. Et c’était mieux encore parce que tu n’étais pas seul et qu’Art l’avait voulue aussi, cette balade nocturne au doux son d’un moteur bien huilé. S’il t’avait demandé la lune, tu serais peut-être allé voler une échelle pour essayer de la lui décrocher. C’était comme ça, il te rendait débile mais peut-être qu’au fond, tu aimais ça. C’était sans doute inconscient, mais tu réalisais le moindre de ses désirs sans moufter, heureux de voir qu’avec toi, il osait enfin se dévoiler. Parce qu’il était bien loin désormais le garçon timide et renfermé, tu t’en rendais compte ce soir alors que tu l’avais repoussé. En l’espace d’une micro-seconde, tu avais reculé de vingt pas pour revenir à vos premiers instants, quand il refusait de regarder autre chose que ses pieds et qu’il n’osait jamais rien exprimer si ce n’est des comme-tu-veux ou des je-sais-pas. Combien de fois avais-tu eu envie de le secouer ? D’autres s’en étaient chargés, Donald par exemple. Toi aussi à ta manière en te montrant si peu amical, tu lui avais rendue la plus difficile même si tes intentions n’étaient pas aussi mauvaises qu’elles n’y paraissaient. Il en avait fait du chemin ! Tu t’en voudrais trop s’il revenait en arrière…
Heureusement pour vous, la tension s’était envolée à mesure que vous avaliez les kilomètres et que les immeubles gris se faisaient plus petits dans votre dos. Bye Bye Bronx, on va vers un monde meilleur. J’sais pas c’est où mais on y va ensemble, songeais-tu avec un petit rire intérieur, jetant de brefs coups d’œil sur ton complice du soir. Il était beau Art, la tête contre la vitre à se laisser émerveiller de rien, du paysage qui défilait. Parfois, tu avais l’impression de voir un enfant dans le corps d’un adulte tandis que d’autres fois, il était comme un vieillard, usé sans que tu ne saches par quoi. Tu ne savais pas bien ce qui te plaisait le plus en lui. Trop de facettes. Toutes sans doute. « Ah ouais ? Et si je te les vole tu vas faire quoi hein ? » souris-tu avec ce petit air de voyou qui te collait si bien à la peau. Comme s’il allait se risquer à essayer de les récupérer. D’ailleurs, il ferait comment tiens ?
Puis comme l’ambiance s’y prêtait, pour la première fois, Art se risqua à te poser des questions, sur toi. De celles que l’on ne posait que rarement dans le Bronx, parce que nous avions tous une sale histoire. Tu lui retournais la question mais un truc ne collait pas, pourquoi mettait-il tant de temps à répondre ? Tu tournais un peu le regard sur lui, comme pour le sonder d’un simple coup d’œil. Tu fronçais d’ailleurs des sourcils. « Fugué de l’orphelinat ? Mais t’as quel âge ? » On ne restait pas à l’orphelinat passé la majorité, déjà parce que personne ne voulait y rester et ensuite, l’administration ne tenait pas non plus à s’emmerder avec des adultes. « Après ça t’as juste été à la rue ? » insistais-tu, essayant de reconstituer son histoire alors que tu peinais à lui tirer les vers du nez.
Sauf que sans crier gare, il vint mettre un coup de volant faisait virer la voiture mais bien heureusement, pas assez pour vous prendre la glissière ou rentrer dans une autre voiture. Tu fis d’ailleurs les gros yeux en le regardant. « Hey j’ai signé pour une balade en bagnole, pas pour crever dedans oh ! » Ouais bon, t’abusais, ce n’était pas comme si la manœuvre était si terrible mais pour te venger, tu lâchais le volant d’une main pour aller lui pincer la hanche de ta main libre. « Tiens prends ça ! » ris-tu alors qu’il se tordait pour t’échapper.
Et quand le calme fut revenu, tu te grandis sur ton siège pour tirer ton paquet de clopes de ta poche avant d’en coincer une entre tes lèvres, reprenant la parole. « On dirait qu’ici dans le Bronx, on a tous eu une belle vie de merde. J’ai été dans des foyers d’accueil et des trucs comme ça, c’était la merde. J’comprends que t’ais fugué » Puis il était beau, sans doute qu’il avait vécu les mêmes saloperies que toi là-bas.


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