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LYARESTE » A dream you once were.

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les locatairesles potins


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› Âge : Trente-sept douilles échouées, éparpillées à terre.
› Appart : #1513/15ème, seul dans un grand appartement bien vide à présent. Et trop silencieux.
› Occupation : Officiellement, professeur particulier de langues (Suédois, Russe et Gaélique Irlandais). Officieusement, infiltré dans un grand réseau de proxénétisme pour lequel il est un informateur. En réalité ? Agent du FBI sous couverture, anciennement policier dans les moeurs puis la criminelle de L.A. après avoir été sniper au sein de la US Army.
› DC : Le guitariste Islandais au coeur arraché (Àsgeir Aylen), l'Irlandais aux poings écorchés (Aisling Ó Luain) & la catin aux couleurs mensongères (Aaliya Abelson).
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Message(#) Sujet: LYARESTE » A dream you once were. Sam 1 Avr - 15:38



La détonation perça l’air, étouffée par le casque de protection.
Ses mains emprisonnant fermement la crosse de l’arme frémirent sous le recul léger mais familier, rétablissant l’équilibre de son prochain tir alors que la douille s’échouait au sol, cadavre de métal agonisant. Lèvres pincées, Lyam pressa à nouveau la détente, vidant son esprit dans la concentration à laquelle il se soumettait avec application, s’y jetant à corps perdu. Calme, si calme. Annihilant la colère brûlante et la frustration amère dans chaque balle qui fendait la distance le séparant de sa cible pour la transpercer, y repoussant peu à peu le chaos infernal de ses pensées mutilées par une douleur qui creusait bien trop profondément dans sa poitrine. Comme une mécanique bien huilée qui exigeait une attention ne souffrant d’aucune trahison, qui l’immergeait dans les eaux glacées, paralysantes, d’un apaisement pourtant éphémère. Comme si chaque trou dessiné sur le papier par sa propre volonté, par choix, était comme une poigne de plus en plus affirmée sur le contrôle qu’il exerçait si impitoyablement sur lui-même. Comme si chaque déchirure sanguinolente sur la surface imparfaite était une cicatrice fraîchement infligée de moins sur son cœur.
Comme si son avenir n’était pas brusquement devenu un chemin s’insinuant entre des ronces, englouti par la brume des incertitudes et l’obscurité de suie des erreurs qu’il avait commises.
Le chargeur glissa contre sa paume, s’y logea comme si elle l’avait toujours accueilli contre elle, amante docile et consensuelle.
Comme si des années entières d’un travail acharné et minutieux, qui avait impliqué un nombre important de ressources et d’effectifs, ne s’étaient pas effondrées moins de quarante-huit heures plus tôt.
Les balles s’enfilèrent comme les perles d’un collier meurtrier sous ses gestes précis, habitués.
Comme si l’importance de chaque seconde échappant à la course du temps, engrenage terrible et inébranlable, se noyait dans l’indifférence alors que chacune était une chance de plus offerte aux têtes du réseau pour organiser leur disparition.
L’arme gémit, à nouveau prête à cracher la mort.
Comme si la trahison n’avait pas fait de son cœur un charnier tout juste frémissant de vie.
Et il tira. Encore. Et encore. Et encore.
Comme s’il n’y avait pas, là dehors, des centaines de vies en danger par sa faute seule.


« Madame-
-Whitaker, dehors. »
Les prunelles claires, incisives, de sa partenaire s’embrasèrent d’impuissance et de frustration mêlées, mais serrant les dents, elle abdiqua à l’ordre direct de leur supérieure, lui offrant un regard profondément désolé avant de refermer la porte. L’enfermant avec celle qui tenait entre ses mains ce qui constituait pour lui la suite des opérations.
Lyam ne se faisait pas d’illusions –il n’aurait que ce qu’il méritait, à ses yeux comme à ceux de sa hiérarchie. Qu’importe à quel point il brûlait d’aider ses collègues à gérer les conséquences de ses faux pas en leur procurant ce qu’ils ne pourraient lire dans les rapports et les dossiers montés avec soin –son expérience du terrain, de l’humain derrière les visages du réseau. Qu’importe à quel point il se consumait sous le besoin viscéral de colmater des fissures que ses erreurs avaient entaillé dans les fondations à présent branlantes, vacillantes, de ce qui représentait une affaire colossale pour le Bureau –parce qu’il y avait tellement plus que quelques importantes arrestations en jeu, mais bien des vies, des êtres de chair et de sentiments, des victimes prises dans l’engrenage destructeur d’un monstre sans apparence mais à la poigne aussi suffocante que cruelle sur leurs existences. Qu’importe qu’il soit un atout en ces instants de crise –parce qu’avant cela, il était devenu une faille, une gêne, un fardeau. Qu’importe les tonnes d’arguments parés des armes si fracassantes qui dictaient que sa place se trouvait dans l’autre pièce, dans laquelle toute l’action se jouait, les ordres fusaient –car il y en avait au moins autant pour l’assujettir à l’inaction complète. Il avait failli à son devoir –et il allait payer pour cela.
De son badge. La seule chose qui aurait pu encore lui permettre d’être d’un quelconque usage. Mise à pieds pour une durée indéterminée en attente de son jugement, ou remerciements purs et simples, pour faute professionnelle ; il en était profondément conscient. Il savait ce qui l’attendait à la fin de ce rapide entretien. Il le savait, il le méritait ; mais rien n’aurait pu le préparer au regard de profonde et amère déception assassinant ses traits graves sculptés dans le marbre du professionnalisme, au ton froid et incisif qui souligna les faits (ses fautes), écartant un peu plus les bords de plaies déjà béantes pour y jeter un peu plus de sel, à la paume qui se tendit en sa direction, exigeante.
Peut-être avait-il espéré un peu de compassion, même s’il ne s’en pensait pas digne –ce n’était pas le rôle d’un supérieur hiérarchique, mais d’un ami, et ces accusations franches et tranchantes, infligées comme autant de coups de matraque à son estomac, n’étaient que justice. Tu n’es qu’humain, Lyam. Il entendait encore la voix de Lucy le priait de croire en ses mots. Tous auraient pu commettre l’erreur de placer une confiance inébranlable en un informateur après tant de temps passé sur le terrain, dans de telles conditions de pression constante et de danger avéré. Il crocheta  l’attache du holster qui ceignait sa hanche, empoigna la crosse de son arme de service. Evoluer dans ce milieu, sous couverture, durant des années, avec pour seule attache concrète un autre que soi, cela rapproche, c’est naturel. Le tissu émit une plainte légère, comme regrettant déjà le contact du métal froid, lorsqu’il libéra le Glock de sa protection. Tu ne peux pas te blâmer pour t’être attaché à lui, pour lui avoir fait confiance –qui pourrait prétendre être arrivé jusque-là entier, physiquement et moralement, sans avoir eu un contact un peu plus humain au cours d’une opération aussi longue ? Il tendit l’arme à feu, canon vers le bas, crosse à l’intention de sa supérieure. Mais tous n’auraient pas laissé leurs sentiments irraisonnés et encombrants aveugler un peu trop franchement leur jugement, enrailler les engrenages d’une vigilance qui se devait constante, même si cela usait, même si c’était épuisant, éreintant sur le long terme. Puis il se saisit de son badge, le cœur au bord des lèvres qui pourtant ne frémirent pas un mot, prison de chair âcre et douloureuse –qu’aurait-il pu dire pour sa défense, quand il se savait en tort, en dépit du fait qu’il aurait tellement voulu pouvoir aider, et qu’il ne trouvait plus les mots pour exprimer à quel point il était désolé (quelle importance de toute façon, maintenant que les dés étaient jetés) ?
Tous n’auraient pas accordé leur confiance pleine et entière, cédant aux suppliques d’un cœur trop faible pour résister aux murmures lancinants d’un attachement un peu trop profond –et définitivement dangereux, interdit, condamné par les règles, le bon sens- pour un informateur clé.
Et il abandonna son insigne.


Il vaudrait mieux que vous vous teniez à l’écart de l’enquête pour ne pas interférer avec son bon déroulement. Cela faisait soixante-douze heures à présent. Soixante-douze heures qu’il avait senti la lame perfide et vicieuse de la trahison s’enfoncer entre ses côtes, soixante-douze heures qu’il avait déclenché l’alerte auprès du Bureau pour mettre leur plan d’arrestations en branle –en dépit des quelques pièces manquantes, des quelques détails non réglés. Soixante-douze heures qu’à chaque fois qu’il entendait une sirène de police raisonner au loin, il imaginait un proxénète aux poignets liés par des chaînes, les voix monocordes des hommes de loi répéter leurs droits à des pions de l’organisation, ou peut-être même à quelques stratèges plus avantageusement placés dans la hiérarchie compliquée mais si rigoureuse du réseau –c’était ainsi qu’il avait survécu si longtemps dans l’ombre de l’illégalité, fumée noire filant inexorablement entre les doigts de la justice. Soixante-douze heures -et combien d’autres encore avant qu’il ne comprenne ?- que le Bureau et les forces de police se coordonnaient pour rattraper les têtes pensantes, les hauts gradés derrière la création et le maintien d’un réseau si étendu et complexe, prévenus qu’une taupe avait dévoilé le secret de leurs identités, qu’un rouage défectueux avait répandu la rouille fragilisant tout l’engrenage comme un virus et que sa suppression seule ne pourrait rétablir sa bonne marche. Je vous encourage vivement à ne pas solliciter l’agent Whitaker pour des nouvelles sur l’affaire –elle ne sera pas autorisée à vous les divulguer, et cela la mettrait elle aussi sur la sellette. Bien sûr qu’il s’était tenu à l’écart de Lucy. Même s’il en souffrait, même si rester dans l’ignorance avait quelque chose de terriblement injuste. Même s’il se sentait juste inutile ainsi, condamné à une impuissance qu’il haïssait de toute son âme, qui lui bousillait les entrailles et s’agrippait férocement à chaque battement de son cœur comme un fardeau trop lourd à trainer. Même si l’angoisse lui dévorait les tripes, lui compressait la trachée jusqu’à l’impression de suffoquer parfois, même si elle incendiait ses instincts aussi sûrement que s’il avait été sur le terrain face au danger, le mettant à fleur de peau. Il connaissait sa partenaire, son sentiment par rapport à la situation, et il ne savait que trop bien que par loyauté envers lui, en dépit des ordres contraires, des interdictions qui rendait le dossier confidentiel (il n’avait même plus son accréditation), elle l’aurait fait. Elle lui aurait parlé de l’avancement de l’affaire, en restant vague, sans donner de noms, mais elle l’aurait tenu au courant. Et elle aurait pris le risque de voir son badge mis en danger à son tour –et c’était un sacrifice qu’il ne pouvait accepter, pas même envisager, par amitié, par respect pour leur amour commun et leur dévouement à leur travail (elle était plus utile là-bas qu’à se morfondre en sa compagnie, elle agissait, aidait). La pensée contraire lui donnait la nausée. Alors il se maintenait prudemment à distance, passant sous le radar, s’enterrant dans un silence qui serait plus utile à tous. La rumeur courait déjà sur sa disparition soudaine, une arrestation musclée, née entre les mains manipulatrices de vérité du Bureau, protégeant sa couverture, le protégeant lui s’il n’avait pas été découvert, parce qu’en dépit de l’effondrement progressif du réseau, qui briques par briques se démantelaient, nul doute que le cri d’alarme concernant une taupe avait résonné assez fort pour réveiller les chiens enragés engagés pour faire le sale boulot, et qu’ils cherchaient activement à établir leur propre justice pour une belle somme d’argent promise par quelques hauts-placés. Restez joignable.
Au cas où ils auraient besoin de lui.
La capuche rabattue sur le visage, habillé des vêtements les plus sombres et communs qu’il avait pu récupérer dans sa hâte de quitter le Parking trois jours plus tôt, il évoluait dans les ombres du Bronx, faisant corps avec elles dans une danse lente et minutieuse dont il avait appris les pas et les variations au cours des dernières années, même s’il y avait toujours des imprévus qui ne l’autorisaient jamais à baisser la garde, s’enhardir d’une confiance dangereuse. Il ne savait pas vraiment pourquoi il se retrouvait devant ce petit immeuble qui conservait en son sein un petit deux pièces faisant office de point de chute pour lui et son informateur au cas où les choses tournaient mal –il ne serait jamais amené à y rester finalement, et c’était tant mieux. La frustration teintée d’une colère trop puissante envers lui-même devenait trop oppressante dans ses veines, il tournait littéralement en rond dans sa chambre d’hôtel située en banlieue, enfermé entre quatre murs sans personnalité ni chaleur, incapable d’y retrouver un semblant de repos alors que ses pensées semblaient faire échos dans le vide des pièces. Prisonnier d’une attente qui nourrissait trop son angoisse insatiable de place dans son esprit, piégé dans le chaos indicible des interrogations sans réponse, d’une incompréhension qui l’étouffait peu à peu. Il avait besoin d’agir. Et à défaut de pouvoir faire quelque chose de réellement utile pour d’autres que lui-même –amputé de son badge, à quoi était-il encore bon ? Tenter quoique ce soit n’aurait fait qu’enrailler l’engrenage du plan monté par le Bureau-, il avait décidé de prendre le large, pour tenter de s’occuper afin de distraire ses pensées, pour cesser de ressasser encore et encore les réminiscences douloureuses de ces derniers jours.
Mais en pénétrant le petit appartement, qui n’avait guère évolué depuis sa dernière visite, plusieurs mois auparavant, il ne se sentit pas plus calme. Pas plus apaisé. Se débarrassant de sa veste en cuir puis de son hoodie qui s’échouèrent l’un sur l’autre sur le dossier du modeste canapé au tissu usé, il passa une main lasse dans ses cheveux, l’épuisement commençant à peser un peu trop sur les épaules. Laissant échapper un soupir, il eut un coup violent au cœur quand sa paume ne trouva pas l’arme à sa hanche pour y reposer, serra les dents. Des années pour s’habituer à n’avoir pour seule arme que celle qui ceignait son mollet droit, deux jours pour tout détruire alors qu’à peine familiarisé avec son retour à son côté, elle lui était enlevée.
Encore heureux qu’ils n’aient pas réclamé son Glock 17.
Embrassant la pièce de vie peu spacieuse dont l’air trop frais respirait le renfermé, il sentit ses muscles se relâcher peu à peu dans l’atmosphère familière qui régnait –cela lui rappelait le Parking, avant ces quelques jours, et il ne pouvait s’empêcher, malgré la brûlure de la rancœur, des regrets douloureux, d’y retrouver une saveur rassurante au travers du parfum d’amertume devenu presque étouffant. Il s’attela tout d’abord à entrouvrir les fenêtres en frissonnant lorsque l’air frais érafla la peau nue de sa gorge et ses avant-bras, se faufilant au travers de son chandail clair et trop léger -il  réactiverait les convecteurs dans quelques minutes. Puis il s’aventura dans la petite cuisine ouverte pour prendre connaissance des vivres qui paressaient dans les placards –riz, pâtes, quelques boîtes de conserve, seulement des choses aux dates de péremption accommodantes-, plus par curiosité et besoin de faire quelque chose que par faim. Il avait l’estomac noué depuis des jours, et ses habitudes alimentaires déjà altérées par ses horaires trop fluctuants lorsqu’il était sous couverture n’en étaient devenues que plus anarchiques encore, voire inexistantes, comme à chaque fois qu’il évoluait sous une pression un peu trop forte. Il abandonna son portable sur le plan de travail après l’avoir mis en charge et vérifié ses messages. Il ferma un instant les yeux lorsque ce sentiment de déception et peur mêlée qu’il détestait, pour lequel il se sentait si coupable, se ficha dans sa poitrine,  comme à chaque fois qu’il constatait le silence radio de son informateur. Qu’espérait-il encore ? Un message, un appel ? Pour lui dire quoi ? Pour entendre la confirmation de sa traitrise, pour s’exposer au danger que ce ne soit pas même lui mais son proxénète derrière le clavier ?
Juste pour le savoir en vie.
Putain. Il en venait à haïr son propre cœur trop entiché (à vouloir se l’arracher, s’en amputer, ce traitre qui l’empêchait de penser plus clairement), cet attachement qu’il avait malgré lui nourri (et en toute connaissance de cause, chéri), auquel il avait fini par succomber, en dépit de tous les efforts qu’il avait mis à lui résister, en dépit de la douleur que cela lui avait fait endurer. Mais elle était pire à présent. Il se retrouvait déchiré entre la certitude de la trahison et les battements qui se faisaient mutinerie au sein de sa cage thoracique, cette part de lui qui restait désespérément aveugle aux faits, à la réalité cruelle mais gravée à la pointe d’un couteau affuté dans sa chair, et qui ne pouvait s’empêcher de croire qu’il y avait une explication, une raison –peut-être le prostitué avait-il été piégé, trop violement menacé (ou plutôt sa sœur), même torturé pour lui arracher les informations désirées.
Un ricanement désabusé lui écorcha les lèvres face à ce que son palpitant emprisonné dans une souffrance trop profonde, lacéré par les éclats tranchants d’une confiance crue mutuelle totalement fracassée, massacrée, agonisant sous le poids de ses sentiments devenus cadavres criblés de balles (il se sentait sale, si sale), était capable de trouver comme excuse. Autodérision amère qui lui retournait l’estomac, comme à chaque fois qu’il constatait l’indéniable.
Oreste avait trahi. La mission, leur travail, les sacrifices, les promesses d’avenir, les autres aussi –ceux qui aujourd’hui se trouvaient victimes d’une traque qui ne les concernaient pas, au lieu d’être libres.
Oreste l’avait trahi.

Et c’était comme un coup de poignard qu’il n’avait pas vu venir.
Il ne parvenait pas à comprendre. A comprendre où il avait manqué les signes. Le châtain devenait de plus en plus nerveux à l’approche du déclenchement de l’opération, les paroles rassurantes et les gestes de l’agent étaient restés impuissants à l’apaiser, mais jamais, jamais Lyam n’aurait pu imaginer la situation présente. Peut-être n’avait-il pas été assez attentif –les yeux un peu trop amoureux des prunelles céruléennes pour déterrer leurs secrets, pour détecter ce que les gestes avaient dissimulés. A vrai dire, il en avait même la certitude, parce qu’Oreste était bien trop transparent dans l’expression de ses émotions et états d’esprit qu’il avait tant travaillé à comprendre et apprivoiser. Peut-être que les signes avaient été antérieurs. Peut-être que la manipulation avait été bien plus complexe, bien plus malsaine aussi. Peut-être que ce n’était qu’une apparence que le prostitué lui avait présenté, peut-être qu’éveiller ces sentiments en lui n’avait été qu’une part de la tromperie, ou même un dérapage qui s’était avéré avantageux sur le long terme –était-ce un tisonnier incandescent qui s’enfonçait lentement entre ses côtes, mutilait sa chair ?). Il ne savait plus –il était juste complètement perdu face au carnage de ses repères démolis, en ruines.
Peut-être n’avait-il pas assez prêté attention à la trop grande compassion du châtain pour celui qui faisait de sa vie une prison, un enfer. Cette façon de toujours vouloir apporter une explication au comportement inhumain du proxénète, de voir en le monstre un humain peut-être détruit par la vie, incompris. Cette manière d’avancer timidement que s’il se comportait bien, il ne lui arriverait rien. A voir dans les rares répits que lui accordait l’homme l’expression d’un peu d’attention, quelque chose dont il se devait d’être reconnaissant. A interpréter ses colères et éclats de rages comme si c’était de sa faute à lui, et non celle de celui qui laissait parler sa folie. Syndrome de Stockholm.
Quel genre d’agent était-il pour ne pas avoir eu des soupçons auparavant, qui l’auraient amené à creuser, fouiller, découvrir la bombe avant qu’elle ne lui explose au visage ? La culpabilité lui dévorait furieusement les entrailles, ses serres aiguisées plantées si profondément dans sa poitrine, dans son âme nécrosée.
Il ne pouvait plus que contempler la désolation et la mort que le souffle de l’explosion avait laissé derrière lui.

Il fallait qu’il bouge. Sinon, il allait devenir fou. Sinon, il finirait juste par s’effondrer –et ce n’était pas même un répit qu’il méritait.
L’air frais de la nuit lui ferait du bien. Courir, faire de l’exercice. Jusqu’à l’épuisement, jusqu’à ce que ses muscles n’en puissent plus, jusqu’à ce que l’effort purge toute pensée en lui, le mène jusqu’au gouffre du sommeil. Et il se souvenait avoir laissé quelques affaires ici, et certainement parmi elles un jogging et des chaussures assez confortables pour faire de la course. Le pas décidé, débouclant sa ceinture d’une main impatiente, il traversa en quelques foulées la distance qui le séparait de la chambre. La lanière de cuir dans une main, il ouvrit la porte close sur la petite pièce plongée dans le noir, abaissa l’interrupteur avec un léger froncement de sourcil lorsque les lumières sur les deux tables de chevet hésitèrent avant de baigner la pièce de leur lumière tamisée.
Révélant une silhouette recroquevillée sur elle-même, noyée dans les couvertures du lit.

La chevelure châtain emmêlée s’anima sur les oreilles, un visage aux traits intensément familiers émergea de la couette, des paupières paillonnèrent sur des prunelles céruléennes au toucher  autrefois si désespérément doux, si humain, alors que son cœur remontait jusque dans sa gorge pour finalement bombarder violement sa poitrine, y déclencher un guerre meurtrière. Tétanisé, il n’osa un geste de plus, refusant inconsciemment de s’approcher.
Oreste.
En vie.
Le soulagement s’échoua contre les barrières de son esprit comme un raz-de-marée, l’eau passa par-dessus la digue, fissura la pierre, immergea ses pensées jusqu’à les noyer, et sa cage thoracique parut brusquement trop étroite pour le palpitant qui s’y débattait avec fureur, enragé. Puis ses instincts embrasés hurlèrent, ses muscles se tendirent comme les cordes d’un instrument vibrant sous l’archet du danger, l’eau se dispersa brutalement en gerbes d’écume et ses pensées ricochèrent contre son crâne en une cacophonie insupportable, chaotique. Ses lèvres se pincèrent, son regard qui ne cessait d’esquisser encore et encore l’expression sincèrement surprise du châtain se durcit, et il se ferma brutalement.

« Qu’est-ce que tu fais là, Oreste ? » assena-t-il d’un ton exigeant, sans la moindre pitié, la moindre once de remords –et tant pis si cela sonnait comme si l’autre homme n’était pas le bienvenu en ces lieux qui auraient dû être un refuge partagé.

Il ignora les suppliques pleurées dans les battements laborieux qui résonnaient dans sa poitrine, celles qui suppliaient pour un peu de compréhension mêlée de compassion, un peu moins d’indifférence –il ne ferait pas l’erreur de les écouter une seconde fois. Plus jamais.
Il réduisit son cœur au silence –ce traitre. Parce que ça faisait juste trop mal.
Oreste n’aurait jamais dû se trouver là. Qu’était-il seulement supposé comprendre ? Qu’est-ce que cela signifiait ? Sa paume se porta par réflexe à son arme, ne rencontra que le vide, et un frisson glacé d’angoisse électrisa sa colonne vertébrale. Il déshabilla un peu plus attentivement encore la pièce du regard, alerte, aux aguets, avant de faucher une nouvelle fois des yeux l’autre homme.

« N’esquisse pas un seul geste. »

L’ordre claqua avec froideur dans le silence, grondant d’une menace explicite. Il ne voulait pas pointer le canon de son arme sur le prostitué. Il ne le voulait vraiment pas. Rien que l’idée lui retournait l’estomac.
Mais il l’aurait fait au moindre geste suspect.

« Tu es seul ? l’interrogea-t-il sans détours, avant qu’un sourire profondément ironique ne lacère la chair de ses lèvres. N’imagine pas une seule seconde me mentir. Tu as parlé à quelqu’un de cet endroit ? » voulut-il s’assurer.

Comme s’il allait encore être en capacité de ne pas douter de tous les mots qui pourraient franchir cette jolie bouche, s’enrober dans cette voix qui avait si bien su trouver le chemin sinueux jusqu’à l’organe traitre dans sa poitrine pour lui murmurer timidement, de manière latente, de trop belles promesses.
Ses prunelles s’écorchèrent contre les traits tant de fois caressés –de ses iris, de la pulpe de ses doigts précautionneux, de ses lèvres  amoureuses-, se heurtèrent contre leurs pairs aux teintes céruléennes éclatantes de sentiments. Ce regard azuré auquel il s’était trop accroché.
Ce regard qu’il aurait aimé un jour retrouver loin de la mission, loin de New-York, loin de tout ce qu’ils avaient vécu tous les deux dans l’ombre de leur couverture pour enfin pouvoir donner une chance à ce qu’ils avaient construit ensemble, ce lien si fragile et pourtant si intense, tissé de blessures et de maladresses, de confessions et de force partagée, dans le matériau indéfectible d’une confiance mutuelle érigée brique par brique, avec patience et attention.

« Ou tu as ressenti un semblant de remords à dévoiler cela aussi ? »

Ses mots attaquèrent alors qu’il se retranchait derrière ses remparts.
Poignardèrent aussi sauvagement le silence que la trahison d’Oreste l’avait fait dans son cœur.





Je cherche une issue pour te laisser partir, et tout aussitôt un moyen pour te garder.
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« arnaqueur d’étoiles »
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Message(#) Sujet: Re: LYARESTE » A dream you once were. Lun 10 Avr - 13:23



LYAM & ORESTE
❝ a dream you once were ❞

« Allez Oreste, tu sais bien ce que j’aime. » Le son de la voix glisse sur ta peau comme un serpent s’enroulerait autour de ta gorge pour t’étouffer. Tu avales ta salive, nerveusement, et tes doigts commencent à défaire les boutons de ta chemise sale et tachée de sang. Grimaçant de douleur, tu laisses tomber tes vêtements au sol sous le regard trop brillant d’envie, trop éclairé de sadisme. Bien sûr qu’il te le faisait payer. Bien sûr que tout ça n’avait été que des mensonges juste pour obtenir la vérité. Bien sûr que ses belles paroles n’étaient pas vraies. Mais c’était trop tard maintenant. C’était trop tard pour revenir en arrière et faire les choses autrement. Trop tard pour réparer une très grosse erreur qui aura coûté beaucoup, à beaucoup de monde. Un goût de bile dans la bouche, tu presses les paupières dans l’espoir de voir d’autres paysages, de sentir autre chose sur ta peau que la brûlure de ses mains. Mais il n’y a que du noir. Le noir qui s’engouffre jusque dans ton âme. Du noir, partout. Et un peu de bleu. Un bleu océan comme l’azur, un bleu qui étincelle. Un bleu qui se noie sous la vague de la trahison, amère et aigre sur la langue. Autant que possible, tu essayes de retenir les larmes acides qui montent jusqu’à tes yeux. Il y a son prénom qui se cogne à l’intérieur de ton crâne. Un prénom que tu n’as plus dit à voix haute depuis ce jour-là. Depuis ce jour où tu as fauté. Où tu as tout gâché. Un prénom que tu n’oses qu’à peine penser, parce que la douleur qui étreint alors ton cœur est pareille à une main plongeant entre tes côtes pour en arracher ton palpitant. Et chaque fois que tu fermes les yeux, c’est son visage qui apparaît. Un visage dont tu avais tout appris, jusqu’à y lire quelques sentiments, quelques pensées. Un visage qui n’était probablement plus le même à présent. Les doigts froids de Monsieur se pressent contre ton visage, te forçant à l’observer et, l’envie de vomir au bord des lèvres, tu te dis que c’est mieux comme ça. Mieux que d’apercevoir encore une fois les grands yeux bleus et les cheveux blonds, la peau un peu pâle, marquée par la fatigue et l’angoisse. Mieux que de penser encore une fois à lui. Tu n’y arrivais plus. Tu ne pouvais plus. Tu ne pouvais plus laisser la vague brûlante du regret et de la honte te noyer la poitrine. C’était bien trop douloureux. C’était une souffrance bien trop grande. Et tu n’avais plus les épaules assez fortes pour encaisser. Tu n’étais pas assez courageux pour faire face à la réalité – ta réalité : tu l’avais trahi et tout était fini. Tout était terminé. Adieu les rêves de futur, adieu la nouvelle vie. Adieu les grands espoirs. Adieu. Et tout ça, à cause de toi. Tout ça, par ta faute. Parce que tu l’avais cru. Parce que tu avais cru Monsieur quand il te disait qu’il t’aimait, qu’il voulait changer. Qu’il voulait t’aimer comme tu le méritais et t’offrir tout ce dont tu rêvais. Pourquoi est-ce que tu avais été assez bête pour le croire sur parole alors qu’il n’avait fait que mentir depuis votre toute première rencontre ? Pourquoi est-ce que tu avais été assez stupide pour t’abreuver de ses jolis mots qui n’étaient finalement que ça – des mots ? Voilà que tu étais bien seul, désormais. Seul avec les regrets et les remords. Seul avec ta bêtise qui t’a coûté. Jamais Monsieur n’avait eu l’intention de t’aimer, de t’offrir la vie sur un plateau en argent massif. Jamais Monsieur n’avait eu l’intention de faire de toi quelqu’un d’heureux. Jamais. Ça n’avait été que des paroles en l’air et tu étais tombé dans le piège. Tu avais préféré le croire lui plutôt que lui. Et aujourd’hui, tu en payais le prix. Un prix bien trop élevé, parce que tu avais tout perdu. Un prix bien trop élevé parce que Monsieur allait te faire payer tout ça pendant bien longtemps encore. Mais c’était tout ce que tu méritais, pas vrai ? Après tout, tu avais fait ton choix. Tu avais pris ta décision. C’était ainsi que marchait le monde, ton monde : quand des erreurs étaient faites, il fallait faire face aux conséquences quelles qu’elles soient. Les conséquences aujourd’hui, pour toi, étaient un vide terrible au creux de ton estomac. Le vide, partout. C’était l’obscurité. C’était les regrets. Les conséquences aujourd’hui, pour toi, étaient toutes ces vies sacrifiées dont tu avais la responsabilité. Et la solitude. Une solitude âcre qui te lacère la peau comme une lame de couteau. Tu sentais même ton cœur se gangrener petit à petit dans ta poitrine. Bientôt, là aussi, il n’y aurait plus que du vide. Du vide et de l’obscurité. Encore et toujours. À jamais. « Fais un effort, Chaton. Tu ne voudrais pas me mettre en colère, pas vrai ? » Bien sûr que je veux vous mettre en colère. Bien sûr que tu cherches sa haine et ses coups. C’est tout ce qu’il te faut pour ne plus ressentir la douleur entre tes côtes. C’est la seule façon d’oublier le regard bleu. C’est la seule façon d’oublier son prénom. Parce que c’était toujours mieux que les souvenirs, que les images. C’était toujours mieux que de te rappeler de ses sourires, de ses regards tendres. Te rappeler de tout ce qu’il te faisait ressentir et que tu as préféré oublier pour quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui n’en valait pas la peine. Quelqu’un qui ne ressentait rien. Quelqu’un qui, jamais, ne te regarderait comme lui le faisait autrefois. Alors c’était à ça que ressemblerait ton nouveau quotidien maintenant que tout était terminé ? C’était à cela que tu allais consacrer ta vie – rechercher une souffrance pour en oublier une autre ? Éviter les reflets pour ne pas voir les remords, le dégoût. Te tapir dans l’ombre pour ne plus être regardé. C’était triste, si triste. Tu étais si triste.

Il y a un nouveau soubresaut au creux de ton estomac et tu régurgites une bile acide qui semble te brûler la gorge, la langue. Les larmes au bord des yeux, tu essayes d’attraper un peu d’air dans cette fin d’après-midi d’été à la chaleur moite. Mais tout ne semble qu’être poussière, et ton souffle se fait papier de verre dans tes poumons. Tu as mal, partout. Ton corps n’est qu’une boule de douleur et le moindre mouvement est tel une décharge électrique jusque dans la moindre parcelle de ta peau. Il fait si chaud. Il fait si chaud et tu as pourtant si froid à l’intérieur. Tu restes ce qui te paraît être une éternité appuyé contre la benne à ordures au fond de la ruelle où tu t’es caché comme pour tenter de retrouver ta respiration. Tu aimerais pouvoir te recroqueviller dans un coin et ne plus bouger. Ne plus respirer. Rester immobile jusqu’à ce que la douleur passe. Jusqu’à ce que la douleur s’évanouisse. Peut-être que si tu t’allongeais dans un coin, personne ne te verrait. Personne ne ferait attention à toi. Ce n’était pas un coin très propre mais ça n’avait pas vraiment d’importance parce que tu étais déjà sale. Trop sale. Au-dehors comme au-dedans. La saleté, partout. Des taches et des taches obscures, partout. Ta peau te démange, comme si des milliers d’insectes grimpaient sur ta chair en même temps. Est-ce qu’ils finiront par te dévorer ? Te dévorer les entrailles. Te dévorer de l’intérieur. Ce n’était pas le plus bel endroit pour mourir, dans une ruelle sombre, juste à côté d’une grande poubelle à la gueule remplie et béante. Mais c’était toujours mieux que rien. Tu avais vécu dans les bas-fonds de la ville, tu mourrais de la même façon – ce n’était que justice. Un filet de sueur dégringole le long de ta colonne vertébrale, te file des frissons glacés. Il fait si chaud et tu as pourtant si froid à l’intérieur. Depuis quand n’as-tu pas dormi ? Depuis quand n’as-tu pas passé une nuit complète, sans être hanté par les cauchemars ? Des cauchemars tout droit venus de ta conscience qui te hurle chaque soir, chaque jour, chaque minute que tu as été idiot. Que tu as été stupide. Des cauchemars qui te forcent à revoir les grands yeux bleus. Ces grands yeux bleus que tu voudrais oublier et que tu as peur de voir s’effacer de ta mémoire. Est-ce qu’il va bien ? Est-ce qu’il est reparti pour toujours ? Est-ce qu’il a été sanctionné par ta faute ? Tu ne savais rien de ce qu’il s’était passé après. Tu ne savais rien des conséquences pour lui. Tu avais voulu l’appeler, tant de fois. À chaque fois que tu croisais une cabine téléphonique, à chaque fois que tu jetais un coup d’œil à ton portable. À chaque fois qu’il sonnait et que, déçu, tu t’apercevais que ce n’était pas lui. Mais pourquoi est-ce qu’il te contacterait ? Il doit probablement être en train de réparer les dégâts que tu avais causé. Ou peut-être qu’il a terminé, gisant sur les berges de l’Hudson ? Cette pensée te retourne l’estomac et tu presses les paupières comme si tu espérais que les mauvaises images s’effacent de ton crâne en feu. Mais elles restaient là, imprimées comme à l’encre indélébile sur ta rétine. Il était toujours là. Et son sourire avait désormais disparu. Son sourire n’était plus là, n’illuminait plus les grands yeux à la couleur de l’océan. Les jambes tremblantes, tu essayes tant bien que mal de t’extirper de la ruelle, soudain aveuglé par les rayons agressifs du soleil. Tu rabats la capuche de ton sweat-shirt sur ta tête, les yeux baissés au sol comme pour fuir le contact humain des gens qui grouillaient dans les rues de la ville. Tu ne voulais pas rentrer chez toi. Tu ne pouvais pas rester dans la rue. Tu ne te sentais en sécurité nulle part – tu n’étais en sécurité nulle part. Chaque endroit te rappelait ce que tu avais fait, qui tu étais. Pourquoi tu étais désormais seul. Tu n’avais ta place nulle part, pas même au milieu des rats. Ravalant un sanglot rageur, tu te rappelles alors de cette adresse secrète qui n’avait jamais existé encore que sur un vieux bout de papier chiffonné que tu avais fini par brûler. Apprends cette adresse par cœur et ensuite brûle le papier. Sa voix résonne à tes oreilles et tu te souviens presque avec détail de ce moment-là. Ce moment où tu avais compris que la mission pouvait mal tourner, mal se terminer. Une fois, juste une seule fois, il t’y avait conduit et tu avais observé la route avec attention pour te rappeler de la route si jamais tu avais besoin d’y retourner tout seul. Tu n’avais pas retenu le nom des rues. Tu avais simplement retenu la pancarte “À louer” d’un immeuble abandonné ; tu avais retenu la petite épicerie tenue par un homme aux origines indiennes, retenu les néons aux couleurs criardes de la discothèque. Tu avais retenu une petite boutique de bric-à-brac, fermée ce jour-là. Tout était encore là, au fond de ta mémoire. Tu n’étais pas certain de pouvoir y aller. C’était censé être une planque. Peut-être que tout avait été enlevé depuis. Peut-être que tout avait disparu – comme lui. Tu retrouves le chemin sans trop de difficulté et quand tu pousses la porte du petit appartement, il y a un certain soulagement qui court dans tes veines, noyant la peur qui t’étreignait violemment le cœur jusqu’à la nausée. Tout était comme dans ton souvenir. Tout était resté tel quel, comme si personne n’était venu depuis. Les volets fermés laissent échapper quelques faisceaux lumineux et tu vois un peu de poussière voler à travers les rayons. Tu ne savais pas combien de temps tu pourrais rester caché là, à l’abri du monde. Au moins jusqu’à demain. Au moins jusqu’au client prochain. Tu prends soin de verrouiller la porte derrière toi et le silence qui t’entoure, pour une fois, a quelque chose de rassurant. D’apaisant. Ne restent que les bruits habituels de la rue d’en bas mais ça n’a pas d’importance. Parce que tu as l’impression d’être comme chez toi. C’était faux, c’était un autre mensonge et tu en étais conscient mais ça n’avait pas d’importance pour le moment. Parce que personne ne viendrait te chercher ici. Personne ne te trouverait là.

Claquemuré dans la salle de bains minuscule, tu te défais de tes vêtements avec des gestes précautionneux, grimaçant d’inconfort lorsque le sang a collé ton tee-shirt à ta peau blessée, meurtrie. Mais la douleur physique ne serait jamais aussi brûlante que celle dans ta poitrine. Celle qui te rappelait que tu avais trahi tous ceux qui comptaient sur toi pour une histoire qui n’existait pas, pour des mots qui n’étaient finalement que ça – des mots, sans aucune profondeur, sans aucune valeur. Voilà ce pour quoi tu avais foutu en l’air des années de travail et d’angoisse, des années passées à construire un tremplin vers une autre vie : d’autres marques, d’autres blessures. Et le vide. Beaucoup de vide. Un vide incommensurable qui n’en finissait pas. Quel idiot. Quel idiot tu avais été. Les grands yeux bleus, eux, ne t’avaient jamais menti. Ne s’étaient jamais joués de toi. Les grands yeux bleus avaient toujours pris soin de toi. Alors pourquoi ? Pourquoi est-ce que tu avais fait ça ? Aujourd’hui, tu ne savais même pas. Tu ne savais même plus. Tu avais cru, sur l’instant, que tout serait alors différent. Que si tu laissais une chance à Monsieur, tout deviendrait plus beau. Tout deviendrait meilleur. Tu avais voulu croire à une rédemption possible. Mais tu aurais dû le savoir – il n’existe pas de seconde chance pour le Diable. C’était là que t’avaient mené tes sentiments, des sentiments qui ne valaient rien, qui n’existaient pas vraiment sinon dans ta tête. Parfois encore, tu arrives à te persuader que ça lui passera. Que Monsieur changera. Tu arrives encore à te persuader qu’il t’aime, qu’il te disait la vérité. Que tu dois juste être encore un peu patient, que tu dois continuer d’y croire malgré tout. Mais à observer les traces laissées sur ton dos, tu en viens à écouter cette petite voix qui, depuis longtemps, te soufflait déjà : il ne t’aime pas, il n’aime que lui-même. Et ça faisait mal. Terriblement mal. La cabine de douche est étroite et tu as la sensation de suffoquer. C’est peut-être la pensée que tu te retrouves tout seul désormais qui fait que ta poitrine se resserre violemment sur tes poumons jusqu’à t’étouffer. C’était plus simple avant. Avant. Avant, tu avais les grands yeux bleus, le sourire tendre pour t’accompagner ; avant, tu avais ta sœur. Il n’y a plus rien maintenant. Plus rien que cet appartement qui n’est pas le tien, ce silence assourdissant. Plus rien que le vide et des ruines à présent. L’eau est fraîche sur ta peau trop chaude, elle te brûle le dos quand elle caresse tes blessures sans douceur aucune. Tu serres es mâchoires, pleures un peu sans doute. Ou peut-être que tes yeux sont trop secs désormais et que c’est juste encore une fois l’eau de la douche. Peut-être que c’est juste l’eau, parce que tu n’es plus capable de pleurer pour toi. Il ne reste que du savon, et sans doute le shampoing et le gel douche se trouvent dans le placard sous le lavabo, alors tu te laves sommairement. Rapidement. Ça n’enlève pas l’impression de brûlure, ça n’enlève pas la crasse. Mais tu sais au fond de toi que la crasse jamais ne s’enlèvera. Elle s’est incrustée trop profondément en toi, jusque dans ton âme. Et tu auras beau frotter, frotter jusqu’à ce que ta chair en vienne à saigner, ça n’enlèvera pas les taches. Ça n’enlèvera pas la crasse. Tu te sèches rapidement, laisse s’échouer la serviette humide sur le tas de tes affaires sales et, complètement nu, tu vas jusqu’à la chambre à coucher où tu sais avoir quelques affaires rangées dans un coin de tiroir. Au cas où. En cas d’urgence, qu’il avait dit. Tu n’avais jamais imaginé avant aujourd’hui devoir les utiliser en de telles circonstances. Tu enfiles un sous-vêtement propre et un tee-shirt, piques après hésitation un sweat-shirt à capuche qui lui appartient. Il flotte sur ta maigre silhouette mais ça n’est pas bien grave. Il est confortable, il est doux. Il sent un peu la lavande qui avait été mise dans la commode pour éviter au linge de sentir le renfermé. L’odeur a quelque chose d’apaisant, quelque part, et tu ne sais pas pourquoi. Dans le noir tout relatif de la pièce, tu te glisses sous la couverture fraîche du lit, plongeant la tête à la chevelure encore humide dans le moelleux des oreillers. Le corps recroquevillé, tu te fais la remarque que même ton lit au Parking ne te paraît plus aussi confortable comparé à celui-là. Ou c’est peut-être que tu en es venu à détester ton appartement trop vide désormais. Trop silencieux aussi. Les paupières pressées, tu laisses échapper un couinement de bête blessée et te forces à reprendre le contrôle de ta respiration fracassée. Et après ce qui te semble être une éternité, tu plonges dans un sommeil lourd et sans rêve, sans saveur. Un rêve sans chaleur. Il y a bien le bleu qui danse sur l’écran noir de ton enfer mais tout disparaît finalement, ne laissant plus qu’une obscurité profonde. Ne laissant plus que le vide. Quelque part, tu aurais aimé rester dans cet état de non-existence, entre rêve et cauchemar. Entre cauchemar et réalité. C’était toujours mieux que d’ouvrir les yeux sur ton quotidien. C’était toujours mieux que d’affronter tes remords. Un rêve où il n’y avait rien, c’était toujours mieux qu’une vie sans espoir de lendemain.

C’est un flash de lumière jaunâtre qui t’arrache aux ténèbres. Tu sens ta tête encore lourde sur les oreilles et ouvrir les yeux en devient presque douloureux. L’esprit encore trop embrumé par le sommeil, tu n’as pas le réflexe de comprendre que quelqu’un est entré dans la chambre. Que quelqu’un se trouve là, dans l’appartement. Que c’est pour ça que la lumière de la lampe de chevet t’éclabousse violemment la rétine. L’océan est ce que tu aperçois en premier et tu t’imagines être encore en train de délirer. Ce n’est que lorsque tu papillonnes des yeux que ta vue commence à s’adapter à la lumière, que se dessinent les grands yeux bleus. Ton cœur remonte jusqu’à ta gorge. « Lyam ? tu laisses échapper, la voix enrouée. » Lyam. C’était la première fois que tu prononçais son prénom depuis l’incident. Depuis trahison. Autant à haute voix qu’en pensée. C’était la première fois que tu osais l’appeler autrement que dans tes rêves. Et tu as peur qu’il ne soit qu’un mirage, qu’un effet de ton imagination malade et solitaire. Esseulée. Et quand l’inclination glaciale de sa voix résonne, se répercute partout à l’intérieur de toi, tu comprends que tu ne rêves pas. Tu comprends qu’il est bien là. Mais que toi, tu n’aurais jamais dû être là. Paralysé par un mélange d’effroi et de surprise, d’angoisse aussi, tu restes immobile comme il te l’a ordonné. Incapable de prononcer quoique ce soit. Tous les mots qui te viennent sont bien dérisoires et n’auraient aucun sens en l’état actuel des choses. Tous les mots qui se pressent à tes lèvres ne changeraient rien à votre situation. Son regard trop clair, endigué sous des nuages de méfiance, te brûle la peau. Et, pas assez courageux pour le soutenir, tu détournes le tien. Minable. Pathétique. Tu as bien trop honte pour être capable de lui faire face. Rien que de le voir là, se tenir devant toi, est un véritable supplice. Parce qu’il voit. Il voit tout de toi. Et si auparavant, il voyait ce qu’il y avait de plus beau en toi, de plus innocent, il ne devait apercevoir que le sale, le laid. Il ne devait voir que ce qui était pourri au fond de toi. La remarque, mordante d’ironie et de colère latente, te fait grimacer légèrement. Ce n’était que justice. Tu l’avais méritée. Et tu méritais sûrement bien pire encore. Parce qu’il n’y avait aucune excuse, aucune raison valable à ce que tu avais fait. « Non, je– personne. Je n’en ai parlé à personne, tu murmures, les mots tremblants à l’orée de ta bouche trop sèche. C’est pour ça que je suis venu là. » Parce que personne ne savait que tu te terrais là. Quelque part, tu avais sans doute espéré y trouver le blond. Quelque part, tu avais sans doute espéré qu’il te trouve ici. Parce que ça signifiait alors qu’il était en vie, qu’il allait bien. Qu’il s’en était sorti. Parce que ça signifiait que tu ne l’avais pas tué. Et tu étais soulagé de le voir là, en cet instant. Même s’il te haïssait, même si tu n’étais pas le bienvenu. Même si les retrouvailles avaient ce goût amer de la trahison et des sentiments bafoués sur votre langue. Tout ce qui comptait, c’était qu’il soit en vie – le reste n’avait pas d’importance. « Je suis désolé, je… je ne savais pas où aller. » Je n’avais nulle part où aller. Et cet appartement était le seul endroit où tu savais que tu pourrais te sentir en sécurité. Tu n’avais pas pensé à la suite. Tu n’avais pas pensé à demain, sauf brièvement. Tu savais bien que tu allais devoir retourner à ta vie, demain. Mais tu n’avais pas voulu l’imaginer. Tu n’avais pas voulu te dire que le cauchemar ne faisait que commencer. Mais maintenant, qu’étais-tu censé faire ? Où étais-tu censé te cacher jusqu’à demain ? Tu aurais mieux fait de rester pourrir au fond de cette allée. Personne ne serait venu te chercher là-bas. Personne ne t’aurait vu là-bas. « Je suis désolé, je n’ai pas pensé… Je n’imaginais pas… » Je n’imaginais pas qu’il me trahirait. « Je ne voulais pas… » Je ne voulais pas tout gâcher. Mais c’était trop tard désormais. Et tout ce qui avait été fait ne pourrait être défait. Tu devrais continuer d’avancer, de vivre avec ce poids sur la conscience, sur ton estomac. Ce poids sur ton cœur qui te rappellerait que tu as laissé s’envoler ta seule chance d’une vie meilleure. D’une vie loin de la soumission de la prostitution. « Je suis désolé. Je regrette. » Mais tous les mots d’excuse du monde n’y changeraient rien. Vous aviez déjà mis tant de temps à construire une relation stable, à vous faire confiance l’un l’autre. Vous aviez déjà mis tant de temps à évoluer de façon harmonieuse lui et toi. Lyam ne te pardonnerait jamais. Lyam n’oublierait jamais. Tu resterais comme une cicatrice douloureuse dans sa chair – une cicatrice qui lui rappellerait chaque jour quand il la regarderait qu’il a fait confiance à la mauvaise personne. Qu’il a été trop crédule, qu’il a été bête de croire quelqu’un comme toi. « J’ai commis une erreur… » Une erreur qui vous aura beaucoup trop coûté. Une erreur que tu continueras de payer encore longtemps. Une erreur que tu aurais pu éviter si seulement tu avais cru au regard océan.


« in the eye abides the heart »


kiss kiss bang bang :l: :
 

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